Mouvement très actif entre 1888 et 1905, Les Nabis est l'un des grands mouvements post-impressionnistes.

Décidés à retrouver la pureté de l'art, exaltés par le testament de Gauguin, transmis par Sérusier (le talisman), les Nabis, "prophètes" d'un art nouveau, choisissent d'abandonner les règles traditionnelles de la peinture, et se tournent vers "les vitraux médiévaux, les estampes japonaises, la peinture égyptienne", comme l'écrit Maurice Denis, le théoricien du groupe.

Le bois sacré (Maurice Denis, 1897)
Nu dans le bain (Pierre Bonnard 1936)

A partir de quelques notions communes, chaque artiste va épanouir son style. Vers 1890, les Nabis réclament "des murs, des murs à décorer" pour embellir le cadre de la vie quotidienne. Leur collaboration au théâtre de leur époque : Théâtre Libre, Théâtre de l'Art, théâtre de l'Oeuvre est très importante.

Au tournant du siècle, un changement se fait sentir dans l'œuvre de la plupart des Nabis. Ils s'éloignent des aplats de leur jeunesse, abandonnent les simplifications, adoucissent leurs teintes. Alors que l'Exposition Universelle de 1900 avait consacré les impressionnistes et les symbolistes, en 1903, la disparition de La Revue Blanche des frères Natanson, dont les nabis avaient été les peintres préférés, entraîne l'éclatement du groupe. Cependant en 1905 lorsque s'ouvre le Salon d'Automne, la place d'honneur que les organisateurs réservent à Bonnard, Vuillard, Roussel et Vallotton est significative et tous restent marqués par leur première appartenance au groupe nabi.

Paul Sérusier (1864-1927). Curieux de doctrines théosophiques et de langues anciennes il poursuit dans son oeuvre volontiers ésotérique les harmonies du Nombre d'Or. Son amitié avec Verkade, "le nabi obéliscal", devenu moine à Beuron et sa rencontre avec le père Didier Lenz renforcent cette tendance. Le talisman, 1888 huile sur bois, Orsay Quelques semaines après avoir peint la vision après le sermon à Pont- Aven, Gauguin reçoit au mois d'Octobre 1888 la visite d'un jeune peintre parisien: Paul Sérusier. Sous la direction de Gauguin, Sérusier peint au Bois d'Amour un paysage aux formes schématisées, petit tableau qui semble résumer à lui tout seul les idées et les découvertes récentes et qui, montré lors de la rentrée à quelques amis privilégiés va devenir "le talisman". Le dialogue rapporté par Maurice Denis, qui le tenait de Sérusier, est bien connu: "Comment voyez-vous cet arbre, avait dit gauguin. Il est bien vert? Mettez du vert, le plus beau vert de votre palette, et cette ombre plutôt bleue? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible."

Pierre Bonnard (1867-1947). S'inscrit à l'Académie Julian en 1887. Il y rencontre Sérusier, Maurice Denis, Ibels et Ranson. Il est surnommé "le Nabi très japonard". En 1893 il rencontre Marthe Boursin qui deviendra sa compagne et son modèle de prédilection. Après sa période Nabie, Bonnard multiplie les séjours dans la vallée de la Seine, puis dans le midi. Jusqu'à la fin de sa vie il peindra des paysages, des nus et des natures mortes où la couleur et la lumière jouent un rôle essentiel. La partie de croquet 1892, Orsay Les Japonais montraient la vie qui passe, les sujets de tous les jours. Composition asymétrique, brusques ruptures d'échelle pour donner l'illusion de la perspective; description minutieuse d'un détail, comme le dessin en aplat d'une étoffe. La ronde des jeunes filles au loin sur l'herbe verte est un peu le mouvement, mais transformé en bonheur, de la lutte de Jacob avec l'ange sur la fabuleuse colline rouge de Gauguin. L'enfant au pâté privilégie un format allongé évoquant celui des paravents. Un humour tendre et une atmosphère intimiste dans cette mise en scène de l'un de ses neveux à la nuque dégagée et vêtu d'un kimono.

Edouard Vuillard (1868-1939). Elève au lycée Condorcet, il a pour amis Maurice Denis, Lugné-Poe et Ker Xavier Roussel qui deviendra son beau-frère. Il rejoint l'Académie Julian où il s'intègre au groupe des nabis. Il est surnommé "le nabi à la barbe rutilante". Sa peinture présente souvent un caractère intimiste. Les jardins publics, 1894, Orsay pour partie neuf panneaux, présentés en angle, tels qu'ils étaient dans l'hôtel d'Alexandre Natanson qui les lui avait commandés. Cinq sont à Orsay les autres panneaux sont conservés aux musées de Bruxelles, Cleveland et Huston).

Félix Vallotton (1865-1925). D'origine suisse, il s'installe à Paris en 1882 et rejoint le groupe Nabi en 1892. il est surnommé "le Nabi étranger". Le ballon

Maurice Denis (1870-1943) "le nabi aux belles icônes", est le théoricien du groupe; sa célèbre définition: "Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs dans un certain ordre assemblé" pourrait s'appliquer à toute l'œuvre nabie, en particulier à ses premières toiles. La palette de Denis profonde et mate, s'adapte aux simplifications hardies et accentue le caractère décoratif du tableau. La stylisation des formes et l'emploi de l'arabesque dans le rendu des feuillages, crée une atmosphère irréelle et poétique, proche des symbolistes; les muses 1893, Orsay Reprise du bois sacré de Puvis de Chavannes. Hommage à Cézanne, 1900, huile sur toile, Orsay. L'admiration de Denis et de ses condisciples pour Cézanne, Gauguin et Redon, qu'ils considèrent comme leurs "initiateurs" se trouve concrétisée dans ce tableau qui s'inscrit dans la lignée des Hommages de Fantin-Latour. Denis regroupe autour d'une nature morte de Cézanne, ayant appartenu à Gauguin, les principaux nabis (Redon, Vuillard, Mallerio, Vollard, Denis, Sérusier, Ranson, Roussel, Bonnard et Marthe Denis). La scène se passe dans la galerie Vollard en présence de leur aînés Redon et du critique André Mallerio; cette toile affirme la cohésion du groupe jusque vers 1900.

BIBLIOGRAPHIE :Claire Frèches-Thory et Antoine Terasse Les Nabis Flammarion 1990 Maurice Denis Théories (1890-1910) Paris, 1912.

 

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