La pêche au trésor
1949

Pour nourrir ses amis comédiens, Harpo vole des boîtes de sardines. L'une d'elles contient les diamants des Romanoff. Dès lors, Harpo et ses amis sont poursuivis par Sam Grunion, un détective engagé par les Romanoff, et la cupide Madame Egilichi qui, pour récupérer les pierres précieuses, fait enlever et torturer Harpo.

La Pêche au trésor marque la fin du trio Groucho-Chico-Harpo, mais c'est aussi une des toutes premières apparitions au cinéma de Marilyn Monroe.

Contrairement à Panique à l'hôtel, le film ne se déroule plus dans un unique lieu, mais les actions et les situations cocasses s'emparent de tout l'espace que peut offrir le cadre cinématographique. Cette raison est dû au fait que ce film ne fait pas l'apologie de l'ère du parlant, mais de l'ère classique, de l'époque où le corps s'enivrait de la musique et se tordait aux sonorités de cette dernière pour créer un ballet corporel, sensuel et rythmique. La pêche au trésor prêche donc l'ère classique avec comme chef d'orchestre Harpo. Ce personnage est la clé de voute de tout le film car il est le seul à qui il manque la parole. Il ne s'exprime donc qu'avec ce qu'il a sous la main c'est-à-dire son corps. Libéré du poids de la parole, son corps prend son envol et permet le développement d'une certaine vaine comique. Nous avons à faire à quelques séquences importantes comme celle du parc, lorsque Harpo offre le collier à une danseuse. Cette dernière est exaspérée de sa situation professionnelle et amoureuse et s'imagine un meilleur avenir avec son Don Juan d'un instant. Ce personnage est à l'image d'une nouvelle face du cinéma c'est-à-dire rayonnante, bien mise en valeur par la lumière, avec des dialogues qui ne dépassent pas. Tout ce qu'elle représente, tout ce qu'elle véhicule ne peut lui permettre d'obtenir cet avenir radieux dans l'instant, c'est ainsi que rentre en jeu le personnage d'Harpo. N'étant pas prisonnier de cette ère moderne, il arrive à travers des grimaces et des mimiques à rendre compte, en temps réel, de cette période idéalisée. Cette séquence est une véritable démonstration de la part du cinéma classique envers le cinéma moderne de toute sa puissance et de tout ce qu'il a pu apporter jusqu'ici.

Le film fait également place à quelques séquences musicales comme si, pour leur dernier film, les frères Marx rendaient hommage à tout ce qui les a conduits à entrer dans le monde du cinéma. Là aussi, ces séquences sont une sorte de clin d'œil à cette période d'antan. Même si l'on note une pointe de nostalgie envers un certain classicisme, il n'y a pas de leur part une critique virulente contre cette nouvelle ère cinématographique qui se met en place à l'époque, comme avait pu le faire Chaplin avec son Dictateur où la parole, et donc le modernisme, était associée à un pouvoir totalitaire.

La pêche au trésor apparaît donc comme une œuvre qui vient résumer une période chère aux frères Marx. La séquence finale vient clore une filmographie complète. La course-poursuite est parfaitement orchestrée en allant pianissimo pour finir par la domination de la femme, et donc du cinéma moderne, sur ce pauvre narrateur représentant d'une ère dévolue. Les lumières des panneaux publicitaires offrent une dernière lueur d'existence à ce trio qui a marqué une période du cinéma. Même si la technique et le progrès ont, d'un certain côté, empêché un épanouissement total de l'art des Marx, Groucho tient sa revanche. Cette dernière est parfaitement exprimée lors de la dernière scène du film. Il tourne le dos à ce nouveau cinéma avec ce The End placardé de manière indélébile sur ce fauteuil d'orchestre. Bonjour souvenir, adieu avenir.

Anthony Boscher le 28/09/2008

 

Test du DVD

Editeur : Montparnasse. Octobre 2008. Master restauré, Format 4/3 - Noir & Blanc – Mono Sous-titres français. DVD PAL - Zone 2.

   

Présentation brève mais riche d'informations de Serge Bromberg.

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(Love Happy)

 
David Miller
 
dvd
Genre : Comédie burlesque