(1917-1973)
13 films
   
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histoire du cinéma : L'image-situation

De son vrai nom Jean Pierre Grumbach, Melville apprend le cinéma en autodidacte fortuné, jouant à six ans avec une caméra Pathé Baby et avec un projecteur miniature. Melville fait la guerre dans la cavalerie française, puis dans l'armée anglaise enfin dans les FFL (Melville est son patronyme de clandestin, emprunté à l'auteur de Moby Dick qu'il admirait).

1- Seulement 13 films pour un court quart de siècle d'activité.

Bien avant l'idée d'un cinéma d'auteur ne soit promue par les jeunes critiques des Cahiers du cinéma, Melville en expérimente concrètement les ressources en réalisant Le silence de la mer en 1947 (d'après la nouvelle de Jean Bruller, alias Vercors) et parvient à faire un film comme personne n'en avait fait jusqu'alors : c'est à dire seul ou presque, sans carte professionnelle et avec un budget dix fois moindre que pour un film normal.

Pour cette raison notamment, il deviendra l'un des héros de la Nouvelle vague en marche, l'un de ses pères spirituels, bien qu'il ait par la suite marqué ses distances vis-à-vis du mouvement qui éclôt à la fin des années 50. Il possède ses propres studios de tournage, rue Jenner à Paris et se considére aussi loin des gens du métier et ne recourt pas aux grands producteurs de l'époque.

Le silence de la mer (1949) ayant plus à Jean Coteau, Melville réalise ensuite à quatre mains avec lui Les enfants terribles (1950) puis un film plus impersonnel Quand tu liras cette lettre (1953). Bob le flambeur, en 1956, ouvre la série des films noirs mais l'intrigue, située à Deauville, cède allègrement le pas au style et la forme balade supplante toute velléité d'efficacité narrative. Avec Deux hommes dans Manhattan (1959), tourné pour partie à New York, Melville se rapproche davantage du modèle du film noir américain... dont il s'éloigne à nouveau assez profondément avec Léon Morin prêtre (1961).

Le doulos (1962), est de nouveau un film noir situé en France avec une fin sous forme d'une série de flash-back qui contredit la forme classique utilisée auparavant. Dans L'aîné des Ferchaux (1963), d'après Simenon, c'est de nouveau la forme balade qui semble diluer la psychologie des personnages.

Le deuxième souffle (1966), Le samouraï (1967, Le cercle rouge (1970) et Un flic (1972) constituent la tétralogie policière finale de Melville où il manifeste un sens de l'ascèse que l'on retrouve aussi dans L'armée des ombres (1969) consacré à la résistance.

2- Thématique et stylistique

Les thémes de Melville relèvent de deux sources, celle du film noir américain et celle du film de samouraï japonais.

Melville aimait citer la liste des 63 réalisateurs qui composait son panthéon personnel : tous américains, tous confirmés entre 1930 et 1937. La thématique de ses films doit beaucoup à John Huston et à Asphalt Jungle en particulier : même préférence accordée aux personnages par rapport à l'intrigue, même vision pessimiste et taciturne du monde, et, chez les personnages, même indifférence fondamentale à l'égard de l'échec ou de la réussite, considérés comme des caprices sans importance du destin ; rôle relativement secondaire de l'érotisme et de la femme dans la vie des hommes.

Dans les films noirs japonais on retrouve ces motifs des policiers et truands très proches qui constituent parfois des doubles troublants (comme dans Chien enragé et Entre le ciel et l'enfer de Kurosawa, ou Hana-bi de Kitano). Cette vision se retrouve chez Melville. Flics et voyous ont des méthodes radicalement différentes, mais ils fréquentent les mêmes boîtes de nuit, parfois convoitent les mêmes femmes ainsi du commissaire lorsqu'il interroge la maîtresse du samouraï en mettant en oeuvre tous les moyens possibles de séduction, sans succès.

On retrouve aussi le motif des hommes intègres et souvent mutiques, qu'ils soient gangsters, cambrioleurs ou résistants, doués d'un code de l'honneur et d'une éthique personnelle qui prévalent sur toute autre considération qui va inspirer plusieurs cinéastes internationaux comme Kitano, Joel Coen, Michael Mann ou encore John Woo et Johnnie To.

