La haine

1995

Avec : Vincent Cassel (Vinz), Hubert Koundé (Hubert), Saïd Taghmaoui (Saïd), Karim Belkhadra (Samir), François Levantal (Astérix), Edouard Montoute (Darty), Benoît Magimel (Benoît). 1h35

Générique : nuit d'émeutes opposant de jeunes voyous à la police, dans la cité des Muguets à Chanteloup-les-Vignes, en région parisienne. Ces émeutes sont consécutives à la tentative d'assassinat commise par un inspecteur du commissariat qui a provoqué la mise en coma d'un jeune résident de la cité, Abdel-Aziz Shokair, lors d'une garde à vue. Pendant les émeutes, un policier perd son revolver.

Le lendemain, la santé d'Abdel inquiète ses trois amis : Vinz, jeune blanc et juif, au tempérament agressif, qui souhaite venger Abdel ; Hubert, jeune homme noir pacifiste qui ne pense qu'à quitter la cité pour une vie meilleure et se refuse à provoquer la police, et Saïd, jeune d'origine nord-africaine et musulman, qui tient un rôle de médiateur entre Vinz et Hubert.

Vinz révèle à ses compagnons qu'il a trouvé le revolver perdu par le policier. Il s'agit d'un Smith & Wesson 44 Magnum dont il compte faire usage pour tuer un policier si Abdel ne sort pas du coma. Hubert exprime sa désapprobation. L'utilisation du revolver est un leitmotiv : Vinz le garde en permanence dans sa poche de pantalon, le dégainant à tout-va, s'attirant constamment les remontrances d'Hubert.

Les jeunes gens passent voir Abdel à l'hôpital, mais le personnel refuse de les laisser voir leur ami : leurs protestations valent une courte arrestation à Saïd, qui est presque immédiatement relâché. Les pérégrinations du trio les mènent à Paris, d'abord dans un bar où ils rencontrent un vieil homme, juif polonais, qui leur raconte un épisode de la vie dans un ghetto. Ils passent ensuite chez un certain Astérix, qui doit de l'argent à Saïd, mais la visite se termine par une confrontation violente. Dans la rue, des policiers interpellent les trois jeunes, et Hubert et Saïd sont emmenés en garde à vue, tandis que Vinz parvient à s'échapper avec son revolver. De retour à la gare Saint-Lazare, ils ratent de justesse le dernier train. Pour s'occuper, ils assistent à un vernissage dans une galerie d'art, dont ils sont renvoyés après avoir harcelé deux visiteuses. Plus tard, ils essaient de voler une voiture pour rentrer chez eux après avoir été refusés par un chauffeur de taxi.

Saïd et Hubert sont ensuite pris à partie par un groupe de skinheads, qui les menacent puis les frappent. Vinz intervient alors et sort son arme, qu’il pointe sur l’un des skinheads. Les autres s'échappent, tandis que Vinz tient son revolver sur le seul skinhead restant. Hubert provoque Vinz, l'encourageant à tirer, et Vinz craque sous la tension puis va vomir. En son absence, Saïd enjoint au skinhead de s'enfuir. De retour dans leur cité, Vinz cède son arme à Hubert. Désarmé, il est pris à partie par deux policiers, agressifs sans motif clair. L'un d'entre eux, essayant d'intimider Vinz avec son arme, le tue involontairement d'une balle dans la tête. Hubert et du policier se tenant en joue mutuellement; off le son d'un coup de feu hors-champ sur un gros plan de Saïd qui ferme les yeux ; qui des deux hommes, Hubert ou le policier, a tiré ?.

Mathieu Kassovitz commence l'écriture du scénario en s'inspirant de l'affaire Makomé M'Bowolé Zaïrois de 17 ans tué d'une balle dans la tête par un policier lors de sa garde à vue dans le 18e arrondissement de Paris en 1993 Le film est réalisé en grande partie dans les cités des Muguets et de la Noé à Chanteloup-les-Vignes, de septembre à novembre 1994. La cité est choisie pour son calme relatif, Kassovitz refusant une cité « infernale, avec de la came, où tu ne peux pas filmer, parce que des mecs te tirent dessus ». Ses infrastructures sont elles aussi en meilleur état que beaucoup d'autres cités dans lequel le film aurait pu être tourné.


Une horloge s'affiche régulièrement : le film couvre une période d'un peu moins de 24 heures, et l'horloge replace souvent l'heure à laquelle les scènes ont lieu. L'objectif du noir et blanc est d'avoir un rendu plus distancié, qui évoque les images d'actualité de période de guerre. Kassovitz filmant « ce qu'on voit tout le temps à la télévision », il souhaite le rendre exceptionnel, différent de ce que les yeux voient, avec l'utilisation du noir et blanc. Ainsi, le procédé de réalisation permet une narration plus fluide et plus libre, moins encombrée de réalisme.

Le choix du noir et blanc est également un hommage à Raging Bull et Nola Darling n'en fait qu'à sa tête, deux films que Kassovitz aime particulièrement. Vinz imite le personnage de Robert De Niro dans le film Taxi Driver de Martin Scorsese (« you talkin' to me? ») devant son miroir, et Saïd appelle régulièrement Hubert « cousin Hub », réplique des Visiteurs. Enfin, lorsque Vinz, Saïd et Hubert sont dans Paris, ils passent devant une affiche publicitaire qui a pour slogan Le monde est à vous, une référence à la devise de Tony Montana dans Scarface, The World Is Yours. L'histoire de l'homme qui tombe de l'immeuble et se dit « jusqu'ici tout va bien » est reprise du film Les Sept Mercenaires (John Sturges, 1960).