Global(e) résistance
Centre Pompidou, Niveau 4
29 juil. 2020 - 4 janv. 2021.

L’exposition « Global(e) Resistance » dévoile une centaine d’oeuvres de plus d’une soixantaine d’artistes entrées dans les collections du Musée national d’art moderne au cours de la dernière décennie. Elle présente une majorité d’artistes issus des « Suds » (essentiellement l’Afrique de l’Ouest et du Sud, le Moyen-Orient, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine) et se donne pour ambition d’examiner les stratégies contemporaines de résistance.

Rédemption (Barthélémy Toguo, 2012-2014)

Résister à travers une pratique à la fois artistique et politique, voire activiste, a souvent été l’apanage d’artistes vivant dans des situations d’oppression ou d’inégalités. La fin de la colonisation a fait jaillir de nombreuses voix qui se sont élevées pour entamer de nouveaux chemins de résistance, que ce soit sur un plan purement politique ou pour questionner les histoires, les mémoires trop tenaces ou menacées de délitement. La résistance s’est également organisée grâce à l’art lui-même, de manière poétique ou discursive.

Le projet fait la part belle à la place de la contestation politique à l’heure des décolonisations et de l’effondrement des idéologies communistes après 1989 tout en abordant les relectures actuelles de l’histoire à travers l’excavation et la mise en mémoire. Il prend pour point de départ deux oeuvres fondatrices des années 1990 issues de la collection du Centre Pompidou : le film The Couple in the Cage (1993), dans lequel Coco Fusco et Guillermo Gómez-Peña questionnent la persistance contemporaine de réflexes coloniaux, ainsi que la vidéo Partially Buried (1996), de Renée Green qui met au jour le rôle de la mémoire subjective dans l’écriture de l’histoire. Dans une époque de tumulte et d’urgence, il s’agit d’explorer comment ces contestations participent à la transformation des systèmes de pensées et modifient le regard sur le monde.

Coco Fusco et Guillermo Gómez-Peña,
The Couple in the Cage : Guatinaui Odyssey
1992-1993. Réalisation vidéo : Paula Heredia, 31'
Partially Buried
Renée Green
(1996,20')

Le visiteur est accueilli dans le forum par la sculpture Rédemption de Barthélémy Toguo, exposée pour la première fois depuis son acquisition. L’oeuvre évoque la rencontre Nord-Sud, le panafricanisme et la question de la rédemption et du salut des peuples.

Le projet se déploie ensuite au quatrième étage des collections permanentes (Galerie du musée, Galerie d’art graphique et Galerie 0) sur près de 1500m2. Le parcours est ponctué de slogans imprimés sur les murs, réalisés à partir d’oeuvres de Barthélémy Toguo. Des oeuvres-manifestes ouvrent l’exposition : Khalil Rabah évoque la situation palestinienne, Teresa Margolles la frontière mexicaine, Yin Xiuzhen les conflits armés et Nadia Kaabi-Linke l’errance des migrants et des sans-abris.

Yin Xiuzhen, Armes (2003-2007)

Inspirée par Robert Smithson, l’oeuvre de Renée Green structure dans un premier temps une stratégie de résistance polysémique pensée à l’échelle du paysage comme du territoire, mais aussi rattachée à une mémoire intime. L’imaginaire complexe de certaines villes comme Braddock (LaToya Ruby Frazier), Johannesburg (Subotzsky et Waterhouse), Dakar (Cheikh Ndiaye), marquées par le déclin économique, la contestation socio-politique ou la recomposition urbaine, hantent plusieurs oeuvres.

Parallèlement, les artistes accompagnent la ferveur et les inquiétudes surgies des décolonisations (Kiluanji Kia Henda, Abdoulaye Konaté) et surtout en Afrique du Sud où persiste l’apartheid jusqu’en 1991 (Penny Siopis, Kemang Wa Lehulere, Sue Williamson).