Le style de Melville est pourtant radicalement différent de l'éxubérance de ces cinéastes. Le style de Melville, c'est d'abord un sens de l'épure qui peut faire songer aux estampes japonaises : une sécheresse de trait, une forme d'acuité pour l'essentiel uniquement, et un sens de la dramaturgie qui ne s'embarrasse d'aucune forme de superflu. Les scènes d'action sont par exemple le plus souvent vidées de tout contenu spectaculaire : seule "l'exécution" l'intéresse, c'est à dire la façon dont les professionnels s'y prennent, la précision des gestes, la droiture des âmes et la solitude qui accompagne l'excellence acquise dans tel ou tel domaine. C'est pourquoi chez Melville, toute action s'accompagne d'une certaine ritualisation, d'une solennité qui confine à l'ascèse.

Melville se révèle ainsi l'un des grands cinéastes de l'image situation. Chez lui, l'action ne sert pas à transformer une situation mais à révéler la profonde vacuité de toute chose. Tous les hommes sont coupables et il ne sert à rien d'espérer, du moins dans ce monde-ci.

3- Bibliographie

Jean-Pierre Melville, de solitude et de nuit, Eclipses-revue de cinéma n°44, février 2009.

4-Filmographie :

1949 Le silence de la mer

Avec : Howard Vernon (Werner von Ebrennac), Jean-Marie Robain (L'oncle), Nicole Stéphane (La nièce), Ami Aaröe (La fiancée de Werner), Georges Patrix (L'ordonnance). 1h26.

Un officier allemand est logé par la Kommandantur dans une maison habitée par un vieil homme et sa nièce. L'officier, féru de culture française et partisan d'un rapprochement entre les deux peuples, aime venir chaque soir leur parler. Mais pendant des mois, les hôtes opposent à leur locataire forcé un inébranlable silence.

   
1950 Les enfants terribles
Avec : Nicole Stéphane (Elisabeth), Renée Cosima (Dargelos /Agathe), Jacques Bernard (Gérard), Edouard Dhermite (Paul). 1h47.

Paul est blessé par Dargelos au cours d'une bataille de boules de neige. Il garde la chambre, soigné par sa sœur Elisabeth. Dans "la chambre" ornée de photographies de vedettes et d'assassins, le frère et la sœur " jouent au jeu". Gérard, ami de Paul, qui aime en secret Elisabeth, est admis dans la "chambre"...

   
1953 Quand tu liras cette lettre
Avec : Juliette Gréco (Thérèse Voise), Philippe Lemaire (Max Trivet), Yvonne Sanson (Irène Faugeret), Irène Galter (Denise Voise). 1h44.

Thérèse Voise, novice dans un couvent du Midi, est rendue à la vie séculière pour gérer la librairie héritée de ses parents et veiller sur sa sœur cadette, Denise. Celle-ci s'est éprise d'une gouape cynique, Max Trivet, qui est par ailleurs le chauffeur et l'amant d'une riche étrangère en vacances sur la Côte d'Azur, Irène Forgeret.

   
1956 Bob le flambeur
Avec : Roger Duchesne (Bob), Isabelle Corey (Anne), Gérard Buhr (Marc), Daniel Cauchy (Paulo), Guy Decomble (Ledru).1h40.

Bob, dit le Flambeur, est un truand d'une cinquantaine d'années, possédé par le démon du jeu. Il passe ses nuits à jouer au poker. Menant une vie de noctambule, il n'a plus fait de "coup" depuis quelques années. Le fils d'un de ses amis, Paulo, lui voue une admiration sans réserve...

   
1959 Deux hommes dans Manhattan

Avec : Jean-Pierre Melville (Moreau), Pierre Grasset (Delmas), Jean Darcante (Rouvier), Billy Beck (Colonel Davidson). 1h24.

New York, un diplomate français, Fèvre-Berthier, a disparu. Moreau, journaliste à l'Agence France-Presse de New York, est chargé de faire une enquête sur cette disparition. Il se rend chez Delmas, photographe de presse alcoolique, mais qui connaît parfaitement la vie nocturne de New York. Ils partent à travers la ville...

   
1961 Léon Morin prêtre
Avec : Jean-Paul Belmondo (Léon Morin), Emmanuelle Riva (Barny), Irène Tunc (Christine), Howard Vernon (Le colonel). 2h05.

Une jeune femme passionnée, Barny, vit pendant l'Occupation dans une petite ville . A la fois intelligente et frustrée, Barny souffre d'élans amoureux qui la portent vers l'une ou l'autre de ses compagnes de travail. Incroyante, elle décide un jours de braver un prêtre qu'elle choisit au hasard. Et Barny se trouve prise au piège. Léon Morin est jeune, beau et intelligent et sait user de sa force morale pour indiquer à Barny les chemins de sa conversion...

