La mariée était en noir
1967

Julie regarde un album de photos puis le jette violemment avant de tenter de se jeter par la fenêtre. Sa mère la reteint. Plus tard, elle boucle sa valise en prenant avec elle cinq liasses de billets et remercie sa mère qui veut lui donner un peu d'argent pour son voyage sur Paris. Sa nièce l'accompagne à la gare. Elle monte dans le train mais sort immédiatement de l'autre coté de la voie et reste sur la cote d'azur.

Elle cherche d'abord à rencontrer Bliss, qui fête ses fiançailles. Elle croise aussi Corey, l'ami qui lui servira de témoin. Julie attire Bliss sur le balcon et le pousse dans le vide. Elle s'envole ensuite pour les Alpes où elle retrouve Coral, un petit employé timide et solitaire chez lequel elle parvient à se faire inviter et qu'elle empoisonne.

Sa troisième victime est un riche industriel, politicien ambitieux, Morane. Grâce à un faux télégramme qui éloigne sa femme en l'envoyant au chevet de sa mère, Julie se fait passer pour Mlle Becker, l'institutrice de son petit garçon, et s'introduit chez lui. Elle enferme l'industriel dans un réduit où il périra étouffé malgré ses supplications et ses explications : la mort de David était accidentelle. Cinq amis s'étaient réunis pour boire ou chasser. C'est en jouant avec un fusil que le coup est parti. Après l'accident, ils décidèrent de ne plus se revoir. Le jour de son mariage, à la sortie de l'église, Julie Kohler a ainsi vu son mari, David, se faire tuer sous ses yeux . Veuve le jour de ses noces, Julie que sa mère empêche de se suicider, est revenue sur la place où, dit-elle, elle mena son enquête et entreprit de se venger des cinq complices de ce meurtre qui lui ont pris David son amour d'enfance. Alors qu'elle s'apprête à partir tuer le quatrième homme, elle apprend par un journal que Mlle Becker est inquiétée par la police. Par un coup de téléphone, elle fait relâcher l'institutrice. Au confessionnal, elle trouve une force supplémentaire pour poursuivre sa vengeance.

Elle retrouve Delvaux, un négociant marron en voitures d'occasion. Mais celui-ci est arrêté par la police au moment où elle allait le tuer. Julie se fait alors engager comme modèle chez Fergus, un peintre pour lequel elle pose en Diane chasseresse. Au cours d'une soirée chez l'artiste, elle rencontre Corey, l'ami de sa première victime, qui la reconnaît sans pouvoir la situer précisément. Cependant, Fergus est tombé amoureux de Julie, qui a du mal à persévérer dans ses intentions meurtrières. Corey découvre trop tard l'identité de Julie : Fergus est mort, le cœur transpercé par une flèche tirée par Julie, laquelle se laisse arrêter par les policiers... pour mieux rejoindre Delvaux, le dernier survivant, dans la prison où il est enfermé. Au cours d'une distribution de soupe, Julie poignardera Delvaux.


La marié était en noir est un film inflexible, la trajectoire implacable d'une morte vivante qui n'a plus rien à attendre ni de la vie ni d'une rédemption dans l'au-delà. Julie Kohler n'a pu se tuer comme elle en a l'intention au début du film. Sa vengeance est une autre forme de suicide. Plus douloureux sans doute car elle mesure progressivement l'inhumanité de sa vengeance sans pourtant pouvoir s'arrêter. Le dernier plan, très long, finit par ne plus rien cadrer que les barreaux d'un couloir vide à l'image de son héroïne, vidée dorénavant de toute attente.

Film extrêmement froid dans son refus de toute empathie avec les personnages, c'est par contre une des plus brillantes mises en scène de Truffaut. Celle où la référence à Hitchcock est la plus explicite et revendiquée ne serait-ce que par la musique confiée à Bernard Hermann.