Red Winter in Gugulethu (Kemang Wa Lehulere, 2016)

La mise en question de l’hypothèse communiste, abordée par The Propeller Group, et la progression d’un monde autoritaire, reflétée par l’installation de Pratchaya Phintong, sont le point de départ d’oeuvres engagées qui tentent de réconcilier récits individuels et traumatismes collectifs. Les oeuvres de Chim Pom et Yin Xiuzhen, elles, dénoncent la menace écologique. Dans une section plus contemplative, la littérature et la philosophie servent de réceptacles à une résistance plus souterraine comme dans le travail de Mohssin Harraki ou M’barek Bouhchichi ou dans l’oeuvre emblématique Facing the Wall de Song Dong mêlant zen et combat spirituel.

M’barek Bouhchichi, Les poètes#3, 2018

Dans un second temps, dans la lignée de la mascarade amérindienne de Fusco et Gómez-Peña, certains résidus du monde colonial, en attente d’une recomposition multiculturelle, sont mis en lumière : le « cirque » ethnographique du « bon nègre » au Brésil (Jonathas de Andrade) est mis en négociation dans un monde qui ploie sous le poids des cicatrices (Otobong Nkanga). Plus loin, il s’agit d’envisager la question de la mobilité au coeur du système capitaliste contemporain : les migrations (Younès Rahmoun, Halil Altındere), le corps comme outil de résistance (Evelyn Taocheng Wang, Ming Wong) viennent nourrir une série d’oeuvres pensées comme des traversées. Les luttes féministes sont enfin activées dans le travail de Susan Hefuna et de Marcia Kure, tout autant que de nouveaux questionnements sur les questions de genre.

Afin de rendre compte des engagements et stratégies des artistes, un salon et des vitrines documentaires envisagés comme un espace discursif accueillent le visiteur à l’entrée du niveau 4 du Musée. Ils valorisent également les engagements de certains « lieux » de l’activisme basés en France.

Un catalogue est réalisé avec des essais de Christine Macel, Alicia Knock et Yung Ma autour des problématiques entre esthétique et politique, à partir des oeuvres de la collection.

Mohssin Harraki, La lumière des étoiles

Parcours de l’exposition 

L’artiste camerounais Barthélémy Toguo, déjà présent dans le Forum avec sa sculpture Rédemption, rythme le parcours de l’exposition répartie sur 1500 m2, grâce à des empreintes de tampons aux slogans de résistance, courant sur les murs des différents espaces.

Dans la partie 1 de l’exposition sont présentés des artistes qui s’emparent des problématiques environnementales et se consacrent aux luttes politiques, aux questions liées à l’histoire et à la mémoire, ainsi qu’à l’art comme alternative et résistance spirituelle.

Plusieurs oeuvres s’emparent tout d’abord de problématiques environnementales. Puis, à partir de la vidéo Partially Buried de Renée Green, matrice historique de l’exposition réalisée dans les années 1990, s’élève une stratégie de résistance polysémique pensée à l’échelle du paysage comme du territoire, de luttes collectives mais aussi rattachées à une mémoire intime.

L’imaginaire complexe de certaines villes comme Braddock, Johannesburg ou Dakar, marquées par le déclin économique, la contestation socio-politique ou la recomposition urbaine, hantent plusieurs oeuvres. Parallèlement, les artistes accompagnent la ferveur et les inquiétudes surgies des décolonisations, notamment en Afrique du Sud où persiste l’apartheid jusqu’en 1991. La mise en question de certains régimes politiques et la progression d’un monde autoritaire sont également le point de départ d’oeuvres engagées qui tentent de réconcilier récits individuels et traumatismes collectifs. Dans une section plus contemplative et spirituelle, l’art, la littérature et la philosophie deviennent des modes de résistance en soi.

