Assomption de la Vierge

1577
Assomption de la Vierge
Le Greco, 1577-1579
Huile sur toile, 403,2 x 211,8 cm
Art Institute of Chicago
+

Fidèle aux textes apocryphes (textes non reconnus par l’Église), Greco représente la montée au Ciel de la Vierge. Selon la tradition, la mort de Marie ne ressemble à aucune autre ; exempte de douleurs, elle n’est suivie d’aucune dégradation de sa dépouille. Les Apôtres, dispersés à travers le monde pour prêcher l’Évangile sont miraculeusement réunis autour d’elle et, trois jours après son trépas, autour de son tombeau. Ils ont la surprise de le trouver vide. Ils assistent alors, au son des Cantiques et charmés par un merveilleux parfum, à l’élévation dans le Ciel de son corps et de son âme, soulevés par des anges. Conformément aux préceptes du concile de Trente, Greco donne une lecture très explicite de l’événement miraculeux. Au registre inférieur, le tombeau vide, représenté selon une curieuse perspective montante, symbolise le miracle et suscite l’interrogation et la perplexité des Apôtres, répartis en deux groupes de 6. Dans la moitié supérieure du tableau, la Vierge s’élève, extatique, vue en contreplongée, les bras ouverts et les yeux levés. Ses pieds reposent sur le croissant de lune qui marque la limite entre le monde souillé et l’espace pur du monde divin. Autour de Marie, 6 anges aux postures et aux attitudes diverses l’accompagnent parmi les nuées. Les vêtements des personnages se détachent en couleurs raffinées. Le fond clair permet une grande lisibilité, renforcée par la monumentalité des figures et l’absence de tout détail secondaire.

Cette peinture monumentale, restaurée en 2019, est le panneau central du retable réalisé par Greco ainsi que des deux autres latéraux pour le monastère de Santo Domingo El Antiguo de Tolède. La commande en a été passée à l’artiste le 11 septembre 1577 par don Diego de Castilla, le doyen de la cathédrale. Le peintre, qui se trouve alors à Madrid, se rend à Tolède pour effectuer ce travail. L’ensemble est mis en place en septembre 1579. Le monastère de Santo Domingo El Antiguo, fondé au 11e siècle par le roi Alphonse VI, subit d’importantes transformations durant la seconde moitié du 16e siècle. Maria Da Silva, ancienne dame de compagnie de la reine Isabelle du Portugal, s’y est retirée à la mort de son époux et y a vécu 38 ans. À sa mort en 1575, l’église est reconstruite afin de lui servir de lieu de sépulture. C’est à l’occasion de ces importants travaux, menés par l’architecte royal Juan de Herrera entre 1576 et 1579, que trois retables sont commandés. Greco conçoit l’ensemble, peintures et encadrements de bois qui sont sculptés par Juan Battista Monegro. Le retable de l’autel-majeur (autel principal) compte 7 peintures : l’Assomption, au centre est entourée de 4 figures de saints et surmontée de la Sainte Face, puis de la Trinité (1577-1579, Madrid, musée du Prado) au sommet 5 sculptures, une Vierge à l’Enfant et 4 saints, accompagnent l’ensemble. Il s’agit donc d’une architecture monumentale, qui n’est pas sans rappeler les iconostases des églises orthodoxes. La composition de l’Assomption s’inspire clairement de celle peinte par Titien que Greco a pu voir dans la basilique des Frari à Venise. La figure de la Vierge est représentée dans une position identique et les Apôtres assemblés autour du tombeau montrent la même agitation. Néanmoins, les trois registres dépeints par Titien (la terre, le ciel et, au-delà, Dieu le Père), sont séparés chez Greco qui a réservé la description de la Trinité à un panneau indépendant situé dans la partie supérieure du retable. Le caractère vénitien de cette toile s’affirme aussi dans la liberté du pinceau et dans la palette éclatante qui rappelle Bassano.

Le sujet est bien l'assomption de la Vierge. En 1613, Le Greco réalisera La Vierge de l'immaculée conception, plus sophistiquée.

Retour à la page d'accueil de la section Beaux -Arts