Jupiter et Sémélé

1895
Jupiter et Sémélé
Gustave Moreau , 1895
Huile sur toile 213 x 118
Musée Gustave Moreau, Paris

Fille de Cadmos, le fondateur de Thèbes, et d'Harmonie, Sémélé fut une des amantes de Zeus. Zeus, amoureux de Sémélé, se cache sous les apparences d'un mortel.

Lorsque Héra apprit que Sémélé était enceinte, jalouse, elle prit les traits de Béroé, la nourrice de Sémélé. Sous ce déguisement, elle fit avouer à Sémélé le nom de son amant, mais lorsqu'elle entendit le nom de Zeus, elle s'esclaffa et refusa de la croire, à moins que Sémélé ne le prouvât en persuadant le dieu d'apparaître sous sa forme véritable. Sémélé fit promettre à Zeus de lui accorder une faveur et, quand celui-ci lui demanda quel était son désir, elle le pria de se montrer dans toute sa puissance. Zeus dût s'exécuter et se présenta donc devant elle muni de sa foudre et ses éclairs. En un instant, Sémélé fut foudroyée : elle meurt donc consumée par le feu divin. Zeus eut cependant le temps de retirer du sein de Sémélé, Dionysos, le fils qu'elle avait conçu et de le cacher dans sa cuisse.

Deux mois plus tard naissait Dionysos, le dieu du vin, de l'agriculture et protecteur du théâtre. Déguisé en petite fille, et confié à Athamas et à Ino, la sœur de Sémélé, il ne put toutefois échapper à la colère d'Héra qui frappa ses parents adoptifs de folie. Le dieu s'enfuit dans des pays lointains où il fut transformé en chevreau par son père pour échapper de nouveau à Héra. Les nymphes entreprirent son éducation. Ensuite, Dionysos descendit aux Enfers pour arracher sa mère au royaume des Ombres, et il la transporta dans l'Olympe, où Zeus lui conféra l'immortalité sous le nom de Thyoné.

Sur un ciel bleu profond, se détache le zodiaque. Le bras gauche de Jupiter est appuyé sur une lyre, discrète allusion à une présence d'Apollon. Derrière Sémélé étendue, les bras levés, apparaissent les éclairs de la foudre, tandis que Dionysos, le génie de l'amour, ailé, se lamente sur le flanc de la princesse foudroyée.

Les sentiments de Moreau sont mêlés : dans les dernières années de sa vie, en quête de spiritualité, il superpose à cette scène mythologique païenne, une atmosphère de sanctuaire. "Le dieu, tant de fois évoqué, se manifeste dans sa splendeur encore voilée : Sémélé pénétrée des effluves divines, régénérée, purifiée par le sacre, meurt foudroyée et avec elle le génie de l'amour terrestre, le génie au pied de bouc ". Il continue : "Alors, sous cette incantation et cet exorcisme sacré, tout se transforme, s'épure, s'idéalise : l'immortalité commence, le divin se répand en tout et tous les êtres, ébauches encore informes, se dégagent de leur limon terrestre et aspirent à la vraie lumière […] C'est une ascension vers les sphères supérieures, une montée des êtres épurés, purifiés par le divin,- la mort terrestre et l'apothéose dans l'immortalité. Le grand mystère accompli, toute la nature est imprégnée d'idéal et de divin, tout se transforme. C'est un hymne à la divinité".

 

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