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(1832-1883)
Romantisme
Le dernier jour de réception avant le salon 1866 Paris, MNAM
Newgate. La cour d'exercice 1872 Paris, BNF
L'Ascension 1879 Paris, Petit Palais
La vallée de larmes 1883 Paris, Petit Palais

Gustave Doré naît le 6 janvier 1832 à Strasbourg. Il est le fils de Pierre Louis Christophe Doré, ingénieur des Ponts et Chaussées et d’Alexandrine Marie Anne Pluchart. La famille Doré vit sur de bons revenus, ce qui permet à Gustave de s’adonner pleinement à son art. Gustave Doré noue un lien très fort avec sa mère pendant toute sa vie ; celle-ci était remplie d’orgueil face au talent de son fils qu’elle qualifie souvent de génie. Ce soutien est moins partagé par son père qui le destinait à une carrière moins précaire et souhaitait l'inscrire à l'École polytechnique.

Dès l'âge de cinq ans, Gustave Doré, doté d'un sens pointu de l'observation, montre un talent singulier pour le dessin. Dès l'obtention de sa première palette de peinture, la nuit venue, il peint en vert une poule qui terrifia toute la ville. Sa grande curiosité lui permet de multiplier les croquis éclectiques (scènes intimes ou urbaines, mythologiques ou de l'Antiquité). Gustave entre dans la classe de la pension Vergnette, place de la Cathédrale, comme interne où il commence à illustrer ses cahiers d'écolier et des lettres qu'il écrit à ses parents et amis. Il réalise ses premières caricatures, prenant pour objet son entourage. Son imagination fertile se nourrit de lectures et d'inspirations précoces exceptionnelles pour son âge. Doré dessine M. Fox, une série de six dessins à la mine de plomb inspirés par l'œuvre de Grandville.

Avec un ton humoristique et vivace, il enchaîne le dessin de scènes indépendantes en utilisant l'anthropomorphisme, il s'inspire notamment de Cham et de Rodolphe Töpffer, surtout de ses « histoires en estampes ». Doré apprend également le violon, qu'il maîtrise très vite et dont il jouera toute sa vie. En 1840, à l'occasion du quadri-centenaire de l'invention de l'imprimerie et de l'inauguration d'une statue de Gutenberg à Strasbourg, il propose à ses camarades d'école de reproduire le cortège historique. Il organise le tout, décore les chars et conduit le char de la guilde des peintres-verriers. Cet épisode inaugural a marqué rétrospectivement l'artiste et ses biographes.

En 1841, le père de Gustave Doré, Jean-Philippe Doré, polytechnicien, est nommé ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de l'Ain et la famille Doré s'installe à Bourg-en-Bresse. L'enfant aux dons précoces est un très bon élève du collège mais il se fait encore davantage remarquer par ses caricatures et ses dessins inspirés du monde bressan qui l'entoure. Il trouve une inspiration dans les décors gothiques et les maisons du Moyen Âge de Bourg.

À l'âge de 13 ans, en 1845, ses premières œuvres publiées sont trois dessins lithographiés à la plume par l'imprimerie Ceyzeriat de Bourg dont La Vogue de Brou. La même année il réalise Les Aventures de Mistenflûte et de Mirliflor un album de 16 pages.

La famille de Gustave Doré descend à l'hôtel Louvois, rue de Richelieu à Paris, en septembre 1847 pour ce qui devait être un court séjour. Tandis que son père s'absente, Doré, âgé de 15 ans, part rencontrer Charles Philipon, directeur de la maison d'édition Aubert & Cie et fondateur des journaux satiriques La Caricature (interdit par les lois sur la presse de 1835) et Le Charivari pour lui montrer ses nombreux travaux. Ces journaux ont dévoilé bon nombre d'illustrateurs dont Paul Gavarni et Honoré Daumier.

Charles Philipon propose alors un contrat de trois ans à Gustave Doré, lui permettant la réalisation d'une page hebdomadaire de dessins dans le nouvel hebdomadaire Le Journal pour rire. Cet accord ne voit le jour qu'après six mois de délibérations avec le père de Gustave toujours fortement opposé à ce que son fils devienne artiste. Il donne finalement son approbation, notamment grâce à l'appui de madame Doré en faveur de son fils. La signature du contrat est conditionnée à la poursuite de ses études et à une juste rétribution. Le contrat à peine signé, Philipon publie Les Travaux d'Hercule, le premier ouvrage lithographié officiel de l'artiste, dans la collection des « Jabot » chez l'éditeur Aubert. Comme le précise Thierry Groensteen, Les Travaux d'Hercule s'inscrivent « dans la première collection de bandes dessinées de l'histoire de l'édition française ». Cet album montre un trait souple, à la plume et à l'encre lithographique sur la pierre, avec un maximum de trois cases par page et des légendes brèves qui font allusion au comique parodique des dessins. De cet enchaînement de cases surgissent mouvement, durée et dynamisme.

