Les statues meurent aussi
1953

"Quand les hommes sont morts, ils entrent dans l’histoire. Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l’art. Cette botanique de la mort, c’est ce que nous appelons la culture.

C’est que le peuple des statues est mortel. Un jour, nos visages de pierre se décomposent à leur tour. Une civilisation laisse derrière elles ses traces mutilées, comme les cailloux du petit Poucet, mais l’histoire a tout mangé. Un objet est mort quand le regard vivant qui s’est posé sur lui a disparu, et quand nous aurons disparu, nos objets iront là où nous envoyons ceux des nègres : au musée.

L’art nègre. Nous le regardons comme s’il trouvait sa raison d’être dans le plaisir qu’il nous donne ; les intentions du nègre qu’il crée, les émotions du nègre qu’il regarde, cela nous échappe. Parce qu’elles sont écrites dans le bois, nous prenons leurs pensées pour des statues ; et nous trouvons du pittoresque là où un membre de la communauté noire voit le visage d’une culture. C’est son sourire de Reims qu’elle regarde ; c’est le signe d’une unité perdue où l’art était le garant d’un accord entre l’homme et le monde ; c’est le signe de cette gravité qui lui lègue, au-delà des métissages des bateaux d’esclaves, cette vieille terre des ancêtres : l’Afrique.

Voici le premier partage de la terre. Voici le fœtus du monde. Voici l’Afrique du onzième siècle ; du douzième ; du quinzième ; du dix-septième. D’âge en âge, tandis que sa forme se dégageait lentement, l’Afrique était déjà la terre des énigmes ; le noir était déjà la couleur du pêché. Les récits des voyageurs parlaient de monstres, de flammes, d’apparitions diaboliques. Déjà le blanc projetait sur le noir ses propres démons pour se purifier. Et pourtant, lorsqu’au-delà des déserts et forêt, il croyait aborder au royaume de Satan, le voyageur découvrait des nations, des palais.

Quelle musique berçait cette petite princesse, cette petite orange mûrie dans les caves du Bénin ? Quel culte présidait cette petite république de la nuit ? Nous n’en savons rien : ces grands empires sont les royaumes les plus morts de l’histoire. Contemporain de Saint-Louis, de Jeanne d’Arc, ils nous sont aussi inconnus que Sumer et Babylone. Au siècle dernier, les flammes des conquérants ont fait de tout ce passé une énigme absolue. Noir sur noir : combat de nègres dans la nuit des temps, le naufrage nous a laissé seulement ces belles épaves striées que nous interrogeons. Mais si leur histoire est une énigme, leurs formes ne nous sont pas étrangères. Après les frises, les monstres les Atrides casqués du bénin, tous les vêtements de la Grèce sur un peuple d’insectes, voici ces Apollon d’Aïphé, qui nous tiennent eux aussi un langage familier. Et c’est à juste titre que le noir y puise l’orgueil d’une civilisation aussi vieille que la nôtre ; nos ancêtres peuvent se regarder en face, sans baisser leurs yeux vides.

Mais cette fraternité dans la mort ne nous suffit pas. C’est beaucoup plus près de nous que nous allons trouver le véritable art nègre : celui qui nous déconcerte.

L’énigme, elle commence maintenant, ici, avec cet art pauvre, cet art du bois dur, avec ce plat à divinations par exemple. Il ne nous sert pas à grand-chose de l’appeler religieux dans un monde où tout est religion, ni de l’appeler art dans un monde où tout est art. L’art ici commence à la cuillère, et finit à la statue. Et c’est le même art. Nous connaissons un art où l’ornement d’un objet utile, comme l’appuie-tête, est la beauté inutile de la statue, appartiennent à deux ordres différents. Ici, cette différence tombe, quand nous regardons la statue de près. Un calice n’est pas un objet d’art, c’est un objet de culte. Cette coupe de bois est un calice. Tout ici est culte : culte du monde.

Quand il fait reposer le siège sur des pieds d’hommes, le noir crée une nature à son image. Dès lors tout objet est sacré, parce que toute création est sacrée ; elle rappelle la création du monde et la continue.

