
Le polyptyque du Jugement Dernier
Rogier Van der Weyden,1446-52
Huile sur le bois, 215 x 560 centimètres
Musée de l'Hôtel Dieu, Beaune
Le polyptyque du jugement dernier est la plus grande uvre de
Rogier van der Weyden. Et, au même titre que L'agneau
mystique des frères van Eyck, c'est l'un des chefs d'uvres
absolus de l'âge d'or de la peinture flamande.
Le chancelier Nicolas Rolin (1376-1462), un des hommes les plus riches et les plus puissants de son époque, a commandé le retable pour l'hôpital de Beaune qu'il avait fondé en Bourgogne en 1443 avec sa troisième épouse, la dévote Guigonne de Salins, pour le salut de leurs âmes et pour s'occuper aussi bien des pauvres que des malades.
Le retable était prévu pour la chapelle qui se tenait à l'extrémité de la salle de l'hôpital. Le "grand hall des pauvres" de l'Hôtel-Dieu à Beaune, vaste nef ouverte pouvait contenir une trentaine de lits le long de ses deux longs murs de 72 mètres de long. Placée à une extrémité de cet espace, derrière l'autel, dans une chapelle séparée de la nef par une cloison de bois amovible par laquelle les patients pouvaient suivre le service divin de leurs lits, l'uvre nécessitait des dimensions considérables afin que les malades puissent la voir de loin.
Ouvert, Le retable du jugement dernier rappelait clairement au malade sa fin mortelle et l'appelait ainsi à tourner son esprit vers Dieu. Plus pratique aussi, le tableau rappelait au malade que le soin spirituel est aussi important que le soin de son corps. Et ce d'autant plus que, dans la pensée au temps, seuls ceux qui se trouvent dans un état de grâce spirituelle pouvaient retrouver la santé.
Aussi longtemps que le polyptyque a été accroché dans la chapelle, il était traditionnellement ouvert le dimanche et jours des fêtes solennelles. Il y a quelques années, les panneaux ont été sciés dans l'épaisseur du bois et avant et revers sont maintenant exposés simultanément, côte à côte.
Reconstitué, il a été déplacé dans une salle voisine qui est climatisée pour empêcher toute autre détérioration due à la chaleur produite par les trois cents mille visiteurs qui viennent le voir tous les ans.
Le polyptyque peint par Rogier Van der Weyden et son atelier se compose de
quinze panneaux de différentes tailles. De chaque côté
des figures centrales du Christ et de l'archange Michel, la composition se
répartie sur deux niveaux. Celle du dessus est nimbée dans un
nuage d'or, sur lequel sont assis les apôtres, juges dans le tribunal
céleste, aussi bien qu'un pape, un évêque, un roi, un
moine et trois femmes.
Au-dessous d'eux est la terre, dont les âmes ressuscitées émergent, pour aller vers la malédiction ou le bonheur éternel. Le panneau central est dominé par le fils de Dieu, assis sur un arc-en-ciel avec la Vierge Marie à une extrémité de l'arc et saint Jean-Baptiste de l'autre. Les pieds du Christ reposent sur une sphère, symbole de l'univers. Avec sa main droite, il bénit ceux qui sont sauvés et, avec la main gauche, maudit ceux qui sont damnés. Ces deux gestes sont soulignés par des emblèmes appropriés, respectivement, un lis et une épée de flamme.
Sous le Christ se tient saint Michel, prince du jugement célestes. Il est dépeint jeune, parce qu'il est immortel et beau, parce qu'il est l'incarnation de la justice divine. Il tient dans des ses mains une balance dans laquelle il pèse les âmes. Les âmes sont représentées par deux petites figures nues, dont les noms sont "Vertu" et "Péchés". Le premier est agenouillé et heureux alors que l'autre semble horrifié et crie de terreur.
La rangée inférieure dépeint les élus et les
damnés. Ils sont représentés par deux petits groupes
de figures. Ils sont nus et dépeints sur une échelle plus petite,
plus humaine que celle des saints au-dessus d'eux. Ils sont inexorablement
poussés vers leur destin.
Les damnés sont écrasés sous le poids de leurs péchés.
Ils sortent péniblement d'une terre sèche craquelée,
entourés par des étincelles de feu et des traînées
de fumée.
En revanche, du côté opposé et plus on se rapproche du
paradis, les fleurs sont de plus en plus abondantes.
Du temps de Van der Weyden, la femme était considérée comme une tentatrice et il lui était donc plus difficile d'être sauvée qu'un homme : par conséquent il y a seulement deux femmes dans le groupe qui, guidé par un ange, sont sur le point de monter au ciel. On l'a également cru lunatique et possédés par les démons. Ici, les figures des damnés sont torturées et déformées par la haine et leurs visages tordus par folie. Saisi par une hystérie collective, ils ne peuvent pas pleurer, mais à la place crient et combattent, car leur folie les destine à la punition éternelle. A l'extrême gauche du polyptyque, le paradis est représenté comme un porche gothique en feu avec la lumière qui mène au divin. De l'autre côté, l'enfer manque étrangement de diables. Il est simplement représenté par des amas de roches noires répandant des flammes et des vapeurs volcaniques.
source : Web Gallery of Art
