né en 1953
14 films
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histoire du cinéma : Cinéma mental

Fils d'enseignants, Nanni Moretti, adolescent passionné de cinéma et de water-polo, décide, une fois sa scolarité achevée, de devenir réalisateur. Avec sa caméra super8, il tourne en 1973 ses deux premiers courts métrages: Paté de bourgeois , La défaite et puis, en 1974, Come parle frate ? Comme dans son oeuvre à venir, le réalisateur est aussi l'interprète de ces films qui, déjà, mêlent questionnements intimes et interrogations politiques.

En 1976, Nanni Moretti réalise son premier long métrage, Je suis un autarcique, regard ironique sur le gauchisme à travers le portrait d'une troupe de théâtre d'avant-garde. Après ce premier opus très remarqué en Italie, il devient le chef de file du nouveau cinéma italien et affronte ainsi Mario Monicelli lors d'une émission télévisée, Match, où il lui repproche son académisme et son recour aux vedettes.

Moretti signe en 1978 Ecce bombo, qui évoque les rapports compliqués d'un étudiant avec son entourage familial, amical et amoureux. Le film est présenté en Sélection officielle au Festival de Cannes, dont le cinéaste deviendra un habitué.

La dimension autobiographique du cinéma de Moretti se fait encore plus évidente avec Sogni d'oro (Grand Prix du jury à Venise en 1981), qui conte les déboires d'un réalisateur intransigeant. Moretti y apparaît sous les traits d'un alter ego aussi irascible qu'attachant nommé Michele Apicella, qu'on retrouvera en prof amoureux de Laura Morante dans Bianca (1983), en curé dans La Messe est finie (1986), et en militant communiste amnésique dans Palombella rossa (1989).

Soucieux de maîtriser les différentes étapes du processus créatif, il fonde en 1986 sa maison de production, Sacher Films, et reprend même une salle de cinéma romaine, le Nuovo Sacher, en 1991. Sa société lui permet également de produire les oeuvres de jeunes cinéastes, tels Le Porteur de serviette de Luchetti et La Seconde fois de Calopresti, deux films qui reflètent ses préoccupations de citoyen, et dans lesquels il tient aussi le rôle principal. Auteur en 1990 d'un documentaire sur le PCI, La chose, Nanni Moretti abandonne à la même époque son "double" Apicella.

Il n'en continue pas moins de parler abondamment de lui-même dans ses films, notamment Journal intime, prix de la Mise en scène à Cannes en 1994. Le "splendide quadragénaire" autoproclamé se promene en Vespa dans les rues de Rome et expose son combat contre le cancer dans ce long métrage célébré par la critique et le public français.

Il donne de ses nouvelles quatre ans plus tard avec Aprile, manifestant cette fois sa joie d'être père et de voir la gauche remporter les élections. Il est encore en lice pour la Palme d'or, un trophée qu'il décrochera pour son film suivant, La Chambre du fils (2001), oeuvre pudique et épurée sur la perte d'un enfant.

Cinéaste influent admiré dans le monde entier, Moretti est aussi devenu un personnage central dans le débat politique italien, comme en témoigne la sortie, en pleine campagne des Législatives 2006, du Caïman, une satire anti-Berlusconi, également présentée à Cannes.

En 2007, il participe à Chacun son cinéma, film anniversaire à l'occasion du 60ème Festival de Cannes. 34 cinéastes réalisent un court-métrage de 3 minutes autour du thème de la salle de cinéma. Moretti intitule le sien Journal d'un spectateur. Il y interprète un homme qui récapitule les films qu'il a vu dans ce cinéma, les personnes avec qui il était. En 2011, Moretti s'en retourne à Cannes pour y présenter Habemus Papam, un drame qui se déroule exclusivement au Vatican. Il y met en scène Michel Piccoli dans le rôle d'un Pape en proie au doute. Moretti incarne lui-même un psychologue dans ce film. C'est durant le tournage de ce film que le réalisateur perd sa mère, enseignante en lettres pendant plus de trente ans. Il se sert de cette douloureuse expérience pour Mia Madre, présenté en compétition au festival de Cannes 2015, où une réalisatrice en plein tournage mouvementé doit gérer la maladie de sa mère.

Moretti est également tres impliqué dans la production et l'explotation du cinéma en Italie. A partir de Palombella rossa tous les films réalisés par Moretti ont été produits par la Sacher Film qui a produit aussi Nuit italienne (Carlo Mazzacurati, 1987), Domani, Domani (Daniele Luchetti, 1988), Le porteur de serviette (Daniele Luchetti, 1991), La seconde fois (Mimmo Calopresti, 1995), Les journeaux intimes de la Sacher (onze courts-métrage, 2001 et 2002), Je te lis dans les yeux (Valia Santella, 2004), Coups de tête (Loreda Conte, 2005).

Moretti joue aussi dans Le porteur de serviette (Daniele Luchetti, 1991), La seconde fois (Mimmo Calopresti, 1995), Caos calmo (Antonello Grimaldi, 2008).