 

Une vengeance implacable

La vengeance est une malédiction qui pèse sur Julie, une folie qui s'est emparée de celle qui au nom d'un pur amour d'enfance se met en marche contre des célibataires minables qui n'ont jamais cherché le véritable amour et toujours en chasse de femmes : "Quand on en a vu une, on les à toutes vues" énonçait sans conviction Bliss, le cavaleur. "Quand même, on veut les voir toutes, c'est ça le problème lui répondait Corey".

Pour Julie, le temps s'est à jamais arrêté aux 10h20 de l'horloge de l'église et Truffaut répète trois fois la séquence du tir fatal comme en empathie avec Julie lorsqu'elle déclare : "Pour vous c'est une vieille histoire, pour moi elle recommence toutes les nuits."

Cette répétition de l'horreur, Truffaut la figure aussi par une répétition de zooms avant allant jusqu'au gros plan, extrêmement rares chez lui. C'est celui sur le visage de Bliss qui comprend qu'il va mourir. C'est celui sur le visage de la logeuse de Coral, surprise par l'arrivée de Julie. C'est celui sur le visage de Julie lorsqu'elle lâche la flèche sur Fergus et le rate (fatigue, sentiment possible pour le peintre, chance de celui-ci qui a cassé son fusain ?).

Tout aussi étrange le zoom arrière très rapide qui s'éloigne des enfants de l'école qui se précipitent vers Mlle Becker relâchée. Le zoom arrière s'oppose au mouvement des enfants qui vont vers leur maîtresse et lui témoignent ainsi leur amour. Il se poursuit par un gros plan de Julie au confessionnal qui, elle, ne peut bénéficier de cet amour. Tout juste pouvait-elle accompagner sa nièce en blanc au début du film comme une promesse de vengeance de l'innocence bafouée. Dans le confessionnal, elle est en noir et cherche manifestement la damnation en affirmant au prêtre que c'est lui qui vient de lui donner le courage de continuer à tuer.


De multiples effets de mise en scène

Dans la valise, Julie n'avait mis que des tenues en blanc ou en noir et jamais elle ne portera de couleur. Elle apparaît d'abord en blanc à Bliss puis en noir à Coral, en blanc à nouveau à Moranne, puis en noir à Delvaux et enfin en Blanc à Fergus qui la prendra pour modèle comme Diane Chasseresse. Durant les quelques jours où elle est emmenée à fréquenter ses victimes, ses tenues jouent aussi de l'opposition noir et blanc. Les gants ou l'écharpe pouvant apporter un contraste par rapport à la robe.

Des effets de mise en scène ponctuent la marche vers les exécutions. Ce sont les gros plans sur les cinq liasses de billets dissociées sur la valise puis sur le tourne-disque qui joue la musique de Vivaldi avant que Julie n'exécute ses trois premiers meurtres.

Après que Moranne ait pris en charge le flash-back qui raconte la mort tragique de David c'est au tour de Julie de raconter son amour d'enfance. Le tourne-disque était celui qu'elle écoutait avec David lorsque, enfants, ils jouaient déjà au mariage. Truffaut abandonne alors le gros plan sur cet accessoire au profit de la bague retirée du doigt du mari qui servira alors de leitmotiv aux meurtres suivants.


On notera aussi la très belle idée à la Lubitsch du geste de l'eau dans les fleurs qui, en se répétant chez Corey après que Julie l'ai produit devant lui chez Bliss, lui rappelle qui elle est.

 

Jean-Luc Lacuve le 20/09/2007

 

Test du DVD

Editeur : Editeur : MGM. Septembre 2007. Durée film : 1h43. Format : 1.66.

   
La mariée était en noir

Langues : français, italien, espagnol, allemand. Sous-titres : anglais, espagnol, hollandais, allemand, français, italien.

 

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D'après The bride wore black de William Irish. Musique : Bernard Hermann. Avec : Jeanne Moreau (Julie Kohler), Claude Rich (Bliss), Jean-Claude Brialy (Corey), Michel Bouquet (Coral), Michael Lonsdale (Moranne), Charles Denner (Fergus), Daniel Boulanger (Delvaux), Serge Rousseau (David). 1h47.
dvd chez Carlotta Films
Genre : film noir