L’activité la plus humble concourt à l’ensemble d’un monde où tout est bien : où l’homme affirme son règne sur les choses en leur imprimant sa marque et quelques fois son visage...

Formes animales, comme sur cette bobine de tissage. Formes végétales, comme sur ces boîtes à fard. Toute la création défile sous les doigts de l’artiste noir. Dieu lui a montré le chemin ; il imite dieu ; et c’est ainsi qu’à son tour il invente l’homme.

Gardiens de tombeaux, sentinelles des morts ; chiens de garde de l’invisible, ces statues d’ancêtres ne forment pas un cimetière. Nous mettons des pierres sur nos morts pour les empêcher de sortir. Le Nègre les conserve près de lui pour les honorer et profiter de leur puissance dans un panier rempli de leurs ossements. C’est des morts que procède toute sagesse et toute sécurité ; ils sont les racines du vivant. Et leur visage éternel prend parfois forme de racines.


Ces racines fleurissent. La beauté involontaire des animaux et des plantes éclaire un visage de jeune fille. Et nous pouvons bien prendre sa lumière pour un sourire, ou même son huile pour une larme, et nous émouvoir, à condition de bien savoir que ces images nous ignorent, qu’elles sont d’un autre monde ; que nous n’avons rien à faire dans ces conciliabules d’ancêtres qui ne sont pas les nôtres.

Nous voulons y voir de la souffrance, de la sérénité, de l’humour, quand nous n’en savons rien. Colonisateurs du monde, nous voulons que tout nous parle : les bêtes, les morts, les statues ; et ces statues-là sont muettes, elles ont des bouches et ne parlent pas ; elles ont des yeux, et ne nous voient pas. Et ce ne sont pas des idoles, plutôt des jouets ; des jouets sérieux, mais qui ne valent que parce qu’ils représentent. Il y entre moins d’idolâtrie que dans nos statues de saints. Personne n’adore ces poupées sévères. La statue nègre n’est pas le dieu, elle est la prière.

Prière pour la maternité ; pour la fécondité des femmes ; pour la beauté des enfants ; elle peut être couverte d’ornements qui ont la valeur des enluminures ; elle peut aussi être fruste, comme cette boule de terre qui protège la moisson ; ou encore, liée à la terre et à la mort, par la forme et par la matière.


Ce monde est celui de la rigueur, chaque chose y a sa place. Ces têtes n’ont pas à être effrayantes, elles ont à être justes. Et regardez bien leurs cicatrices : ce champ magnétique où viennent se prendre toutes les formes du ciel et de la terre. L’objet n’en a pas besoin pour exister et servir. Ce débordement de création qui dépose ses signes comme des coquillages sur la paroi lisse de la statue, c’est un débordement d’imagination, c’est la liberté : roue du soleil, nœud de la fleur, courbe de l’eau, fourche des arbres, s’y déploient, l’un après l’autre ; les techniques se mélangent : le bois imite subtilement le tissus ; le tissus prend ses motifs à la terre. On s’aperçoit que cette création n’a pas de limite, que tout y communique ; et que de ces planètes à ces atomes, ce monde de la rigueur renferme à son tour le monde de la beauté.

Un dieu a fait ses gestes. Le dieu qui a tissé cette chair lui a enseigné à son tour à tisser la toile et son geste à chaque seconde renvoie au tissage du monde. Et le monde est la toile des dieux, où ils ont pris l’homme.

Essayez de distinguer ici ce qui est la terre et ce qui est la toile ; ce qui est la peau noire et ce qui est la terre, vue d’avion ; ce qui est l’écorce de l’arbre et celle de la statue.

Ici l’homme n’est jamais séparé du monde ; la même force y nourrit toutes les fibres ; ces fibres parmi lesquels le premier homme sacrilège, en soulevant les jupes de la terre, découvrit… la mort.

