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L'apothéose d'Homère

1827
L'Apothéose d'Homère ou Homère déifié
Jean-Auguste-Dominique Ingres , 1827
Huile sur toile 386 cm X 512 cm
Le Louvre, Paris

Cette composition aux nombreux personnages fut commandée à Ingres pour décorer un plafond du "musée Charles X'' au Louvre (actuelles salles égyptiennes) et déposée en 1855.

Fortement inspirée du Parnasse de Raphaël, cette peinture, qui n'est en rien "plafonnante'', figure Homère divinisé recevant l'hommage des grands hommes de l'Antiquité et des artistes des Temps modernes. À ses pieds, deux allégories figurent l'Iliade et l'Odyssée.

A partir de 1826, l'architecte Fontaine aménagea au premier étage de l'aile sud de la Cour carrée neuf salles qui furent inaugurées en 1827 par Charles X. Pour orner ces salles, destinées aux collections égyptiennes, grecques et romaines, médiévales et Renaissances, des plafonds furent commandés aux meilleurs artistes de l'époque, décor complété par celui des voussures et la réalisation de bas-reliefs peints en haut des murs, au dessous des corniches. Les sujets représentés s'inspiraient des collections qui y étaient exposées. Ainsi les plafonds peints des quatre premières salles évoquent Homère, Pompéi, Herculanum tandis que ceux des quatre salles suivantes illustrent l'Egypte, l'architecture de la Renaissance à Rome et rendent hommage à Charles X.

Le tableau fait référence à l'une des œuvres les plus connues de Raphael, L'école d'Athènes. Comme lui, Ingres à recours à l'architecture classique. Il organise sur différents niveaux, un rassemblement de personnages historiques, des auteurs, des penseurs et artistes d'époques diverses qu'il assemble en groupes autour d'Homère qui domine la scène sur un trône de bois, son bâton à la main.

Dans cette apothéose artistique, Homère se voit élevé au rang des dieux. Un personnage ailé, vêtue de rose, représente la victoire (Niké) pose une couronne de lauriers sur la tête du poète. Tous les personnages manifestent leur allégeance à Homère. Le projet d'Ingres est explicite : il s'agit d'affirmer la prééminence du modèle classique pour toute entreprise artistique, en art, en littérature aussi bien dans l'Antiquité que dans le présent.

Les auteurs et poètes classiques sont placés toute en haut de la hiérarchie, juste sous Homère. Ils sont visibles ne pied, en haut des marches. Ingres dispose les personnages par paires : à la gauche d'Homère se tient Eschyle. Il tient un parchemin où figurent les titres de ses tragédies, référence à la tradition littéraire classique. En regard à droite, Pindare lève son luth, pour montrer l'importance de la poésie chantée. Aux côté d'Eschyle, Apelle, peintre à la cour d'Alexandre le grand et artiste le plus célèbre de l'Antiquité, est représenté ses pinceaux à la main. Le vis-à-vis d'Apelle, à droite est Phidias, sculpteur renommé d'Athènes, vêtu de rose, ses maillets tenus à bout de bras, pendant des pinceaux d'Apelle. Les personnages non classiques sont admis dans ce cénacle semi-divin par leur mentor : Raphaël est précédé d'Apelle et c'est Virgile, au dessous qui introduit Dante, en manteau rouge, facilement reconnaissable avec son nez busqué et son menton saillant.

Comme Ingres a fait ses portrait d'après des modèles classiques, des bustes par exemple, les personnages de la rangée médiane sont identifiables également. A gauche de Phidias, casqué se tient Périclès, haute figure Athénienne du Ve siècle, il initia la construction de l'Acropole. Derrière lui conversent Socrate (crâne chauve, robe bleue, posture argumentative) et Platon (tourné vers l'extérieur). Alexandre le grand se tient à l'extrême droite. Lecteur d'Homère dans sa jeunesse, il tient un coffret qui contient les manuscrits de ce dernier. A gauche derrière Raphaël, on reconnait Sappho et Alcibiade ; à al droite d'Apelle, Euripide (dont le poignard symbolise la tragédie) Ménandre et Démosthène. A gauche d'Homère, Hérodote recharge l'encensoir.

En bas, et visibles jusqu'à la taille, se tiennent les artistes et auteurs contemporains du peintre. Quoique dignes de figurer ici, ils ne peuvent prétendre au rang élevé de leurs prédécesseurs. Le peintre Nicolas Poussin domine le groupe à gauche ; derrière lui se tiennent Pierre Corneille et un personnage qui pourrait être Wolfgang Amadeus Mozart. ON reconnait à gauche William Shakespeare et le Tasse. A droite, Molière tient un masque qui symbolise l'art de la scène, et Jean Racine (derrière et vêtu de bleu) montre un feuillet où figurent les titres de ses œuvres. Ces personnages établissent le lien entre l'âge classique, célébré ici et le prestige de la littérature française de l'époque
Enfin, assis sur les marches se tiennent deux personnages qui représentent les textes inspirateurs de l'Apothéose : à gauche L'Iliade en rouge, portant une épée en référence à la guerre de Troie ; à droite l'Odyssée dont l'aviron brisé évoque l'éprouvant voyage d'Ulysse. Entre eux, gravé en grec sur les marches, on lit le texte suivant : " Si Homère est un dieu qu'il soit vénéré parmi les immortels / et s'il n'est pas un dieu, qu'il le soit tout de même dans les esprits." Le caractère divin du fondateur de la tradition classique st donc affirmé ici avec force.

Le tableau d'Ingres se distingue par son sérieux absolu, dans la conception et l'exécution. Ingres principal partisan du classicisme et disciple fervent de l'Académie française, tente de définir ici l'art suprême : la recherche du style juste et des thèmes susceptibles d'édifier le public. Quoique admiré à sa première présentation, le tableau d'Ingres allait devenir l'exemple même du classicisme stérile et éculé de l'académie. Pour Ingres cependant, c'était à travers l'héritage sérieux, digne et raffiné de l'âge classique que le monde moderne pouvait être transformé. Promouvoir un monde meilleur : telle était la finalité de son art.

 

Source : Paul Crenshaw, Un autre regard sur la peinture. New York, 2009. Edition française, Rizzoli International Publications, Inc. 2010.

 

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