Portrait du comte de Coigny Hyacinthe Rigaud 1699
 
 

Portrait présumé du comte de Coigny, gouverneur de Caen
Hyacinthe Rigaud , vers 1699
Huile sur toile, 136 x L. 113 cm
Musée des Beaux-arts de Caen

   

 

Ce tableau faisait partie de la collection du jeune peintre caennais Georges Lefrançois, mort accidentellement à Venise en 1839. Dans son testament, il lègue sa collection et son fonds d’atelier au musée de Caen dont il connaissait le conservateur, Pierre-Henri Élouis, qui avait été son premier professeur. On ne sait malheureusement pas comment le tableau était parvenu dans les collections de Georges Lefrançois.

L’armure et le casque indiquent que ce portrait est celui d’un militaire et, plus précisément, d’un officier comme le suggèrent le bâton de commandement tenu dans la main droite du modèle et l’écharpe blanche. Le commandement militaire étant l’apanage de la noblesse, il s’agit donc d’un noble mais son identification reste problématique malgré les recherches scientifiques approfondies menées ces dernières années. En effet, ce portrait n’a pas été conservé dans la famille du modèle, son nom n’a donc pas été perpétué par une mémoire familiale. Par ailleurs, la production de portraits de Rigaud a été intense et standardisée, les officiers du roi ont été très nombreux à venir se faire portraiturer dans l’atelier de l’artiste. On a cru tout d’abord reconnaître François de Neuville, duc de Villeroy, puis Charles-Auguste de Matignon, comte de Gacé. Les dernières recherches laissent penser que le modèle pourrait être Robert-Jean-Antoine de Franquetot (v. 1645 – 1704), comte de Coigny, qui épousa la soeur du comte de Gacé en 1668. Ancien gouverneur et bailli de Caen, il fût également lieutenant-général des armées du roi et colonel-général des dragons.

Le tableau est construit suivant deux plans très distincts conçus pour mettre fortement en valeur le modèle. Au premier plan, le personnage est inscrit dans une composition pyramidale qui assoit son autorité, lui confère de la puissance et valorise son visage. Stratégiquement placé à l’intersection d’un côté du triangle et de la ligne d’horizon, le bâton de commandement projeté à l’avant brise l’ordonnancement, aff

irmant la position sociale du modèle et insufflant du dynamisme à la pose. Cadré à mi-cuisses et représenté de trois quarts, l’homme de guerre est saisi en mouvement (jambe gauche avancée, bras droit porté en avant, écharpe au vent), il incarne l’action et le commandement militaire. À l’arrière-plan, un paysage sert de cadre à une scène de bataille traitée de manière allusive où des cavaliers et des fantassins, rapidement esquissés, manoeuvrent devant une ville assiégée. La réalité de la guerre est lointaine et secondaire. Le chef domine concrètement et symboliquement la mêlée, il n’y a pas de lien pictural entre les deux plans sauf peut-être les boucles de la perruque qui se perdent dans les volutes de fumée de la bataille qui fait rage au loin. Lumière et couleurs Brossées dans un camaïeu de gris rehaussés d’éclats dorés, l’armure et la perruque du modèle mettent en valeur les yeux bleus et la peau rosée de la figure et contrastent avec le fond où dominent les verts et les bruns rougeoyants. Pour guider le regard, la lumière s’accroche en trois points harmonieusement répartis sur le tableau : en haut, le teint clair du visage ; au milieu, le reflet sur la cuirasse qui protège l’avant-bras ; en bas, l’éclat satiné du noeud bouillonnant de l’écharpe.

Le portrait n’est en aucun cas intime, il ne dévoile rien de l’individu, de sa personnalité ou de sa psychologie. Il s’agit d’un portrait officiel où tout est codifié et étudié avec précision. Ainsi la faible expressivité du visage correspond au comportement attendu de la part d’un personnage de ce rang : il se doit d’être aimable mais aussi, en toutes circonstances, rester maître de ses émotions et garder ses distances. De même, le modèle est représenté vêtu d’une armure complète alors qu'à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle, les officiers supérieurs au combat portent seulement une cuirasse qui couvre leur buste. L’armure est le symbole de la noblesse d’extraction chevaleresque, la plus ancienne et la plus illustre. Exposé dans les pièces de réception d’un palais, le portrait donne à voir un membre de la noblesse conformément aux normes sociales et aux canons esthétiques en vigueur. Seuls quelques rides et un léger empâtement des traits procurent un peu d’humanité et de chair au modèle et encore, ils pourraient être interprétés comme des signes de maturité et de sagesse.

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