André Antoine est né à Limoges le 31 janvier 1858 d'une famille de condition modeste. Aîné de six enfants, il arrête l'école très jeune, travaille à la Librairie Firmin-Didot puis à la Compagnie du Gaz à Paris. Ensuite, il fait son service militaire en Tunisie de 1878 à 1883.

Se passionnant très tôt pour le théâtre, il échoue à un examen du Conservatoire. Néanmoins, il est figurant sur scène le soir après son travail, ce qui lui permet d'apprendre les classiques du répertoire dans les coulisses. Après avoir beaucoup lu et vu bon nombre de pièces, il devient comédien dans une troupe d'amateurs. Il désire rompre avec le théâtre conventionnel alors apprécié et fonde en 1887 le "Théâtre Libre", d'inspiration naturaliste, où il monte quelque 150 pièces en dix ans. Il poursuit dans la même voie en créant le "Théâtre Antoine" (1997-1906) après avoir dirigé l'Odéon en 1896, qu'il retrouve de 1906 à 1914.

Féru de cinéma, dont il veut tirer autre chose que la reproduction de toiles peintes, il accepte, en 1914, la proposition de la SCAGL (Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres) et de la firme Pathé visant à le faire accéder à la réalisation de films. De 1915 à 1922, André Antoine adaptera au cinéma des oeuvres, de la littérature ou du théâtre. Sa première mise en scène, Les frères corses, avec Henry Krauss, fait dire à Louis Delluc : "Antoine y a mis sa verve débordante et son sens aigu des tons. Et un désordre d'art là-dessus, c'est une joie". Avec ce film, tiré du roman de Dumas père, Antoine rompt avec l'esthétique dominante (surtout celle de la firme productrice, alors dirigée par Pierre Decourcelle) en sortant des studios, en confrontant acteurs reconnus et nonprofessionnels et en faisant fi des codes cinématographiques. Ses autres oeuvres, si elles confirment cette volonté de réalisme peu usitée à l'époque, seront plus proches du style de la SCAGL.

Après Le coupable (d'après Coppée, avec Romuald Joubé, Jacques Grétillat et Sylvie), Les travailleurs de la mer (d'après Hugo, avec Romuald Joubé, Charles Mosnier et Armand Tallier), il signe Israël, d'après Bernstein, réalisé en Italie avec Francesca Bertini. Il revient à un thème plus proche de lui en adaptant La terre de Zola (dont il s'est réclamé tant au théâtre que dans ses écrits) en 1919 (avec René Alexandre, Jean Hervé et Berthe Bovy). Mais son film suivant, Mademoiselle de La seiglière (1920), d'après la pièce de Jules Sandeau, apparaît comme un film de commande.

André Antoine met alors en scène ce qui deviendra le chef-d'oeuvre méconnu des années vingt : L'hirondelle et la mésange, d'après un scénario original de Gustave Grillet. Ce film renoue avec le véritable tempérament d'Antoine, celui du réalisme: décors naturels, sobriété et hétérogénéité des acteurs, tournage à plusieurs caméras, fondus au noir et ouvertures à l'iris réalisés à la prise de vue, etc. Malheureusement la projection de quelques plans décide les producteurs à ne pas sortir le film. Il ne sera monté qu'en 1993 par Henri Colpi (avec la collaboration de l'exégète d'Antoine, Philippe Esnault) après 63 ans de purgatoire dans les collections de la Cinémathèque Française.

L'hirondelle et la mésange aurait pu constituer un jalon important du cinéma français des années 20 : Souci du réalisme, refus du studio, tournage à plusieurs caméras, couverture d'une scène sous tous les angles, sans compter la sobriété, exceptionnelle pour l'époque du jeu des comédiens... (...) tout cela donne au film d'Antoine un ton extraordinairement libre et moderne, annonçant plus Renoir et Vigo que Carné et Duvivier. " (Bertrand Tavernier, in " Positif " n°279 mai 1984). Après ce grave échec, André Antoine achève le Quatre-vingt treize d'Albert Capellani (d'après Hugo) commencé en 1914. Malgré son influence considérable sur le cinéma de l'époque, Antoine achève son oeuvre cinématographique en 1922 avec L'Arlésienne (d'après Daudet avec Fabris, Berthe Jalabert et Ravet).

Déçu par le cinéma, il préfère renoncer aux contraintes techniques et stylistiques qu'il subissait depuis plusieurs années : c'est ainsi qu'il se reconvertit en se consacrant à la critique cinématographique dans "Le journal", "Comoedia" et "L'Information".

Décédé le 19 octobre 1943 au Pouliguen, André Antoine a eu deux fils, AndréPaul (auteur dramatique, journaliste, scénariste et metteur en scène) et Jean (spécialiste de la radio). Son oeuvre a fait l'objet d'une rétrospective au Musée d'Orsay, en juin 1990.

 

Filmographie :

1915 Les frères corses
  Avec : Henry Krauss, Romuald Joubé, Rose Dione, Jacques Grétillat, Henry Roussel, Gaston Glass.
   
1916 Le coupable
  Avec : Romuald Joubé (Chrétien Lescuyer), Sylvie (Louise Rameau), Jacques Grétillat (Prosper Aubry), Léon Bernard (Donadieu, le sculpteur), Séphora Mossé (Perrinette)
   
1917 Les travailleurs de la mer
 

Avec : Armand Tallier, Marc Gérard, Charles Mosnier, Andrée Brabant, Philippe Garnier, Romuald Joubé.

Le vieil armateur Lethierry est en possession d'un des plus anciens bateaux à vapeur, "La Durande". Le bateau fort convoité effectue le trajet Saint-Malo - Guernesey. Les autres armateurs et marins de la région, jaloux, le considèrent comme un concurrent un peu trop puissant...

   
1919 Israël
   
   
1919 La terre

Avec : Armand Bour (Le père Fouan), René Alexandre (Jean), Germaine Rouer (Françoise), Jean Hervé (Buteau). 1h37.

Maintenant qu'il est vieux, le père Fouan décide de partager ses terres entre ses trois enfants : Louis, dit "Buteau", brutal et cupide; Hyacinthe, dit "Jésus-Christ", braconnier ivrogne qui vit avec sa fille, "La Trouille "; Fanny, avide et cruelle.

   
1920 Mademoiselle de la Seiglière
   
   
1920 L'hirondelle et la mésange
 

Avec : Maguy Deliac, Pierre Alcover, Georges Denola. 1h20.

Pierre van Groot, maître-batelier brugeois, fait, deux fois par an, avec ses deux péniches "L'Hirondelle" et "La Mésange", le transport de charbon et de matériaux de construction de Belgique en France par Anvers, Bruges, Gand, Bruxelles, Mons et Charleroi. Sa famille se compose de son épouse, Griet, surnommée "L'hirondelle", et de la soeur de cette dernière, Marthe, surnommée "La mésange".

   
1921 Quatre-vingt treize

 

L'opposition pendant la Révolution entre le marquis de Lantenac, le représentant du peuple Cimourdain et le neveu du marquis et fils adoptif de Cimourdain, Gauvain
   
1922 L'Arlésienne

 

 
   
   
   
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(1858-1943)
9 films
   
   
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