La cérémonie
1971

Ayant reçu un télégramme de son cousin Terumichi lui annonçant son propre décès, Masuo Sakurada et sa cousine Ritsuko quittent Tokyo où ils assistaient aux funérailles du grand-père pour rejoindre une petite île du sud du Japon où Terumichi c'est vraisemblablement suicidé. Ils doivent prendre l'avion jusqu'à Osaka puis le train de nuit pour Kagoshima et un bateau pour atteindre l'île. Au cours du voyage, Masuo se remémore les dernières vingt-cinq années de sa vie et de sa famille (de 1947 à 1971), ponctuées de mariages et de funérailles.

Masuo se rappelle d'abord de son enfance où, devant l'attaque des Russes, il  avait fuit avec sa mère la Mandchourie où il est né en 1933. Ils parvinrent près de chez son grand-père au début de 1947. Sa mère et lui apprirent alors par des voisins que le père était mort un an plus tôt. Ils tentèrent de fuir pour vivre seulement tous les deux. Mais la famille leur couru après et c'est même Terumichi qui rattrapa Masuo. Le grand-père, l'intransigeant Kazuomi, refusa qu'ils quittent le domaine. Et les membres de la puissante famille Sakurada assistent à la cérémonie d'anniversaire de la mort du père de Masuo qui s'était suicidé en 1946, après le renoncement de l'empereur à ses pouvoirs divins. Masuo fait la connaissance de Terumichi, un an plus grand que lui et dont la mère, morte, était destinée à épouser son père. La grand-mère l'avait choisi dans une famille riche. Masuo a aussi pour amis son cousin Tadashi et sa cousine Ritsuko. Avec ses trois amis, Masuo aime jouer au base-ball où il est passé maitre ayant suivi des cours en Mandchourie. Il fait aussi connaissance de sa tante, la belle Satsuko qui élève seule Ritsuko. Kazuomi, le patriarche, qui assume ses enfants illégitimes, parvient à faire dire à Masuo devant toute la famille que sa mère a probablement été violée dans sa fuite de la Mandchourie où elle a, par ailleurs, perdu son jeune fils dont Masuo croit encore parfois entendre battre le cœur dans la terre.

Ce fut ensuite, la veillée funèbre de sa mère, Kiki, morte en 1952, où il arrive trop tard car il avait préféré assister à la demi-finale du championnat national lycéen de base-ball qu'il avait perdu, étant troublé par l'annonce de la maladie mortelle de sa mère. Il décide de renoncer au base-ball maintenant qu'il a dix-neuf ans et s'apprête à rentrer à l'université. Plus que jamais troublé par la beauté de sa tante, c'est en partie pour elle qu'il accomplit ce "sacrifice" lui demandant sans le dire vraiment de le soutenir dans son adolescence troublée. Mais Satsuko ne s'est approché de lui que pour lui remettre le testament de son père qu'elle avait promis de lui remettre à sa majorité. Kazuomi, les surprend et exige communication du testament ce que refuse Satsuko. Kazuomi congédie Masuo et exige que Satsuko se donne à lui. Celle-ci accepte non sans lui dire avant ses quatre vérités : elle lui en veut de ne pas l'avoir laissé épouser le père de Masuo qu'elle aimait et auquel elle se donna  avant qu'il en se suicide parce que l'empereur avait abandonné ses prérogatives divines. Elle lui en veut de l'avoir violée à dix-neuf ans. Troublé par ses révélations et tétanisé par les caresses que Kazuomi prodigue à Satsuko inerte, Masuo, caché au fond de la pièce, n'osa venir en aide à sa tante. En revanche, il vit  Terumichi s'interposer puis saisir l'opportunité d'une initiation sexuelle avec Satsuko. Masuo n'eut pas même la chance de profiter de la venue de Ritsuko : il lui avoua qu'elle pourrait être sa sœur. Celle-ci en ria et lui demanda alors de se contenter d'un baiser sur le front. Il lui vola alors son unique baiser.