Masques de bêtes. Masque d’hommes. Masques participant de l’un et de l’autre. Masques maisons. Masques visages. Pierrot des fleuves. Arlequin de la forêt. Ces masques luttent contre la mort. Ils dévoilent ce qu’elle veut cacher. Car la familiarité des morts mène à apprivoiser la mort ; à la gouverner par le moyen des envoûtements ; à la transmettre ; à la charmer par la magie des coquillages. Et le sorcier capture dans son miroir les images de ce pays de la mort où l’on va en perdant la mémoire.

Mais victorieuse du corps, la mort ne peut rien contre la force vitale éparse en chaque être qui compose son double. Pendant la vie, ce double prend parfois la forme de l’ombre, ou du reflet dans l’eau ; et plus d’un homme s’est noyé pour avoir été tiré par là.

Mais la mort n’est pas seulement quelque chose que l’on subit, c’est aussi quelque chose qu’on donne. Voici la mort d’un animal. Où est passé la force qui habitait cette main ? Elle est libre maintenant. Elle rôde. Elle va tourmenter les vivants jusqu’à ce qu’on la recueille dans son ancienne apparence. C’est à elle que s’adresse le sang du sacrifice. Et c’est elle que l’on fixe dans ces métamorphoses légendaires pour l’apaiser jusqu’à en faire ces visages victorieux qui réparent le tissus du monde.

Et puis ils meurent à leur tour : classés, étiquetés, conservés dans la glace des vitrines et des collections, ils entrent dans l’histoire de l’art : paradis des formes où s’établissent les plus mystérieuses parentés. Nous reconnaissons la Grèce dans une tête vieille de deux mille ans. Le Japon dans un masque de Logoué. Et encore l’Inde, les idoles sumériennes, nos Christs romans, ou notre art moderne.

Mais en même temps qu’il gagne ses titres de gloire, l’art nègre devient une langue morte. Et ce qui naît sous ses pas, c’est le jargon de la décadence. A ces exigences religieuses succèdent des exigences commerciales. Et puisque le blanc est acheteur, puisque la demande excède l’offre, puisqu’il faut aller vite, l’art nègre devient l’artisanat indigène. On fabrique par milliers ces répliques de plus en plus dégradées des belles figures inventées par la culture africaine. Ici l’outillage vulgarise, la technique appauvrit. Au pays où toutes les formes signifiaient, où la grâce d’une courbe était une déclaration d’amour au monde, s’acclimate un art de bazar. Ces bijoux en toc, que les explorateurs offraient aux sauvages pour les amadouer, voici que le nègre nous les rend. A la beauté particulière de l’art nègre se substitue une laideur générale : un art où les objets deviennent des bibelots, un art cosmopolite ; un art du vase à fleurs, du presse-papier et du porte-plume souvenir où l’on voit en transparence la tour de Babel. Un art du portrait aussi : incapable désormais d’exprimer l’essentiel, le sculpteur se rattrape sur la ressemblance. Nous lui avons appris à ne pas sculpter plus loin que le bout de son nez.

Mais ce que nous faisons disparaître de l’Afrique ne compte guère pour nous en face de ce que nous y faisons apparaître.

C’est que nous sommes les martiens de l’Afrique. Nous débarquons de notre planète avec nos façons de voir, avec notre magie blanche, et avec nos machines. Nous guérissons le noir de ses maladies, c’est certain. Il attrape les nôtres, c’est certain aussi. Qu’il perde ou qu’il gagne au change, son art en tout cas n’y survit pas.

La magie destinée à la protéger lorsqu’il mourait pour son compte, est sans pouvoir lorsqu’il meurt pour le nôtre. Entre le paradis chrétien et l’immortalité laïque, le culte des ancêtres s’évapore. Le monument aux morts remplace la statue funèbre.

Tout ceci dominé par le blanc qui voit les choses de sa hauteur, et s’élève au-dessus des contradictions de la réalité. De cette hauteur, l’Afrique apparaît ordonnée, riche, recouverte déjà de villages modèles, pleine de ces iglous de béton, comme des globules blancs de la civilisation. De cette hauteur, l’Afrique est un merveilleux laboratoire où se préfabrique patiemment, en dépit de quelques saignées, le type du bon nègre rêvé par le bon blanc.

