La messe est finie

1985

(La messa e finita). Avec : Nanni Moretti (Don Giulio), Ferruccio De Ceresa (son père) Margarita Lozano (sa mère), Enrica Maria Modugno (Valentina), Marco Messeri (Saverio), Roberto Vezzosi (Cesare) Dario Cantarelli (Gianni), Vincenzo Salemme (Andrea), Giovanni Buttafava (L'avocat), Eugenio Masciari (Antonio), Luisa De Santis (Lucia, sa femme), Pietro De Vico (Le curé de Patagonie), Francesco Di Giacomo (Federico, l'enfant de coeur), Mauro Fabretti (Simone), Antonella Fattori (Astrid), Moretti (Le juge), Carlina Torta (Arianna). 1h34.

dvd

Après avoir célébré un mariage, Don Giulio, un jeune prêtre, quitte la petite île du sud de l'Italie ou il vit depuis de nombreuses années. Il a été nommé dans une paroisse de la banlieue de Rome, sa ville natale. Il retrouve sa famille, son père, sa mère et sa soeur Valentina qui travaille dans un centre d'accueil psychologique défraîchi et à laquelle il reproche de ne pas voir suffisamment son fiancé, Simon, un ornithologue qui passe ses journées dans les montagnes.

Don Giulio découvre sa paroisse, une église vide et abandonnée, depuis que le précédent prêtre, Antonio, est parti vivre avec sa femme et son fils... dans la maison d'à côté.

Don Giulio cherche à revoir ses anciens amis. Saverio est devenu misanthrope depuis que Astrid l'a quitté. Cesare se cherche en voulant se faire baptiser.

Alors que Giulio procède à une cérémonie funèbre, son père vient le trouver pour lui apprendre qu'il quitte le domicile conjugal pour vivre avec une femme de trente ans plus jeune que lui, une amie de Valentina.

Don Giulio voit deux autres amis : Gianni le libraire et Andrea, le plus jeune du club des cinq qu'ils formaient autrefois, qui est maintenant en prison et qui va être jugé pour terrorisme.

Valentina annonce à Giulio qu'elle est enceinte et qu'elle a décidé d'avorter. Son frère menace de la tuer si elle fait cela et s'en va dans la montagne convaincre Simon de faire renoncer sa soeur à ce projet. Don Giulio rend visite à la maîtresse de son père mais n'arrive pas à lui parler. Sa mère espère, contre toute probabilité, que son mari lui reviendra. Lorsque celui-ci demande à Giulio s'il voudra bien bénir l'enfant qu'il s'apprête à concevoir avec sa maîtresse, Giulio le jette dehors.

Cesare, de plus en plus illuminé, veut devenir prêtre. Don Giulio ne trouve finalement le réconfort que dans la famille du prêtre défroqué. Il trouve toutefois l'admiration des parents pour leur enfant exagérée et critique leur façon de faire la cuisine. Convoqué au procès d'Andrea, sa déposition ne convainc pas. Andrea sera toutefois acquitté faute de preuves.

Ne se remettant pas du départ de son mari, la mère de Giulio s'est suicidée. Giulio sait que, désormais, plus personne ne pensera à lui. Il se rappelle avec nostalgie combien sa mère l'aimait et combien il l'a toujours aimée.

Cesare renonce à devenir prête et décide de se marier. Seul quelqu'un d'un peu poussiéreux comme Giulio peut aider les autres, lui dit-il.

Don Giulio procède au mariage de Cesare. Il annonce qu'il partira bientôt en Patagonie. Il s'excuse de n'avoir pu aider personne et espère que, là- bas, il sera reçu comme un ami par la population qui souffre.

"Je pensais à l'amour universel. Existe-t-il ?" A la question de son père, lorsqu'il vient juste de rentrer chez lui, Don Giulio répond "Nous les prêtres croyons qu'il existe et moi aussi". Moretti reprend ainsi ici le personnage de Bianca : un être, d'une part, épris de perfection et d'absolu et, d'autre part, qui se nourrit de l'amour que les êtres se portent les uns aux autres.

