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En grand format, dans une composition limpide, une silhouette féminine bleue, bras par-dessus tête et jambes repliées, se détache sur un fond blanc rectangulaire. Et pourtant, malgré un air commun, cette série trouverait tout son sens au jeu des sept différences car rien, ou presque, n’est identique d’un tableau à l’autre. Dimensions, couleur, pose de la figure, nuances de bleu et durée d’exécution… rien n’est parfaitement identique. Selon l’œuvre, la silhouette représentée est plus ou moins plantureuse, plus ou moins courbée, potelée ou fuselée…
Matisse adopte la Linel, une gouache ultrafine dont il enduit des feuilles entières qu’il se met à découper, armé d’une paire de ciseaux. Nu bleu I, Nu bleu II et Nu bleu III ont été réalisés successivement, en une séance de quelques heures chacun, comme en atteste, dans ses témoignages écrits, Lydia Délectorskaya, l’une des dernières modèles et collaboratrices de Matisse : « Chacun à un jour différent, […] d'un trait, d'un seul coup de ciseaux, en dix minutes ou quinze au maximum. »
Ce n’est pas le cas de Nu bleu IV, qui détient, lui, un statut particulier : c’est à la fois l’œuvre par laquelle Matisse démarre la série, mais aussi celle par laquelle il la clôt. Par conséquent, c’est l'œuvre à laquelle il consacre le plus de séances. Contrairement aux autres, son fond est traversé de traces de fusain qui correspondent aux positionnements successifs des éléments gouachés et découpés. L’artiste n’a cessé de les déplacer avant de trouver l’assemblage idéal et de fixer la composition.