Cher journal

1993

(Caro Diaro). Avec : Nanni Moretti (lui-même), Giovanna Bozzolo, Sebastiano Nardone , Antonio Petrocelli (acteurs du film), Carlo Mazzacurati (le critique), Jennifer Beals (elle-même), Alexandre Rockwell (lui-même), Renato Carpentieri (Gerardo), Raffaella Lebboroni et Marco Paolini (le 1er couple de Salina), Claudia Della Seta et Lorenzo Alessandri (le 2ème couple de Salina), Antonio Neiwiller (Le maire de Stromboli). 1h40.

1. SUR MA VESPA - Quel plaisir de me promener l’été, dans Rome déserte, de passer d’un quartier à l’autre, de visiter des appartements sous prétexte de repérages. Je vois un mauvais film italien plein de quadragénaires nostalgiques. J’interpelle un automobiliste à un feu rouge. Je danse dans un parc où joue un orchestre. Danser, comme Jennifer Beals dans Flashdance… Mais c’est elle qui passe, là, dans la rue ! Je l’aborde ; elle me prend pour un original… Découvrant Henry, Portrait of a serial killer, je m’en prends au critique qui a défendu ce film. Enfin ma Vespa me conduit là où a été tué Pasolini.

2. ÎLES - Pour travailler au calme, je vais à Lipari, chez Gerardo, un ami intellectuel qui déteste la télévision. Déception : bruits, touristes envahissants… Et puis Gerardo devient un «accro» du petit écran en découvrant «Amour, gloire et beauté» ! Nous allons sur Salina, une autre île où des couples subissent la tyrannie de leur progéniture. À Stromboli, le maire nous parle de ses projets, délirants et incompris. Après un passage sur une île pour snobs, nous gagnons Alicudi, la plus déserte de toutes. Mais Gerardo fuit : ici, il n’y a pas la télévision !

3. LES MÉDECINS - Je vais vous raconter ma chimiothérapie et comment l’incompétence des médecins faillit m’être fatale : après toutes sortes de traitements pour des démangeaisons, une radio prescrite par hasard décela le cancer dont on m’a guéri depuis. Désormais, je me soigne seul et me prescris, chaque matin, un grand verre d’eau pure à jeun.

Trois pages d'un journal - Sur ma Vespa, Les îles, Les médecins- où Moretti raconte les façades de Rome, le film Flasdance, la mort de Pasolini, la complaisance des critiques, la fascination pour la Télévision jusque dans ses sous-produits américains, Lipari et son bruit, Salina et ses enfants uniques, Stromboli et les désirs de son maire, Panaréa et son mauvais goût, Alicudi et sa solitude et pour finir son face-à-face avec le corps médical.

Après la perfection de Palombella Rossa, Moretti présente une oeuvre plus légère, ouverte où le cinéaste, à défaut d'être en accord avec le monde, est en accord avec lui-même. Omniprésence du thème de la solitude : déambulation seule, jeu avec le ballon, solitude face aux médecins. Thème du corps : Jennifer Beals, le corps face à la maladie, le plaisir du massage des pieds et, comme conclusion, de boire un verre d'eau. Thème du verbe : Recherche du mot juste : "presque idiot" et non pas fou. Intentions satiriques : La télévision est parfois intéressante (scène de danse en imitant Silvana Mangano dans un café) mais peut piéger intellectuels, obligés d'interroger un groupe de touristes pour connaître la fin de "Amour, gloire et beauté" ou de "Santa Barbara". Dictature des enfants uniques qui monopolisent les téléphones.