En 1956, Masuo était revenu de son université de Kyoto vers Tokyo pour le mariage de son oncle Isamu, membre du P.C. japonais, un bouffon qui avait trouvé une épouse aussi communiste que lui après avoir échoué à épouser Satsuko. Est aussi présent, le père de Tadashi, Susumu libéré de Chine après avoir purgé une peine comme criminel de guerre. Tadashi, humilié par un tel père, a un goût de sang dans la bouche. Terumichi lui fait comprendre en lui montrant le maniement de son sabre qu'il faut être fort pour tuer un homme. Ses trois amis, Terumichi, Masuo et Ritsuko, le laisse partir désorienté. Ritsuko s'allonge au milieu des deux garçons et se dit triste de voir sa mère avoir un fort goût pour le suicide. Masuo pense qu'il s'agit peut-être des conséquences de ce qui s'est dit et fait quatre ans plus tôt et raconte combien il fut meurtri qu'elle coucha avec Terumichi et non avec lui qui l'aimait. Terumichi lui conseille d'aller lui en parler. Masuo emporte le sabre de son ami et propose à Satsuko de mourir avec elle. Elle le repousse gentiment et fait taire ses inquiétudes. En revenant vers la chambre, Masuo ne peut que constater que Terumichi et Ritsuko sont devenus amants. Il en pleure de rage. Au matin, on découvre le corps de Satsuko transpercé par le sabre manié la veille par Terumichi et Tadashi et qu'il lui vait laissé en gage. Masuo pense que ce dernier a probablement aidé Satsuko à se suicider.

En 1961, influencé par son grand-père Kazuomi, Masuo accepte de se marier sans connaitre sa future femme... qui fuit avant la cérémonie. Kazuomi et ses amis politiques qui ont invité nombre de gens importants décident de camoufler cette fuite en une crise d'appendicite aigue. La cérémonie de mariage peut donc avoir lieu en affirmant aux invités que la mariée l'a souhaité ainsi depuis son lit d'hôpital et que le mariage lui-même aura lieu plus tard de façon intime. Les rites se font donc comme si elle était présente ce qui finit par susciter la colère de Tadashi. Comme il ne réussit pas à convaincre Masuo de renoncer à ce simulacre, Tadashi décide de faire scandale en lisant un brulot révolutionnaire et sanguinaire : "Projet de Reconstruction du Nouvel État Japonais". Il doit fuir prestement avant l'arrivée de la police et est écrasé par une voiture. La cérémonie de mariage se termine donc en veillée funèbre de Tadashi. Comme la grand-mère évoque sa nuit de noces, c'est cette fois Masuo qui craque et fait un simulacre de défloration de sa jeune épouse. Kazuomi veut y mettre fin mais il est jeté à terre par Terumichi qui lui demande de pendre grand soin de  Masuo puisque tout ce qui lui arrive est de sa faute. Masuo court vers le cercueil de Tadashi et prend sa place. Quand Ritsuko vient le réconforter, il l'entraîne avec lui et  lui demande de l'épouser. Celle-ci refuse se sentant liée par sa nuit d'amour avec Terumichi. Mais celui-ci leur déclare solennellement qu'ils devront se passer de lui. Il s'est arrangé avec son grand père afin d'être libre une fois le mariage de Masuo effectué. Et Terumichi disparait de Tokyo.

En 1971, le patriarche Kazuomi meurt à son tour à 89 ans, et c'est Masuo qui dirige les funérailles auxquelles assistent d'importants politiciens et financiers. On le presse d'abandonner le base-ball, et de devenir chef de famille (et d'entreprise). Il s'écroule par terre et est réconforté par Ritsuko. C'est à ce moment qu'ils reçoivent un télégramme annonçant la mort de Terumichi.

Masuo et Ritsuko abordent dans l'île de Terumichi et Masuo a encore l'espoir que, si Terumichi s'est bien suicidé comme il l'a annoncé, Ritsuko voudra bien l'épouser.