Le générique montre ainsi un plan de la mer, Giulio qui s'y inscrit, puis, apparaissant tout entier et se déshabillant, qui plonge dans la mer alors qu'apparaît le titre du film et se fait entendre un premier thème musical, obsédant : celui de la recherche du bonheur.

Ce besoin d'absolu, Don Giulio l'avait sans doute trouvé tant bien que mal dans son île du sud. La communauté presque idyllique est rassemblée sur le porche de l'église comme sur le port. La jeune mariée, Sylvia est selon les termes de Don Giulio "pas méchante". Il se permet alors de dire au couple, à la limite de la folie : "Je vous demande trois choses : la fidélité réciproque, l'éducation des enfants et la fidélité réciproque". Ce bégaiement traduit le nécessaire repli sur soi du couple par lequel don Giulio voit le bonheur.

Il dira ensuite "Je vous souhaite de vivre ensemble dans la joie qui est une grande vertu et un don immense. Ne soyez jamais tristes ! Préservez cette joie, ne la perdez jamais, conservez-la toujours." Et, une nouvelle fois, se montre à la limite de la raison en vampire du bonheur d'autrui lorsqu'il squatte l'esquif dans lequel les jeunes mariés ont pris place, sans doute pour recueillir les au revoir chaleureux de la communauté.

Don Giulio montre ainsi une tendance au dérangement mental et peut être même au meurtre comme dans Bianca. Il menace sa soeur qui veut avorter et seule probablement sa vocation de prêtre le retient de passer à l'acte. Le prêtre de Patagonie lui rappellera que là-bas, si on ne rentre pas dans l'église quand le vent souffle, on finit par être fou.

Le film se construit sur une série de scènes qui confrontent Don Giulio a un mal qu'il ne peut combattre. Ainsi de la scène où il est plongé dans la fontaine. Chacun lui fait porter une croix qui le ramène à la solitude et au sentiment de son inutilité.

Formidable première scène d'extérieur à Rome. Giulio reproche à Valentina de ne pas faire assez d'efforts pour revoir Simon et pointe l'aspect défraîchi de l'institut psychologique dans lequel elle travaille. Ils se disent adieu, Giulio sort du champ par l'arrière puis y pénètre de nouveau d'un pas décidé. Un panoramique ascensionnel vient cadrer la terrasse de l'institut avec deux portes. Giulio pénètre par l'une d'elle sur la terrasse et frappe à l'autre où se trouve sa sœur où il continue ses reproches. Elle lui ferme la porte au nez. Giulio ne peut plus ressortir car l'autre porte a été fermée. Renvoyé à sa solitude Giulio est filmé alors en travelling avant vers sa paroisse.

Face aux maux de l'âge adulte, l'enfance est le lieu privilégié du bonheur et de l'innocence. Giulio aurait aimé revenir à la maison plutôt que d'être logé dans sa paroisse de banlieue. Il trouve cependant une famille sur le point de se disloquer bien loin de la séquence de découverte de sa chambre avec gâteau, livre, ballon et chaussure de foot et la petite balle rouge.

Autres séquences où l'enfance apparaît comme le lieu possible de l'amour universel : la rédaction de la fillette sur son père, l'enfant poisson, la balle donnée avec les chaussures. D'où cette insistance de Moretti de pas trop en faire avec les enfants puisque par nature l'enfance est le moment du bonheur.

Test du DVD

Editeurs : Why not productions - Cahiers du Cinéma. Septembre 2008. Disque 1 : Bianca (1h36). Disque 2 : La messe est finie (1h34).

Alalyse du DVD

Supplément :

  • Entretien filmé avec Nanni Moretti au festival de Cannes 2008. Disque 1 : première partie. Disque 2 : Deuxième Partie
   
Test du DVD Editeur : Bac-Films. Juin 2009. Juin 2009. Coffret 5DVD : Caos Calmo, Le Caïman, Palombella rossa, La messe est finie et Bianca. 50 €.

Supplément sur DVD4 : présentation de Nanni Moretti et du film par Noël Simsolo.