Une femme de Tokyo

1933

(Tokyo no onna). Avec : Yoshiko Okada (Chikako), Ureo Egawa (Ryoichi), Kinuyo Tanaka (Harue), Shin'yô Nara (Kinoshita), Chishû Ryû (Le journaliste). 0h47.

Chikako, dans le but de payer les études universitaires de son frère Ryoich qu'elle héberge, mène une double vie. Secrétaire le jour, elle travaille le soir comme entraîneuse dans un cabaret plutôt louche. Les rumeurs allant bon train, Ryoichi finit par l’apprendre de la bouche même de Harue, sa fiancée qui ne pensait pas à mal. Ryoichi se dispute violemment avec Chikako et quitte le foyer. Il erre dans les bas-fonds de Tokyo, entre clochards et ordures, et préfére se suicider plutôt que de continuer à vivre dans la honte familiale. Des journalistes viennent interwiever Chikako et Harue, livides à l'annonce du suicide, puis s'en vont couvrir un autre sujet. Chikako, sur la tombe de son frère, lui lance cette phrase sèche et laconique : "Jusqu’au bout, tu ne m’auras donc pas comprise ; tu es mort juste à cause de ça… Espèce de mauviette !".

Chikako, cette femme se prostituant dans un cabaret pour financer les études de son orphelin de frère, est typiquement une des héroïnes sacrifiées de la condition féminines chères à Kenji Mizoguchi qui a dû subir le même sacrifice personnel de sa sœur. Ozu se montre sans concession sur l'aveuglement des hommes face aux sacrifices lucides des femmes. Les hommes sont montrés engoncés dans leurs principes, le frère bien-sûr mais aussi des journalistes qui s'empressent de parler d'autre chose dès leur sortie de l'appartement.

Tourné en huit jours, le film fait néanmoins preuve d'une grande attention aux éclairages et aux plans. Le générique indique que le scénario est tiré de 26 Hours d'Ernst Schwarz. C'est un nom qu'Ozu et Noda ont inventé à partir des noms de Ernst Lubitsch et Hans Schwarz. On y trouve un hommage plus appuyé à Lubitsch, cinéaste préféré de Ozu, lorsque le frère et la sœur vont voir Si j'avais un million, film collectif réalisé l'année passée et dont l'extrait montré est une partie du segment du Lubitsch, The clerk, avec Charles Laughton.

critique du DVD Editeur : Carlotta-Films. Avril 2014. Coffret 14 films, 12 DVD. Intertitres et langue : japonais, sous-titres : français. 60,19 €.

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