L'enfer est à lui

1949

Genre : Film de gangsters

Après l'attaque d'un train postal qui lui rapporte 300 000 dollars mais l'oblige à commettre les meurtres de deux convoyeurs, le FBI est sur la piste du gangster Cody Jarrett. Tueur psychopathe, Jarrett ne se sépare jamais de sa mère, pour laquelle il éprouve un amour exclusif, au détriment de sa propre femme, Verna.

Pour détourner les soupçons des enquêteurs, Cody s'accuse d'un méfait mineur. Il est condamné à deux ans de prison et envoyé dans un pénitencier de Springfield dans l’Illinois.

Mais l’inspecteur Philip Evans n’est pas dupe. Il introduit dans la cellule de Jarrett l’un de ses agents, Hank Fallon, qui joue les repris de justice sous le nom de Vic Pardo. Pardo/Fallon gagne ainsi sa confiance de Cody en lui sauvant la vie : il lui évite d’être écrasé par la faute de Roy Parker, qui a agi sur ordre de "Big Ed" Somers, le second du gangster.

En effet, en l’absence de Jarrett, Big Ed a pris la direction de la bande et a séduit Verna. Lorsque Jarrett apprend la mort de sa mère, il entre dans une rage épouvantable. Fallon se trouve entraîné dans la spectaculaire évasion de Jarrett. Celui-ci élimine Parker puis oblige Verna à lui livrer Big Ed, qu’il abat, sans se douter que c’est Verna qui a tué sa mère...

Bientôt, grâce à la complicité de Daniel Winston, un homme d’affaires de San Diego, Jarrett organise un nouveau coup : le hold-up d'une usine chimique de Long Beach. Cachés dans un camion-citerne, les bandits y pénètrent sans difficulté et s'emparent de la paie des ouvriers. Mais Fallon a prévenu Evans par le biais d’un émetteur placé sous le camion. L’usine est vite cernée, Fallon est démasqué mais parvient à sauver sa vie. La police abat toute la bande. Jarrett, en haut d'un réservoir à gaz, provoque une explosion générale et disparaît dans les flammes en criant : "Maman, je suis plus haut que tout !"

 

Avec L'enfer est à lui, Walsh réalise le grand film crépusculaire du genre du film de gangsters dont il illustra l'âge classique avec Les fantastiques années 20 (1939). Apres la seconde guerre mondiale, le gangster classique, non financier, ne représente plus une alternative crédible à la crise, d'autant plus que l'Amérique renoue avec la prospérité. Le gangster est donc une figure de perdant que Walsh va ici magnifiquement illustrer jusqu'à l'explosion finale dans l'usine chimique.

Un film de gangsters qui est aussi un film policier, de prisonniers et de psychopathe.

Si le gangster est une figure sur le déclin, la police, ici le FBI, jouit d'un prestige grandissant. Philip Evans et Hank Fallon sont parfaitement stables, efficaces et sans failles. exemplaires à ce titre les deux fois où Fallon est obligé d'improviser pour ne pas être reconnu sous son personnage de Pardo par un ex-détenu qu'il a autrefois emprisonné. La police est également devenue scientifique dans sa méthode de filature avec trois voitures en parallèle et, surtout, par l'utilisation d'un émetteur radio qui permet le repérage des fuyards sur une carte d'état-major. L'enfer est à lui est donc aussi un grand film policier.

C'est aussi un film de prisonniers avec la partie centrale dans le pénitencier de Springfield. Avec ses trahisons, ses plans d'évasion et la réussite finale de celle-ci bien que totalement improvisée par Cody.

Le film dresse surtout le portait d'un gangster psychopathe. Evens explique à Fallon que "petit, Cody simulait des migraines pour que sa mère s'occupe de lui. Adulte, ses migraines sont devenues réelles et, parfois, atroces". La première crise de migraine avait été illustrée une première fois juste après le hold-up. Cody s'écroule et est immédiatement protégé par sa mère, caché dans une chambre aux yeux de ses acolytes. "C'est comme si on me sciait l'intérieur du crâne" avait dit Cody. Cette comparaison est illustrée, lors de la seconde migraine dans la prison, par perceuse et scie en action et meule avec étincelles. Ces outils métaphoriques sont justifiés par leur présence supposée dans l'atelier de la prison lorsque Cody se tient la tête.

La névrose de Cody tient à plusieurs éléments qu'il explique lui-même à Fallon : "J'ai jamais eu que maman, je faisais un tour et je lui parlais.. Ma vieille était toujours d'attaque. D'abord mon père, mort chez les cinglés, puis mon frère. Et puis, elle s'est occupée de moi pour que je réussisse. "Plus haut que tout", elle disait. Si je flanchais, elle était là, elle me remettait en selle. J'ai bien fais d'aller lui parler..., elle et moi, ça m'a fait du bien... Je suis peut être cinglé."

Peur de la folie, surcompensée par un attachement mère-fils reposant sur l'affirmation d'une réussite par le crime avec cette formule emblématique "Plus haut que tout" qui guide Cody au-delà de toute raison, lui fait supporter plusieurs balles sans immédiatement mourir, et jouir de sa disparition dans une explosion finale au sommet de l'usine chimique.

Jean-Luc Lacuve Le 09/02/2011.

 

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(White Heat). Avec : James Cagney (Cody Jarrett), Virginia Mayo (Verna Jarrett), Edmond O'Brien (Vic Pardo), Margaret Wycherly (Ma Jarrett), Steve Cochran (Big Ed Somers), John Archer (Philip Evans). 1h54.
Thème : Psychopathe