L'éditeur parisien demande à Gustave Doré de venir s'installer à Paris où à partir de 1847, il suit les cours du lycée Charlemagne. Il sera logé chez madame Hérouville, une amie de sa mère, rue Saint-Paul. Il partagera son temps entre les cours et les caricatures pour le Journal pour rire dès 1848. Gustave Doré arrive en plein essor de la presse (grâce à la mécanisation), des caricatures et des romans-feuilletons. Le mois de février 1848 marque sa première publication dans le journal avec le tirage du Beau jour des Étrennes. Pour composer ses caricatures, il se nourrit de sa vie quotidienne au lycée et de l'actualité bouillonnante de l'époque.

Malgré son jeune âge, Gustave Doré fait preuve d'un caractère indépendant et se forge un réseau important dans les milieux qu'il fréquente. Le 4 mai 1849, son père meurt des suites d'une maladie foudroyante, il ne l'avait pas revu depuis que celui-ci lui avait donné son consentement pour travailler auprès de Philipon. La veuve Doré et ses trois fils s’installent à Paris dans l’hôtel particulier dont Alexandrine Doré vient d’hériter. Il profite du Salon libre pour y exposer deux de ses dessins à la plume : Le Nouveau Bélisaire et une scène d’ivrognes et L’union fait la force. Par ailleurs il peint sa première toile Pêcheur amarrant une barque pendant la tempête.

Son deuxième album, Trois artistes incompris et mécontents […], sort de presse vers 1851, suivi des Des-agréments d’un voyage d’agrément, et tout au long de la décennie il lithographie des suites comiques (Ces Chinois de Parisiens, Les Folies gauloises depuis les Romains jusqu’à nos jours) et collabore au journal L’Illustration.

Les deux albums Trois artistes incompris et mécontents et Des-agréments d'un voyage d'agrément sont publiés chez Aubert. Libéré de l'inspiration de Rodolphe Töppfer et du respect des cadres, Gustave Doré réalise des vignettes librement disposées avec plusieurs dimensions. La pluralité de la composition des pages, ses innovations et ses variantes graphiques se déploient surtout dans Des-agréments d'un voyage d'agrément. Sa technique fait appel au dessin direct sur la pierre avec le crayon lithographique.

À partir de 1851, tout en exposant ses toiles, il produit quelques sculptures de sujets religieux et collabore à diverses revues dont le Journal pour tous. En 1851, il expose son premier tableau, Pins sauvages, au Salon.

Il est convié à la cour par Napoléon III en 1854, il profite alors de la vie mondaine parisienne qu’il affectionne. Au Salon, sa première œuvre religieuse, L’Ange de Tobie, est acquise par l’État pour la somme de 2 000 francs. Fort de son expérience graphique, Doré se lance dans la peinture d’histoire avec La Bataille de l’Alma, présentée au Salon de 1855 avec deux paysages. Sa toile Le Meurtre de Riccio est refusée par le jury.

De plus en plus reconnu, Gustave Doré illustre, entre 1852 et 1883, plus de cent vingt volumes qui paraissent en France, mais aussi en Allemagne, en Angleterre et en Russie. Il achève plusieurs albums lithographiques (La Ménagerie parisienne, Les Différents Publics de Paris).

En 1852, il illustre avec une main de peintre, Le Juif errant, un poème mis en musique de Pierre Dupont, une œuvre de rupture dans son parcours artistique et dans l'histoire de la gravure sur bois. Délaissant la gravure sur cuivre ordinairement privilégiée, Gustave Doré choisit la technique du bois de teinte (gravure d'interprétation). Cette dernière permet une palette infinie de tons, très proche des effets picturaux. Le bois de teinte permet de dessiner directement au lavis et à la gouache sur des blocs de bois de bout (coupés en tranches perpendiculairement au tronc) dont la surface dure est travaillée au burin. Doré a formé sa propre école de graveurs. Chaque planche de l'œuvre, avec une courte légende issue du poème, est une œuvre de peinture. Le format important de l'ouvrage permet le passage aux films in-folio. L'image est indépendante du texte. Cette œuvre connaît un grand succès public.

