La nuit
Max Beckmann , 1918-19
Huile sur toile. 133 x 154 cm
Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf

Beckmann abandonne Résurrection pour réaliser son premier grand chef-d’œuvre. Dans cette œuvre effrayante, véritable cauchemar, trois personnages torturent un couple et enlèvent leur fille. Le tableau, plein à craquer, vole en éclats sous la violence des gestes des bourreaux.

Beckmann évoque ici la violence sociale qui déchire la société allemande. La scène est sans doute en rapport avec l’assassinat des révolutionnaires spartakistes Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht lors de la Semaine sanglante à Berlin, en janvier 1919.

Ce tableau est un bilan de ses expériences, projeté sur la société urbaine de l’après-guerre. Le phonographe, au centre, domine la scène, seul point stable comme l’obus ou le soleil noir. Il semble avaler les cris d’effroi. Bourgeois et assassins sont des victimes. Le plancher suggère une scène de théâtre, la réalité devient théâtre et parabole éternelle.

A droite, l’assassin, qui porte une casquette prolétarienne, dont les traits du visage rappellent ceux de Lénine, aux yeux couverts par la visière, évoque une figure tirée du Triomphe de la mort, une fresque du XVe siècle du Campo Santo de Pise.

En amalgamant un thème iconographique chrétien (la Descente de croix) et des personnages contemporains, victime de guerre ou prolétaire, Beckmann dépasse la cruauté de la société d’après-guerre pour donner à son tableau une dimension universelle, celle de l’enfer humain sur terre.

Cette scène de torture froide et méthodique annonce la terreur nazie dans l’Europe occupée et "l’industrie de la mort" où la science sera mise au service de l’extermination.

Comme dans le Guernica de Picasso, 1937, la violence de la guerre s’étend aux sphères de la vie privée.

 

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La nuit
1919