Georges Adéagbo, Les artistes et l'écriture

Dans la partie 2 de l’exposition sont présentés des artistes qui se consacrent aux récits post-coloniaux et aux dynamiques migratoires, ou délivrent une réflexion sur le corps et le genre. Dans la lignée de la mascarade amérindienne de Coco Fusco et Guillermo Gómez-Peña, œuvre majeure de la collection réalisée dans les années 1990, les artistes mettent en lumière certains résidus du monde colonial, en attente d’une recomposition pluriculturelle et poétique. D’autres envisagent les questions posées par les mobilités et les migrations au coeur des préoccupations contemporaines. Les luttes féministes et la redéfinition du genre irriguent enfin plusieurs oeuvres où le corps et ses représentations deviennent des outils d’affirmation comme de réinvention de soi.

Iván Argote, "Et Caetera, en recouvrant avec des miroirs Francesco de Orellana,le soi-disant découvreur de l'Amazonie", 2019

La partie 3 est un espace documentaire qui accueille des textes, ouvrages, archives, musiques et vidéos proposées par les artistes à l’invitation des commissaires. Organisé autour de l’escalier central, l’espace permet de découvrir les engagements sociopolitiques des artistes au-delà de leurs oeuvres et met en lumière des démarches de résistance basées en France ou ailleurs. Onze vitrines disposées autour du salon invitent à se plonger dans la grande variété des pratiques et des actions sociales voire militantes de certains artistes de l’exposition. Des assises sont disponibles pour parcourir textes, livres et revues, une table audio permet d’écouter l’album Par les damné.e.s de la terre du musicien Rocé invité par Bouchra Khalili et un moniteur diffuse une conférence enregistrée à La Colonie, lieu culturel parisien dont Kader Attia est l’un des fondateurs. Des exemplaires de la revue Chimurenga – en écho à l’invitation de son créateur Ntone Edjabe pour le projet Chimurenga Library dans le cadre de la saison Africa 2020-21 – et d’autres revues engagées, telles Afrikadaa, Pétunia et Terremoto, sont également visibles dans les vitrines. Enfin, le philosophe Paul B. Preciado, invité de l’année au Centre Pompidou, présente ses ouvrages et archives sur les études du genre.

 

