Eruption du Vésuve

1838
The fighting "Temeraire", tugged to her last Berth to be broken up, 1838. (Le vaisseau de ligne Le téméraire remorqué à son dernier pont pour y être démoli en 1838) P377.
William Turner, 1839
Huile sur toile, 90,7 x 121,6 cm
Londres, National gallery, salle 34.

Le bateau à 98 armes à feu 'Temeraire' avait joué un rôle éminent dans la victoire de Nelson à la Bataille de Trafalgar en 1805. Après avoir été surnomé 'le Temeraire combattant', le bateau est resté en service jusqu'en 1838 quand il a été déclassé et remorqué de Sheerness à Rotherhithe pour être détruit.

Le tableau représente le déclin de la puissance navale Britannique. On montre le 'Temeraire' voyageant vers l'est, loin du coucher du soleil, bien que Rotherhithe soit à l'ouest de Sheerness, mais le souci de Turner était d'évoquer la perte, plutôt que donner un enregistrement exact de l'événement. La mise en scène spectaculairement colorée du soleil établit un parallèle avec le déclassement du vieux vaisseau de guerre. Par contraste, la nouvelle génération de bateaux à vapeur est plus petite et plus prosaïque.

Turner a conçu la scène à la manière d'un Claude Lorrain moderne : un Téméraire fantomatique au gréage méticuleusement peint est tiré par un remorquer noir trapu, crachant du feu et de la suie, avec en toile de fond un coucher de soleil empourpré. Sa technique diffère beaucoup de celle du Lorrain : les forts empâtements représentent les rayons et les reflets contrastant avec les zones ayant reçu une fine pellicule de peinture, et les couleurs passent brusquement du clair au foncé. Une époque héroïque et raffinée se termine, l'ère mesquine de la vapeur et de l'argent s'ouvre et précipite sa disparition. Le soleil qui meurt signale la fin de la première ; une lune aux pales reflets, l'essor de la seconde. Mais tout comme les levers et les couchers de soleil de Claude Lorrain invitent au voyage, Le dernier mouillage du Téméraire rappelle que toute vie humaine a une fin.

(voir sa réinterprétation par Cy Twombly)