Lors de la campagne de Crimée, il réalise, en 1854, à la fois comme auteur et comme illustrateur, Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la sainte Russie, une charge contre ce pays avec qui la France et l'Angleterre étaient entrées en guerre. Considéré comme le dernier des albums de « bandes dessinées » de Gustave Doré, le seul ouvertement politique, il est réalisé dans un contexte d'un large mouvement nationaliste avec le début de la guerre de Crimée et réanime le cliché occidental de la barbarie russe. Constitué de plus de 500 vignettes, remettant en cause les codes de la mise en page et du dessin, ce violent pamphlet politique résume l'histoire sanglante de la Russie des origines jusqu'à l'époque contemporaine de Gustave Doré. Le caractère démesuré des scènes de guerres, de massacres, d'assassinats, de tortures provoque plus le sourire que des grimaces d'effroi. La jubilation est à l'honneur tant sur le plan verbal que graphique. Comme le souligne David Kunzle, « Doré met ses fantaisies graphiques au diapason de ses extravagances verbales, se livrant aux joies du calembour à un point tel que c'est souvent la perspective d'un jeu de mots qui justifie le choix d'un épisode. »

Paul Lafon, écrivain et éditeur, dont il avait fait la connaissance chez Philipon, accède à sa demande d'illustrer les œuvres de Rabelais. En 1854, l'ouvrage est publié chez Joseph Bry avec 99 vignettes et 14 planches hors texte gravées sur bois. Cette édition abordable, avec une faible qualité d'impression et un format modeste (un grand in-octavo) n'est pas à la hauteur des ambitions fortes de Gustave Doré. En 1873 il illustre une autre version plus luxueuse des Œuvres de Rabelais qui regroupe plus de sept-cents illustrations.

À peine de retour de vacances familiales en Suisse, Doré prend la route de Biarritz en compagnie de Paul Dalloz et Théophile Gautier qui le soutient vivement dans ses critiques d’art. Il fait une incursion en Espagne, en vue d’illustrer le Voyage aux eaux des Pyrénées (1855) de son ami Hippolyte Taine. L’illustration, en 1855 de Les Cent Contes drolatiques d'Honoré de Balzac (près de 600 dessins) confirme sa réputation d’illustrateur.

En 1860, il collabore à la décoration de la salle du personnel de l'hôpital de la Charité de Paris, partiellement reconstruite au musée de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Gustave Doré souhaite déployer son talent dans l'illustration des grandes œuvres de la littérature, souffrant du mépris observé envers la caricature et le dessin d'actualité. Il va lister la trentaine de chefs-d'œuvre dans le genre épique, comique ou tragique de sa bibliothèque idéale en souhaitant les illustrer dans le même format que Le Juif errant, L'Enfer de Dante, les Contes de Perrault, Don Quichotte, Homère, Virgile, Aristote, Milton ou Shakespeare.

Gustave Doré s'attaque à la Divine Comédie, et commence à produire ses dessins à partir de 1857. les éditeurs refusent de produire cette publication luxueuse d'un trop grand coût. Gustave Doré doit auto-publier l'œuvre de Dante en 1861.Le succès critique et populaire salue la congruité saisissante des compositions sur le texte. Le critique d'art Lorédan Larchey affirme que : «L'auteur est écrasé par le dessinateur. Plus que Dante illustré par Doré, c'est Doré illustré par Dante ». Les éditions Hachette, entre 1861 à 1868, finissent par publier la Divine Comédie de Dante incluant les dessins de Doré traduits sous la forme de gravures sur bois. Doré triomphe notamment avec la parution de L’Enfer en 1861, ouvrage particulièrement soigné et L’Enfer de Dante. Doré expose en même temps au Salon trois grandes peintures d’après la Divine Comédie, dont sa toile monumentale Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'Enfer, des dessins, un paysage et des photographies d’après des bois gravés, avant leurs tirages.

La plupart des critiques reprocheront, à partir de cette date, et de manière récurrente à sa peinture de n'être qu'une illustration agrandie. En effet la peinture de Gustave Doré a influencé l'illustration de ses ouvrages de littérature par le choix des formats, le sens de la composition, la mise à l'honneur du décor et par son art de la mise en scène. Gustave Doré multiplie les points de vue, en plongée, contre-plongée, plans panoramiques ou frontaux avec une recherche d'efficacité maximale de l'image.