La cabane de Terumichi est close. En forçant la porte, Masuo et Ritsuko découvrent le cadavre de Terumichi et son testament déclarant qu'en se suicidant, il supprime la possibilité de prolonger la lignée des Sakurada. Ritsuko refuse de repartir avec Masuo : elle lui dit être décidée à se suicider près du cadavre de Terumichi. Masuo s'en va courir sur la grève. Il revoit la scène de base-ball du passé où Ritsuko avait envoyé loin la balle de base-ball. Il court à sa recherche, la retrouve et se penche vers elle comme il se penchait sur la terre pour écouter battre le cœur de son frère cadet, enterré lors de la fuite de Mandchourie.

La Cérémonie raconte l'échec de Masuo qui laisse filer les chances de bonheur qui auraient pu s'offrir à lui s'il avait pu prendre son destin en main. Ce faisant, il redouble l'échec de son père. De même Satsuko et Ritsuko, sa fille, sont aussi condamnées à se suicider après le suicide de celui qu'elles aimaient. Ainsi, la génération des filles et des fils subit encore dans le Japon contemporain le même asservissement aux coutumes que les mères et les pères de la génération de la guerre et de la défaite de l'empereur. Les filiations légitimes et illégitimes qui structurent le film marquent l'asservissement des personnages à la coutume. Cet asservissement est emblématiquement décrit  par la célèbre séquence de mariage sans mariée à laquelle se soumet Masuo en 1961. Mais la musique lancinante de Toru Takemitsu, l'aspect fantomatique sur l'aéroport de Tokyo et l'usage fréquent du zoom-avant, imposent dès le départ une vision décalée du réel.

Si une porte de salut s'offre aux jeunes gens, elle est à saisir dès l'enfance sans quoi ils erreront tels des fantômes de l'adolescence à l'âge adulte. En ce sens la dernière image, Masuo posant son oreille sur la balle de base-ball imaginaire, n'est guère rassurante. Elle est bien loin d'évoquer la balle de tennis imaginaire dont se saisit Thomas à la fin de Blow-up (Michelangelo Antonioni, 1966) comme une acceptation du faux. Nagisa Oshima a déclaré à propos de La cérémonie : c'est une poursuite de mon idée personnelle selon laquelle je voulais mourir. De tous les films que j'ai faits, c'est le plus proche de ma vie." Mais peut-être est-il possible de le rattacher à un autre film de 1966, le Persona de Bergman qui, selon ses propres dires, le sauva du suicide.

Mathieu Capel indique dans le DVD ci-dessous que les cinq flashes-back prennent acte de grands moments de l'évolution du Japon en les décalant de quelques mois pour mieux faire ressortir leur impact sur les personnages. 1947, c'est ainsi un an après l'abandon par l'empereur de ses pouvoirs. 1952, c'est quelques mois après la guerre de Corée  et le traité qui place le Japon sous l'égide de l'allié américain. 1956 , le mariage de oncle japonais communiste succède à l'orientation moins radicale de ce parti. 1961 ; après la contestation citoyenne de 1959-1960. 1971 : après la guerre de Tokyo, les émeutes étudiantes et, surtout, quelques mois après le suicide en grande pompe de Mishima en 1970.

Jean-Luc Lacuve le 19/04/2015.

critique du DVD
Editeur : Carlotta-Films. Mars 2015. Coffret 9 films, combo 3 Blu-ray et 6 DVD. 60,20 €.
critique du DVD

DVD et Blu-ray 1 : La pendaison. DVD et Blu-ray 2 : Le petit garçon DVD et Blu-ray 3 : La Cérémonie. DVD 4 : Carnets secrets des Ninjas - Le Journal de Yunbogi. DVD 5 : Journal du voleur de Shinjuku - Le Piège. DVD 6 : Il est mort après la guerre - Une petite sœur pour l’été.

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(Gishiki). Avec : Kenzo Kawarazaki (Masuo Sakurada), Atsuko Kaku (Ritsuko Sakurada), Atsuo Nakamura (Terumichi Tachibana), Kiyoshi Tsuchiya (Tadashi Sakurada), Akiko Koyama (Satsuko Sakurada) Kei Satô (Kazuomi Sakurada), Nobuko Otowa (Shizu), Kei Sato (Kazuomi), Maki Takayama (Kiku). 2h03.
dvd chez Carlotta Films