Nous ne vieillirons pas ensemble
1972

Jean, « vieil adolescent de quarante ans » et cinéaste raté, est marié à Françoise, une femme de son âge avec qui il continue à vivre, sans doute plus par besoin de protection que par affection. Il a depuis six ans une maîtresse de vingt-cinq ans, Catherine, très amoureuse de lui et qu'il traite avec peu de ménagement, bien qu'il lui soit attaché. Le film est l'histoire de la mort de ce couple à travers des heurts, des disputes, des séparations et des retours, le tout ponctué par la haine des parents de Catherine pour Jean. Jusqu'à ce que, lassée et plus amoureuse, dit-elle, Catherine décide de se marier avec un homme socialement plus respectable que Jean (mais que nous ne voyons jamais) avec qui elle va partir en Afrique, laissant Jean désespéré.

Récit douloureux des trois derniers mois d'une liaison, Nous ne vieillirons pas ensemble est un récit ouvertement autobiographique que Pialat prolongera superbement, de manière plus moderne et avec une mise en scène plus ample, dans son dernier film Le garçu en 1995.

Tout entière centrée sur la crise du couple, la narration se compose d'une succession de scènes de ruptures et de réconciliations. Cette répétition se retrouve dans l'utilisation de plans presque identiques : une vingtaine où le couple est filmé derrière le pare-brise et une dizaine où l'un est dans la voiture, regardant l'autre à l'extérieur. Pour contrebalancer cet effet de fractionnement et d'émiettement, tous les plans sont assez longs.

C'est parfois un plan séquence. Ainsi lorsque Jean et Catherine sont filmés au sortir de l'eau rejoignant la R16 bleu et s'installant à leur place. La voiture recule ensuite, s'ensable et finit par quitter le plan.

C'est presque toujours un plan suffisamment long pour que le corps de Jean ou sa parole viennent menacer Catherine. La violence sonore semble aussi menacer leur relation : le bruit du sèche-cheveux le matin, ceux de l'avion et des bateaux dans la chambre d'hôtel du port, celui du vent lors de la rupture à saint Pat.

L'histoire de Jean et Catherine, enfermés dans leur passion, semble ne pas avancer. Elle se dénoue pourtant lorsque Jean part voir son père pour obtenir sa bague de fiançailles. Il revient sans trouver Catherine et lui met la main dans la culotte pour savoir si elle a fait l'amour lors de son retour à cinq heures du matin.

La jouissance d'invective, de goujaterie et de violence révoltante de Jean se transforme alors en détresse pendant que Catherine retrouve une vie normale et assume son image solaire.

Au corps massif et intrusif de Jean, Catherine avait toujours opposé sa légèreté, son goût pour le soleil et une joie innocente presque enfantine. Autant de bonheur possible que Jean avait filmé sur la plage sans la voir et qui constitue la dernière séquence du film. L'image passe alors au noir et blanc disant plus encore que l'éloignement de Catherine en Afrique la fin de leur amour, inscrit dorénavant dans le passé.


Tournage difficile car Jean Yanne faisait l'aller et retour entre le plateau et l'hôpital où sa femme, gravement malade, allait décéder. La légende dit que Pialat aurait utilisé la voix blanche de Yanne après la mort de sa femme pour l'une des séquences du film.

Jean Yanne s'est répandu en invectives et insultes sur Pialat l'accusant de ne pas savoir diriger un acteur alors, qu'ironie du sort, il recevra le prix d'interprétation masculine à Cannes.

J.- L. L. le 22/01/2008

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Genre : Drame sentimental
Scénario : Maurice Pialat d'après son roman. Avec : Marlène Jobert (Catherine), Jean Yanne (Jean), Macha Méril (Françoise), Christine Fabréga (la mère de Catherine), Jacques Galland (le père de Catherine). 1h50.
Thémes : Autobiographie , Le couple
Voir : Photogrammes