En 1862, il publie chez l’éditeur Hetzel les Contes de Perrault ainsi que L’Album de Gustave Doré, son dernier recueil de lithographies.Il effectue entre 1861 et 1862 un voyage en Espagne avec le baron Jean Charles Davillier pour le compte du journal Le Tour du monde qui lui permet de se documenter en vue de son Don Quichotte, entrepris en septembre 1862 à Baden-Baden en compagnie du graveur Héliodore Pisan. Outre les publications périodiques, du voyage d'Espagne sera tiré un livre : L'Espagne, de Charles Davillier avec 309 gravures sur bois de Doré, publié en 1874. Et les planches sur les combats de taureaux seront republiées ultérieurement sous le titre La Tauromachie de Gustave Doré.

En même temps, Doré mise de plus en plus sur la peinture. En avril 1861, il s’installe dans un nouvel atelier, beaucoup plus vaste, 3, rue Bayard dans le VIIIe arrondissement. Il fréquente alors la société mondaine et élargit ses activités picturales il compose de grands tableaux comme Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'Enfer (1861 - 311 × 428 cm – musée de Brou), L'Énigme (au musée d'Orsay) ou Le Christ quittant le prétoire (1867-1872 - 600 × 900 cm — musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg). Après deux demandes effectuées par Saintine, le 13 août 1861, il est décoré en tant que Chevalier de la Légion d'honneur.

Dans les années 1860, il illustre également la Bible. Fasciné par son univers, elle lui offre tout ce qu'il aime représenter : des scènes fantastiques, des paysages grandioses, une grande variété de personnages, des apparitions célestes et des actions dramatiques. En 1866, sa monumentale sainte Bible en deux volumes est publiée ainsi que Paradise Lost de Milton (chez Cassell) qui consacre sa réputation en Angleterre. À l’occasion de la visite de la reine d’Angleterre à l’Exposition universelle de Paris de 1867, il a fait la connaissance du journaliste londonien William Blanchard Jerrold, avec lequel il collabore activement autour de 1870. En 1867, à Londres, où sa Bible connaît un immense succès, une Doré Gallery ouvre au 35, New Bond Street pour laquelle il produit de nombreux tableaux religieux qui iront ensuite jusqu’aux États-Unis.

En 1870, il s’engage dans la Garde nationale pour défendre Paris de l’armée prussienne et réalise plusieurs toiles patriotiques jusqu’en 1871. Pendant la Commune de Paris, il se réfugie à Versailles.

Il publie London: A Pilgrimage de Blanchard Jerrold, en 1872, son art de la composition atteint son apogée dans ce véritable reportage sur le Londres de la fin du XIXe siècle où toutes les classes sociales sont présentes, son inspiration est particulièrement éclatante dans la description des bas-fonds londoniens. En 1875, l'illustration du poème de Samuel Taylor Coleridge : The Rime of the Ancient Mariner (La Complainte du vieux marin) publié à Londres par la Doré Gallery est un de ses plus grands chefs-d'œuvre.

En 1877, Doré expose pour la première fois une sculpture au Salon : La Parque et l'Amour. Si son œuvre est bien accueillie, le succès n'est pas à la hauteur de ses attentes. Asthmatique, il ressent en 1878 les premières atteintes d'une angine de poitrine qu'il soulage grâce à l'air des montagnes suisses et à la consommation d'opium. En 1879 il est nommé officier de la Légion d'honneur. Sa mère meurt la même année. De manière paradoxale, Gustave Doré a abordé son œuvre d'illustrateur dans le costume d'un peintre tandis que sa peinture a été constamment jaugée selon son talent d'illustrateur. Ce jugement a terriblement affecté Gustave Doré, désespérant d'être reconnu en tant que peintre. Pendant tout son parcours artistique, Gustave Doré avait un engagement égal dans la peinture et dans l'illustration sans y voir d'incompatibilité. Il faudra attendre ses dix dernières années pour qu'il n'aborde l'illustration que comme une activité lui permettant de financer « ses couleurs et ses pinceaux ».

Il meurt d'une crise cardiaque à 51 ans, le 23 janvier 1883, en laissant une œuvre imposante de plus de dix mille pièces, qui exercera par la suite une forte influence sur nombre d'illustrateurs.


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