Les artistes invités : Georges Adéagbo (Né en 1942 à Cotonou, vit et travaille à Cotonou et Hambourg) Halil Altindere (Né en 1971 à Mardin, vit et travaille à Istanbul) Jonathas de Andrade (Né en 1982 à Maceió, vit et travaille à Recife) Malala Andrialavidrazana (Née en 1971 à Madagascar, vit et travaille à Paris) Iván Argote (Né en 1983 à Bogotá, vit et travaille à Paris) Kader Attia (Né en 1970 à Dugny, vit et travaille à Berlin) Marcos Avila Forero (Né en 1983 à Paris, vit et travaille entre Paris et Bogotá) Omar Ba (Né en 1977 à Loul Sessene, vit et travaille à Dakar et à Genève) Sammy Baloji (Né en 1978 à Lubumbashi, vit et travaille à Bruxelles et à Lubumbashi) Yto Barrada (Née en 1971 à Paris, vit et travaille à New-York) Taysir Batniji (Né en 1966 à Gaza, vit et travaille à Paris) Guy Ben-Ner (Né en 1969 à Ramat Gan, vit et travaille à Tel Aviv) Lotfi Benyelles (Né en 1974 à Alger, vit et travaille à Fontenay-sous-Bois) M’Barek Bouhchichi (Né en 1975 à Akka, vit et travaille à Tahannaout) Jan Brykczynski (Né en 1979 en Pologne, vit et travaille à Varsovie) Chen Chieh-Jen (Né en 1960 à Taoyuan, vit et travaille à Taipei) Chim Pom (Collectif japonais formé en 2005 à Tokyo, actif, à Tokyo) Liu Chuang (Né en 1978 à Hubei, vit et travaille à Shanghaï) Song Dong (Né en 1966 à Pékin, vit et travaille à Pékin) LaToya Ruby Frazier (Née en 1982 à Braddock, vit et travaille à New-York et à Chicago) Coco Fusco et Guillermo Gómez-Peña (Respectivement nées en 1960 à New York, et en 1955 à Mexico Vivent et travaillent à New York) Meschac Gaba (Né en 1961 à Cotonou , vit et travaille entre Rotterdam et Cotonou) Renée Green (Née en 1959 à Cleveland, vit et travaille à Berlin et à San Francisco) Hazem Harb (Né en 1980 à Gaza, vit et travaille à Rome et à Dubaï) Mohssin Harraki (Né en 1981 à Assilah, vit et travaille à Paris) Susan Hefuna (Née en 1962 à Berlin, vit et travaille à Düsseldorf et à New-York) Anna Hulačová (Née en 1984 à Sušice,vit et travaille à Prague) Nadia Kaabi-Linke (Née en 1978 à Tunis, vit et travaille à Berlin et à Kiev) Katia Kameli (Née en 1973 à Clermont-Ferrand , vit et travaille à Paris) Bouchra Khalili (Née en 1975 à Casablanca, vit et travaille à Berlin) Kiluanji Kia Henda (Né en 1979 à Luanda, vit et travaille à Luanda) Jems Koko Bi (Né en 1966 à Sinfra, vit et travaille entre Abidjan et Essen) David Koloane (Né en 1938 à Alexandra, mort en 2019 en Afrique du Sud) Abdoulaye Konaté (Né en 1953 à Diré, vit et travaille à Bamako) Marcia Kure (Née en 1970 à Kano, vit et travaille à Princeton) Hayoun Kwon (Née en 1981 à Séoul, vit et travaille à Paris et à Séoul) Firenze Lai (Née en 1984 à Hong Kong, vit et travaille à Hong Kong Goddy Leye (Né en 1965 à Mbouda, mort en 2011 à Bonendale) Ibrahim Mahama (Né en 1987 à Tamale, vit et travaille à Accra) Jawad Al Malhi (Né en 1969, Jérusalem, vit et travaille autour du Shufat Refugee Camp) Teresa Margolles (Née en 1963 à Culiacán, vit et travaille à Madrid) Paulo Nazareth (Né en 1977 à Governador Valadares, vit et travaille autour du monde) Cheikh Ndiaye (Né en 1970 à Dakar, vit et travaille à Dakar et à New York) Otobong Nkanga (Née en 1974 à Kano, vit et travaille à Anvers) Sara Ouhaddou (Née en 1986 à Draguignan, vit et travaille à Rabat) Akosua Adoma Owusu (Née en 1984 à Alexandria (Virginia), vit et travaille au Ghana) Pratchaya Phinthong (Né en 1974 à Ubon Ratchathani, vit et travaille à Bangkok) The Propeller Group (Collectif formé en 2006 à Ho Chi Minh-Ville, actif à Ho Chi Minh-Ville et à Los Angeles) Khalil Rabah (Né en 1961 à Jérusalem, vit et travaille à Ramallah) Younès Rahmoun (Né en 1975 à Tétouan, vit et travaille à Tétouan) Zineb Sedira (Née en 1963 à Paris, vit à Londres et travaille entre Paris et Alger) Penny Siopsis (Née en 1953 à Vryburg, vit et travaille à Cape Town) Mikhael Subotzky (Né en 1981 à Cape Town , vit et travaille à Johannesburg) Patrick Waterhouse (Né en 1981 à Bath, vit et travaille en Italie et en Afrique du Sud) Evelyn Taocheng Wang (Née en 1981 à Chengdu, vit et travaille à Rotterdam) Barthélémy Toguo (Né en 1967 à Mbalmayo, vit et travaille à Paris et à Bandjoun) Thu Van Tran (Née en 1979 à Ho Chi Minh-Villeit et travaille à Paris) Kemang Wa Lehulere (Né en 1984 à Cape Town, vit et travaille à Cape Town) Hajra Waheed (Née en 1980 à Calgary, vit et travaille à Montréal) Sue Williamson (Née en 1941 à Lichfield, vit et travaille à Cape Town) Ming Wong (Né à Singapour, vit et travaille à Berlin) Yin Xiuzhen (Née en 1963 à Pékin, vit et travaille à Pékin) Billie Zangewa (Née en 1973 à Blantyre, vit et travaille à Londres et à Johannesburg)