Alors, tout cet appareil de protection qui donnait son sens et sa forme à l’art nègre se désagrège et disparaît. C’est le blanc qui prétend assumer le rôle des ancêtres. La véritable statue de protection, d’exorcisme et de fécondité, désormais c’est sa silhouette. Tout se ligue contre l’art nègre. Prise dans une pince entre l’Islam, ennemie des images, et la chrétienté brûleuse d’idoles, la culture africaine s’effondre. Pour la relever, l’église tente un métissage : l’art négro-chrétien. Mais chacune des deux influences détruit l’autre. Et ce mariage manqué fait perdre au catholicisme en Afrique sa luxuriance, son éclat, tout ce côté nègre justement à quoi on le reconnaît en Europe.

Les pouvoirs temporels pratiquent la même austérité. Tout ce qui était prétexte à œuvre d’art est remplacé, qu’il s’agisse de l’habillement, du geste symbolique, du gri-gri, ou des palabres. On dit oui oui oui oui. Quelques fois, on dit NON. Cela, c’est l’artiste noir qui le dit. Alors une nouvelle forme d’art apparaît, l’art de combat. Art de transition pour une période de transition. Art du présent, entre une grandeur perdue, et une autre à reconquérir. Art du provisoire, dont l’ambition n’est pas de durer, mais de témoigner. Ici le problème du sujet ne se pose pas. Le sujet, c’est cette terre, naturellement ingrate, ce climat naturellement éprouvant et là-dedans le travail à une échelle démesurée. Le rythme de l’usine affrontant celui de la nature : Ford chez Tarzan. Le sujet c’est cet homme noir mutilé de sa culture et sans contacte avec la nôtre. Son travail n’a plus de prolongement spirituel ni social. Il n’ouvre sur rien, il ne mène à rien, qu’à un salaire dérisoire. Dans ces pays du don et de l’échange, nous avons fait pénétrer l’argent. On achète son travail au noir et on dégrade son travail. On achète son art et on dégrade son art. La danse religieuse devient un spectacle. On paie le nègre pour nous donner la comédie de sa joie et de sa ferveur. Et ainsi, à côté du nègre esclave, apparaît une seconde figure, le nègre guignol. Sa force nous sert, son adresse nous amuse ; accessoirement, elle nous sert aussi. Des nations de tradition raciste trouvent tout naturel de confier à des hommes de couleurs le soin de leur gloire olympique.

Mais un noir en mouvement, c’est encore de l’art nègre. Et dans le sport, le noir peut trouver, en attendant mieux, un bon terrain pour mystifier l’orgueil du blanc.

Le blanc ne comprend pas toujours la plaisanterie. Il lui arrive de crier « pouce » quand les choses tournent mal. Qu’un boxeur nègre se permette de corriger un blanc dans un pays marqué par le racisme hitlérien, on lui démontre à coup d’insultes, de menaces et de projectiles, qu’il ferait mieux de rester à sa place.

Et quand ce n’est plus pour jouer, quand le noir par exemple se mêle aux luttes du travail, c’est à coup de fusils et de matraques que s’opère la démonstration. Ce climat de brimades et de menaces conduit l’artiste nègre à une nouvelle métamorphose : mis sur le ring ou dans l’orchestre, son rôle consiste à rendre les coups que reçoit son frère dans la rue.

Voici, loin des apparences de l’art nègre — art de communion, art d’invention, qu’a-t-il en commun avec ce monde de la solitude et de la machine ? L’homme qui imprimait sa marque sur les choses accomplit maintenant des gestes vides. Or c’est du fond de cette solitude qu’il va se créer une nouvelle communauté. L’art nègre était l’instrument d’une volonté de saisir le monde ; c’est la même volonté qui survit ici sous d’autres formes. Regardez bien cette technique qui affranchit l’homme de la magie ; elle présente parfois avec elle une étrange parenté de gestes. C’est toujours contre la mort qu’on se bat. La science comme la magie admet la nécessité du sacrifice animal, la vertu du sang, la fixation des forces mauvaises. Le sorcier capture toujours des images ; et la mort est toujours un pays où l’on va en perdant la mémoire.

