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Jean Fournier, garçon sympathique au demeurant, travaille modestement
dans une banque. Il écoute son collègue Caron, démon
tentateur, qui s'amuse à l'initier aux plaisirs du jeu et Jean fait
preuve, pour ses premières armes, d'une chance étonnante. Surpris
et satisfait, il se heurte pourtant aux remarques un peu fraîches de
son père, inquiet de voir ce fils qu'il aime bien en proie à
l'ardeur des jeux de hasard. Le père Fournier, artisan à l'ancienne
mode, ne voit comme issue à un tel comportement que la ruine et le
déshonneur.
Jean n'a cure de ses remontrances. Bien au contraire il part pour Nice en vacances et les portes du casino s'ouvrent grandes devant lui. Et dans ce temple de la roulette, il rencontre une femme jeune et belle : Jackie, qui en est la grande prêtresse. Jackie se définit elle-même comme un personnage de roman et Jean, fasciné, tombe violemment amoureux d'elle.
Jackie considère
d'abord son chevalier servant comme un utile porte-bonheur. Mais l'amour est
bien là aussi pour elle ; insinuant, il chemine en profitant des comportements
différents des deux joueurs. Elle entre dans le jeu comme on entre
en religion ; lui, maîtrise les nombres et agit sur eux. Il joue avec
le hasard. Ainsi Jackie va révéler à Jean l'aventure,
l'abandon et elle aspire par contre à la retenue un peu mesquine de
Jean. Quand viendra le moment où Jean, vaincu, se décide à
regagner Paris, Jackie ne l'abandonne pas, et, pour le suivre, laisse passer
sa chance à la table de jeu.
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Le hasard
préside aux films de Demy mais il s'agit là d'une passion dévorante
qui fait oublier toute prudence et fait approcher l'absolu fut-ce au prix
de la chute.
L'enfer du jeu devient un enfer moderne de la mythologie où Orphée doit s'aventurer pour sauver celle qu'il aime : à preuve l'initiateur cynique, Caron, avatar moderne du passeur des enfers.
Le père représente la figure raidie de la justice, figure du temps entouré d'horloges qu'il prétend gouverner.Le film joue du dilemme universel entre la voie de la sagesse, incarnée par le père et celle de la tentation du voyage, et de l'aventure.
Mise en scène sobre par rapport à la folie du jeu et la décadence sauf sans doute le plan initial filmé comme un plan final où avec l'ouverture à l'Iris, on quitte cette femme que l'on ne connaît pas dans un très long travelling arrière.
Avec : Jeanne Moreau (Jackie Demaistre), Claude Mann (Jean Fournier), Henri Nassiet (M. Fournier), Paul Guers (Caron), Conchita Parodi (patronne de l'hôtel), Nicole Chollet (Marthe, la femme de ménage). 1h22.