DVD

Editeur : Montparnasse. Juin 2010. Deux DVD pour cinq films documentaires de 52 minutes. DVD1 : Les hommes de la forêt 21 de Julien Samani, Lumière du Nord de Sergei Loznitsa, La maison vide de Stéphane Breton. DVD 2 : L'argent du charbon Wang Bing, La montée au Ciel de Stéphane Breton. 20 €

Créée à l'instigation du musée du quai Branly, la collection L'Usage du monde, dirigée par Stéphane Breton, a pour objectif de constituer un fonds patrimonial, une sorte de mémoire des sociétés humaines à l'orée du nouveau siècle, qu'elles se trouvent sur les marges de la modernité ou dans les derniers confins qui lui échappent. Les films de la collection nous emmènent dans les recoins du monde moderne, dans ces endroits où personne ne va jamais, trop étranges pour un voyage facile mais trop profonds pour ne pas nous inspirer (Gabon, Russie, Nouveau Mexique, Chine, Népal). Ils reflètent l'état d'esprit commun de toute une génération de réalisateurs de films documentaires, venus des quatre coins du monde et défendant un véritable point de vue d'auteur.

Il ne s'agit pas de films ethnographiques ou scientifiques, descriptifs, pédagogiques, objectifs et distanciés, reposant sur une thèse, un discours ou des explications. Au contraire, et notamment grâce à l'absence quasi-totale de voix off, les films véhiculent sobriété, laissant aussi le spectateur ressentir et interpréter librement les évènements qu'il voit.

 

Les hommes de la forêt 21 de Julien Samani (2007, 0h52)

Deux hommes, deux bûcherons, travaillent ensemble face aux arbres, ces géants qui tombent dans la forêt et les font parfois " danser " de peur. Chaque jour, au cœur de la brousse gabonaise, ils risquent leur vie dans ce " travail de garçon ". Le premier vit seul, loin des siens ; il fréquente assidûment l'église évangélique. L'autre, jeune père, prend soin de sa famille ; bon vivant, il descend quand il peut à la ville. Ces deux hommes vivent côte à côte dans un camp forestier.

Remarqué pour son film La Peau trouée (Prix Regards Neufs aux Visions du Réel 2004, qui fit ensuite la tournée des festivals), Julien Samani mûrit son cinéma anthropologique singulier. Il filme la lutte quotidienne, pour quelques sous souvent disputés, qui résonne et pèse différemment sur la vie des deux hommes: tandis que le sage aîné s'en remet à Dieu, l'apprenti se défoule dans la danse et peine à gérer les conflits entre ses deux épouses. Toujours à la limite du non-événement, traquant les signes des modes de vie au creux de l'intime, Julien Samani découpe ici, dans un temps étrange et alangui, un morceau de réel, avec un désir évident de fable initiatique.

Lumère du Nord de de Sergei Loznitsa (2008, 0h52)

En cette fin d'automne, juste avant que la nuit polaire n'ensevelisse tout, quelques heures de lumière par jour subsistent dans le village de Sumskoy Posad, à mille kilomètres au nord de Saint-Pétersbourg, en Carélie, au bord de la Mer Blanche. C'est la Russie des forêts sans fin et des carrés de patates. Relié au reste du pays par une vague route boueuse et un morceau de voie ferrée, le village vit dans un temps suspendu et mystérieux. Les habitants, robustes et intransigeants, travaillent tranquillement : aucune nécessité autre que les conditions climatiques ne les presse. C'est la Russie heureuse, encore, et froide.

Sergueï Loznitsa pénètre dans les maisons de la steppe glacée, immortalisant les gestes et dialogues de familles disparates, des épouses fortes et combatives aux maris ivres et violents, pendant que les enfants jouent dans un pays de fables parmi les terribles paroles d'adultes. Les documentaires de Sergueï Loznitsa esquissent le portrait en demi-teintes d'une humanité aux prises avec l'écoulement du temps, et soumise à des bouleversements économiques, sociaux et politiques de grande ampleur.

La maison vide de Stéphane Breton (2008, 0h52)

Dans les confins de l'Amérique du Nord, au Nouveau Mexique, une petite communauté espagnole fondée au début du XIXe siècle survit, ou plutôt s'éteint tranquillement, au milieu d'une région aride rongée par la rouille, la bière et les vents de sable. Des carcasses d'engins agricoles et des cadavres de vaches jonchent la terre ingrate. Ce monde filmé à distance d'ivrogne donne une impression de déroute délicieuse. Le chaos des jours ordinaires d'un lieu vidé de tout ne rend pas l'existence plus difficile, mais plus légère.

Le nouveau monde qu'explore Stéphane Breton, après la Nouvelle-Guinée (Eux et moi), le Kirghizistan (Un été silencieux), et sa propre ville, Paris (Le monde extérieur), est passablement décrépit et déglingué. Il semble oublié de cette Amérique, il y a peu triomphante, aujourd'hui bien déboussolée. C'est un monde perdu, asséché, en marge des flux économiques, où seule la bière semble couler à flot, un monde du deuil, où l'on solde l'héritage des pères, où l'on creuse des tombes au milieu du désert comme dans un western fordien, et où l'espoir peine à renaître

L'argent du charbon de Wang Bing (2009, 0h52)

Mines du Shanxi, des chauffeurs au volant de camions de cent tonnes attendent leur tour pour charger le charbon d'une mine à ciel ouvert. Ils négocient ensuite le prix de leur chargement pour obtenir le précieux papier qui leur permettra de quitter les routes défoncées aux alentours et de gagner le lieu de leur choix pour vendre leur cargaison....

Formidable énergie que celle déployée par les conducteurs chinois, les revendeurs et les acheteurs pour négocier au mieux le prix de leur travail. Dans de mines à ciel ouvert, échappant presque à toute mesure, le magnat du lieu est ironiquement pris à parti par les camioneurs. Il a acheté à l'Etat pour 65 millions de yuans les huit hectares qui lui permettent d'extraitre le charbon. L'état interdit désormais les trop dangereuses mines avec galleries et laisse dévaster ces hectares tarnsformés en amas de charbon et champ de poussières. Un premier caminoneur négocie son chargement pour 770 yuans la tonne renonçant à aller jusqu'à Lingshu où, selon son ami joint par téléphone, on propose 790 yuans. Un autre, moins chanceux, dont le chargement de moins bonne qualité provenant de Sanyi et non de Pinguu doit s'arranger pour vendre aussi les 3 à 4 % de pierres quil contient. Non sans mal, il obtiendra 705 yuans pour une tonne tout en devant négocier avec les ouvriers qui déchargent chez les clients.

 

 

La montée au ciel de Stéphane Breton (2009, 0h52)

Au creux d’une vallée du Népal, au bout d’un chemin usé par tant de siècles et tant de pieds, se trouve un village de brahmanes : déjections à tous les coins de rue, pureté des coeurs, éblouissement. Deux vieux bergers mélancoliques et grognons, accompagnés parfois d’un garçon à la belle innocence, vivent là et vont pousser leurs bêtes en chantant sur les pentes les plus désolées. Ce village semble d’un autre temps, d’un autre monde. Pourtant, la vie qui y règne n’est pas si éloignée de notre monde occidental.

 

 

 
présentent
 
L'usage du monde, collection de films documentaires