Bibliographie :

Filmographie :

courts-métrages :

1973 : Paté de bourgeois (0h26), La défaite (0h26)
1974 : Come parle frate ? (0h52)
1994 : Le seul pays au monde (0h20)
1995 : Le Jour de la premiere de Close-up (0h07)
2002 : Le cri d'angoisse de l'oiseau prédateur (0h35)
2003 : La dernière cliente
2006 : Journal du Caïman (1h00)
2007 : Journal d'un spectateur. 5e segment de Chacun son cinéma. Avec : Manni Moretti. 0h08.
2007 : Le dernier championnat (0h18).

Longs-métrages :

1976 Je suis un autarcique
(Io sono un autarchico). Avec : Nanni Moretti (Michele), Simona Frosi (Sylvia), Fabio Traversa (Fabio). 1h35.

Michele est abandonné par sa femme Sylvia avec son fils Andrea. Il vit à Rome dans un petit appartement amène son fils à l'école, voit des amis. Parmi eux, il y a Fabio qui tente de monter un spectacle théâtral, de convaincre des acteurs, d'obtenir une critique de la presse. Michele tente de relancer sa relation avec Sylvia...

   
1978 Ecce bombo
Avec : Nanni Moretti (Michele), Luisa Rossi (sa mère), Lina Sastri (Olga), Piero Galletti (Goffredo), Susanna Javicoli (Silvia). 1h43.

Michele a un père, une mère et une sœur cadette, Valentina sur laquelle il déverse sa propre insatisfaction. Il est fiancé à Sylvia qui travaille dans un cinéma avec qui il parle des films. Il a aussi un groupe d'ami dont Mirco qui a accueilli chez lui une jeune schizophrène, Olga...

   
1981 Sogni d'oro
Avec : Nanni Moretti (Michele Apicella), Nicola Di Pinto (Nicola), Alessandro Haber (Gaetano), Laura Morante (Silvia). 1h45.

Michele Apicella est un jeune cinéaste à succès. Gigio Cimino est un jeune talent Michele méprise cordialement surtout quand il découvre que son producteur en même temps que son nouveau filmva produire également le projet de Cimino de réaliser une comédie musicale sur mai 1968.

   
1984 Bianca

Avec : Nanni Moretti (Michele Apicella), Laura Morante (Bianca), Roberto Vezzosi (le commissaire), Remo Remotti (Siro Siri). 1h36.

Michele Apicella, professeur de mathématiques, passe son temps à épier ses voisins de sa terrasse, jusqu'au jour où sa jeune voisine disparaît. Amoureux de Bianca, Michele lui pose sans arrêt des questions sur son passé. Lorsque deux de ses amis sont assassinés, le commissaire chargé de l'enquête le soupconne d'être l'auteur des meurtres.

   
1985 La messe est finie
(La messa e finita). Avec : Nanni Moretti (iulio), Ferruccio De Ceresa (son père), Marco Messeri (Saverio), Dario Cantarelli (Gianni). 1h34.

Nommé dans une paroisse de Rome, un jeune prêtre quitte la petite île ou il vit depuis dix ans, et retourne dans sa ville natale. Là, il trouve une église vide et abandonnée, même de Dieu. Aux prises avec une famille à problèmes et trop intransigeant et moralisateur, il est rejetté de tous et connaît l'échec. Il part comme missionnaire.

   
1989 Palombella Rossa
Avec : Nanni Moretti (Michele Apicella), Silvio Orlando (le coach), Mariella Valentini (la journaliste). 1h29.

Faisant pour des enfants des pitreries au volant de sa voiture, Michele a un accident. Devenu amnésique, il se retrouve au bord d'une piscine avec des joueurs de water-polo. Resurgit de son passé une activité de haut responsable politique au sein du Parti Communiste.

   
1990 La chose
(La cosa). Documentaire . 1h00.

Au lendemain du tournant préconisé par le secrétaire du parti Achille Occhetto (changer de nom et refonder le mouvement sur de nouvelles bases) dans toute l'Italie, les membres du Parti Communiste Italien interrogent et discutent de la "chose".

   
1993 Cher journal
(Caro Diaro). Avec : Nanni Moretti (lui-même), Giovanna Bozzolo Carlo Mazzacurati (le critique), Jennifer Beals (elle-même). 1h40.

Trois pages d'un journal - Sur ma Vespa, Les îles, Les médecins- où Moretti raconte les façades de Rome, le film "Flasdance", la mort de Pasolini, la complaisance des critiques, la fascination pour la Télévision jusque dans ses sous-produits américains, Lipari et son bruit, Salina et ses enfants uniques, Stromboli et les désirs de son maire, Panaréa et son mauvais goût, Alicudi et sa solitude et pour finir son face-à-face avec le corps médical.

   
1998 Aprile
Avec : Nanni Moretti (Nanni), Silvio Orlando (Silvio), Silvia Nono (Silvia), Pietro Moretti (Pietro), Agata Apicella Moretti (Agata). 1h18.