   
1963 Le doulos

Avec : Jean-Paul Belmondo (Silien), Serge Reggiani (Maurice Faugel), Jean Desailly (Commissaire Clain), Fabienne Dali (Fabienne). 1h50.

Maurice Faugel sort de prison. Il est marqué physiquement et moralement. Afin de venger la mort de sa femme assassinée, il abat Gilbert Varnove et rafle les bijoux que le receleur devait livrer à Nuttheccio et Armand, puis enterre bijoux et revolver dans un terrain vague. Le lendemain, chez Thérèse, son ami Silien, que le milieu soupçonne d'être un "doulos", lui apporte le matériel nécessaire à un cambriolage..

   
1963 L'aîné des Ferchaux

Avec : Jean-Paul Belmondo (Michel Maudet), Michèle Mercier (Lou), Charles Vanel (Dieudonné Ferchaux), Stefania Sandrelli (Angie). 1h42.

Michel Maudet, vingt-cinq ans, est boxeur. Sur les conseils de son manager, à la suite d'une nouvelle défaite, il renonce à sa carrière.Il devient le secrétaire, le garde du corps et le chauffeur de Dieudonné Ferchaux, soixante-dix ans, qu'un scandale contraint de quitter Paris. Trente ans auparavant, en Afrique, il a exécuté trois hommes de race noire. La prescription n'a pu jouer et Ferchaux abandonne la banque parisienne qu'il dirige...

   
1966 Le deuxième souffle

Avec : Lino Ventura (Gustave Minda, dit Gu), Christine Fabrega (Manouche), Michel Constantin (Alban), Raymond Pellegrin (Paul). 2h30.

Gu, 48 ans dont 8 en prison, s'évade de la prison de Castres et rejoint à Paris Manouche et son garde du corps Alban. Pendant ce temps, à Marseille, Paul Ricci met au point un hold-up. Gu arrive à temps pour sauver Manouche des griffes des hommes de Jo Ricci, frère de Paul. Il les abat froidement. Pour le commissaire Blot, qui a l'air d'avoir bien connu chacun des protagonistes dans le passé, ces meurtres portent incontestablement la marque de Gu....

   
1967 Le samouraï

Avec : Alain Delon (Jeff Costello), Nathalie Delon (Jeanne Lagrange), François Périer (Le commissaire), Cathy Rosier (Valérie), Jacques Leroy (Le tueur), Jean-Pierre Posier (Olivier Rey), Michel Boisrond (Wiener). 1h44.

Jef Costello, tueur professionnel, est chargé de liquider un patron de boîte de nuit, le "Mathey's". Il prépare soigneusement son coup : sa maîtresse, Jane, sait qu'il est resté avec elle de 7 heures du soir à 2 heures moins le quart ; il a prévenu qu'il serait au cercle de jeu à 2 heures juste....

   
1969 L'armée des ombres

Avec: Lino Ventura (Philippe Gerbier), Paul Meurisse (Luc Jardie), Simone Signoret (Mathilde), Jean-Pierre Cassel (Jean-François), Paul Crauchet (Félix). 2h20.

Octobre 1942. "Ingénieur distingué des Ponts et Chaussées, soupçonné de pensée gaulliste, semblant jouir d'une certaine influence", Philippe Gerbier est interné dans un camp français puis transféré au quartier général de la Gestapo de l'hôtel Majestic à Paris. Il s'en évade en tuant une sentinelle. A Marseille, il est chargé avec Félix et Le Bison d'exécuter Doinot, qui les a trahis...

   
1970 Le cercle rouge

Avec : Alain Delon (Corey), Bourvil (Commissaire Matteï), Yves Montand (Jansen), François Périer (Santi). 2h25.

Le commissaire Matteï, de la brigade criminelle, est chargé de convoyer par le train Vogel, un détenu. Mais celui-ci s'enfuit en pleine nuit et demeure introuvable, malgré un important dispositif policier. Pendant ce temps, à Marseille, un gardien de prison propose une "affaire" à Corey au moment de sa libération...

   
1972 Un flic
Avec : Alain Delon (Commissaire Coleman), Catherine Deneuve (Cathy), Richard Crenna (Simon), Simone Valère (Mme Weber). 1h35.

Un hold-up a lieu dans une banque ; l'un des gangsters est blessé. L'argent sera enterré dans un champ, le blessé amené dans une clinique. De son côté, Edouard Coleman, jeune commissaire, enquête dans le "milieu". Il retrouve ainsi son ami Simon, propriétaire d'une boîte de nuit, et son amie Cathy, que le policier aime lui aussi...