Non, nous n’en sommes pas quittes en enfermant un noir dans sa célébrité. Et rien ne nous empêcherait d’être ensemble les héritiers de deux passés si cette égalité se retrouvait dans le présent. Du moins est-elle préfigurée par la seule égalité qu’on ne dispute à personne : celle de la répression. Car il n’y a pas de rupture entre la civilisation africaine et la nôtre. Les visages de l’art nègre sont tombés du même visage humain, comme la peau du serpent ; au-delà de leurs formes mortes, nous reconnaissons cette promesse commune à toutes les grandes cultures : d’un homme victorieux du monde. Et blanc ou noir, notre avenir est faite de cette promesse."

A la demande du collectif Présence africaine les deux jeunes cinéastes que sont Alain Renais et Chris Marker entreprennent, en 1952-53, de faire un film sur l'art nègre. Le contexte est alors à la contestation de la colonisation sous la bannière de penseurs comme Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Price Mars, Alioune Diop ou Frantz Fanon, Richard Wright et Jean-Paul Sartre. Le film qui en appelle avec une ironie mordante à une égalité sans compromis entre bancs et noirs, à la fin de la domination des premiers par les seconds, à la fin de la répression et montre les effets dévastateurs de la colonisation reçoit le Prix Jean Vigo en 1954. La commission de contrôle refuse au film son visa du fait du discours anticolonialiste explicitement véhiculé dans le documentaire. Au bout de 10 ans, une copie tronquée du film sort toutefois sur les écrans. Il aura précède de peu la conférence de Bandung qui réunit les représentants de pays pauvres et proclame leur volonté de se débarrasser du colonialisme mais, aussi, le premier congrès des écrivains noirs qui se déroule à la Sorbonne en 1956 et, dix ans plus tard, le premier festival des arts nègres à Dakar.

Les statues meurent aussi est une démonstration ironique et violente en cinq parties de la nécessité d'en finir avec la colonisation pour retrouver l'essence de la culture africaine et partager notre fraternité avec l'homme noir.

(I) L'art nègre antique est encore plus difficile à interpréter que l'arc grec ou celui du moyen-âge occidental, faute de témoignages historiques. (II) Mais c'est surtout l'art nègre moderne qui nous déconcerte avec son art pauvre du bois d'une part mais aussi par sa proximité avec le sacré ou plus exactement par l'accord qu'il entérine entre les hommes, la nature et les dieux dans un monde où tout est à sa juste place. (III) Les statues de bois qui scellent cet accord n'ont plus ce pouvoir quand elles entrent dans les musées. En même temps qu'il gagne ses titres de gloire, l'art nègre devient une langue morte. En Afrique même le tourisme conduit à remplacer l'art par la fabrication industrielle de bibelots ; à l'essentiel se substitue le ressemblant. (IV) Mais ce que nous faisons disparaître de l'Afrique ne compte guère pour nous en face de ce que nous y faisons apparaître. Notre apport en matière de santé est discutable et nos monuments aux morts remplacent les statues funèbres. Tout ceci dominé par le blanc qui voit les choses de sa hauteur, et s'élève au-dessus des contradictions de la réalité. Il achète et dégrade l'art noir pour en faire un spectacle. Le noir, d'esclave, devient guignol. Et s'il se révolte, il est violemment réprimé. Le noir n'amuse que dans le sport où on lui fait porter sans vergogne nos couleurs et dans la musique. (V) L'homme blanc et l'homme noir ne pourront être les héritiers de deux passés, issu d'une même volonté d'être victorieux du monde, que s'ils retrouvent cette égalité dans le présent.

Jean-Luc Lacuve le 7/10/2012

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Genre : Documentaire
Texte de Chris Marker, dit par Jean Négroni. 0h29.
Voir : photogrammes du film