Italie, 1994. La droite gagne les élections. Après une interview complaisante de Silvio Berlusconi dans un de ses journaux télévisés, je fume mon premier pétard. Je décide d'entreprendre un documentaire sur l'Italie, et filme à Milan la manifestation anti-fasciste. Il pleut : marée de parapluies...

   
2001 La chambre du fils
(La stanza del figlio). Avec : Nanni Moretti (Giovanni), Laura Morante (Paola), Jasmine Trinca (Ariana), Giuseppe Sanfelice (Andrea). 1h35.

Ancône, port italien sur l’Adriatique. Giovanni, psychanalyste, mène une vie sans histoires, avec sa femme Paola, éditrice, et leurs deux enfants adolescents : Irene, l’aînée, et Andrea, le cadet. Le quotidien de la famille est rythmé par des petites manies, des jeux, des rires, et divers problèmes, futiles ou graves..

   
2006 Le Caïman
(Il Caimano). Avec : Silvio Orlando (Paolo Bonomo), Margherita Buy (Paola), Jasmine Trinca (Teresa) . 1h52.

Producteur en faillite professionnelle et sentimentale, Bruno Bonomo, ayant beaucoup lutté contre la "dictature" du cinéma d'auteur avec ses films de série Z, n'arrive pas à financer une nouvelle superproduction fauchée, "Le Retour de Christophe Colomb". Empêtré dans ses dettes, ses faiblesses, son mariage en fin de course, ses enfants sans repères, Bruno perd pied quand, alors qu'il est arrivé à décrocher un rendez-vous inespéré avec une huile de la RAI : son Christophe Colomb va prendre le large ailleurs, chez un très gros producteur. Bruno, à la rue, accepte sans le lire de proposer en catastrophe à la chaîne un autre script, le Caïman, scénario que lui a proposé une cinéaste inexpérimentée au look altermondialiste androgyne. Bruno, en le survolant, pense qu'il tient un bon film d'action mafieux. Dans celui-ci, un homme d'affaire reçoit une valise tombée du ciel. Un journaliste l'interroge vainement lors de la construction de Milan II sur l'origine de sa fortune. L'homme d'affaire arrive en dansant sur un terrain de football où il embrasse les majorettes. Il ne s'inquiète pas d'une descente de la police financière qui perquisitionne ses comptes. Il retourne son chef qui devient son bras droit. Il flatte son public et lui fait admettre que sa télé paillettes est mieux que la TV grise qui la précédait. Dans la salle désertée, jonchée de lettres de félicitations, le journaliste l'interroge sur ces ambitions. Plus tard, l'homme d'affaires décide de se lancer dans la politique et fait peu de cas du journaliste qui sait qu'il agit pour protéger son empire financier. Sans s'en rendre compte, Bruno est en train de produire un film sur l'insupportable arrogance du système berlusconien. Lui qui avait toujours voté Berlusconi ! Il s'aperçoit bientôt, juste avant de se rendre chez le producteur de la RAI avec Teresa, qu'il s'agit d'une biographie de Berlusconi. Malgré les défections successives de la RAI et de son acteur principal, il va monter l'affaire, trouver l'acteur principal tout en essayant de recoller les morceaux de son couple. Commence alors à naître en lui un nouvel élan vital : celui de l'affirmation de sa dignité. Comme par enchantement, ce faiseur de navets va se battre avec pour seules armes les convictions d'une cinéaste débutante et ses ultimes biens matériels. Il tournera alors la journée du verdit du procès : condamné à sept ans de prison pour corruption, Berlusconi en appelle ni plus ni moins à la vindicte populaire pour éliminer tous les juges du pays qu'il considère comme une caste au-dessus de la démocratie annonciatrice. Alors qu'il s'éloigne, l'insurrection civile gronde et la foule en colère tente de lapider les juges de Berlusconi pour ensuite incendier le palais de justice d'où ils sortaient.

   
2011 Habemus papam
Avec : Michel Piccoli (le Pape), Nanni Moretti (Le psychanalyste), Jerzy Stuhr (Le porte-parole), Renato Scarpa (Gregori). 1h42.

Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d'élire son successeur. Enfin, un cardinal est élu ! Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l'apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d'une telle responsabilité. Le monde entier est bientôt en proie à l'inquiétude tandis qu'au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise....

   
2015 Mia Madre
Avec : Margherita Buy (Margherita), Nanni Moretti (Giovanni), John Turturro, Pietro Ragusa (Bruno). 1h42.

Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

   
2018 Santiago, Italia
Avec : Nanni Moretti (Lui-même). 1h20.

Après le coup d'État militaire du général Pinochet de septembre 1973, l'ambassade d'Italie à Santiago (Chili) a accueilli des centaines de demandeurs d'asile. À travers des témoignages, le documentaire de Nanni Moretti raconte cette période durant laquelle de nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à quelques diplomates italiens.