La baie des anges
1963

Jean Fournier, garçon sympathique au demeurant, travaille modestement dans une banque. Il écoute son collègue Caron, démon tentateur, qui s'amuse à l'initier aux plaisirs du jeu et Jean fait preuve, pour ses premières armes, d'une chance étonnante. Surpris et satisfait, il se heurte pourtant aux remarques un peu fraîches de son père, inquiet de voir ce fils qu'il aime bien en proie à l'ardeur des jeux de hasard. Le père Fournier, artisan à l'ancienne mode, ne voit comme issue à un tel comportement que la ruine et le déshonneur.

Jean n'a cure de ses remontrances. Bien au contraire il part pour Nice en vacances et les portes du casino s'ouvrent grandes devant lui. Et dans ce temple de la roulette, il rencontre une femme jeune et belle : Jackie, qui en est la grande prêtresse. Jackie se définit elle-même comme un personnage de roman et Jean, fasciné, tombe violemment amoureux d'elle.

Jackie considère d'abord son chevalier servant comme un utile porte-bonheur. Mais l'amour est bien là aussi pour elle ; insinuant, il chemine en profitant des comportements différents des deux joueurs. Elle entre dans le jeu comme on entre en religion ; lui, maîtrise les nombres et agit sur eux. Il joue avec le hasard. Ainsi Jackie va révéler à Jean l'aventure, l'abandon et elle aspire par contre à la retenue un peu mesquine de Jean. Quand viendra le moment où Jean, vaincu, se décide à regagner Paris, Jackie ne l'abandonne pas, et, pour le suivre, laisse passer sa chance à la table de jeu.

Le hasard préside aux films de Demy mais il s'agit là d'une passion dévorante qui fait oublier toute prudence et fait approcher l'absolu fut-ce au prix de la chute.

L'enfer du jeu devient un enfer moderne de la mythologie où Orphée doit s'aventurer pour sauver celle qu'il aime : à preuve l'initiateur cynique, Caron, avatar moderne du passeur des enfers.

Le père représente la figure raidie de la justice, figure du temps entouré d'horloges qu'il prétend gouverner.Le film joue du dilemme universel entre la voie de la sagesse, incarnée par le père et celle de la tentation du voyage, et de l'aventure.

Mise en scène sobre par rapport à la folie du jeu et la décadence sauf sans doute le plan initial filmé comme un plan final où avec l'ouverture à l'Iris, on quitte cette femme que l'on ne connaît pas dans un très long travelling arrière.

Test du DVD

Editeur : Arte Video, novembre 2008. Intégrale Jacques Demy, coffret 12 DVD, 1CD audio.

   

Suppléments : CD audio : Michel Legrand / Jacques Demy : essais, maquettes et séances de travail inédits en studio et au piano. Pour chaque film, Mathieu Demy lit un texte de Jean-Pierre Berthomé dense très informatif qui retrace à la fois la génèse du film et dégage les enjeux esthétiques. Présentation des films par un proche de Demy et reportages d'époque.

Retour à la page d'accueil

Avec : Jeanne Moreau (Jackie Demaistre), Claude Mann (Jean Fournier), Henri Nassiet (M. Fournier), Paul Guers (Caron), Conchita Parodi (patronne de l'hôtel), Nicole Chollet (Marthe, la femme de ménage). 1h22.

DVD