Junon et le paon
1930

Dublin, pendant la guerre civile. Un orateur incite ses auditeurs à s'unir pour le salut de l'Irlande et à ne pas se laisser entraîner dans des luttes entre républicains et indépendantistes. Une mitrailleuse tire depuis une fenêtre et provoque une panique..

Le "capitaine" John Boyle et Joxer se précipitent alors dans un bar et philosophent sur ces luttes fratricides. Joxer offre un verre à John avant de s'apercevoir qu'il n'a pas un sous en poche. Le "capitaine" se fâche et c'est Mme Madigan qui propose une première tournée aux deux compères tout en les informant de la mort de Robbie Tancred, un républicain trahi par les siens, qui a agonisé toute la nuit aux pieds d'une statue. Les deux compères compatissent... mais s'empressent de fuir dès qu'ils ont bu.

John propose alors à Joxer de venir chez lui boire une tasse de thé, seul luxe qu'ils peuvent se permettre. Junon ne sera pas là lui dit-il pour calmer son anxiété. Mais Junon, matrone responsable est bien là et surprend la conversation des deux fainéants. Jerry, un ami de Mary, la fille des Boyle, vient se plaindre à ses parents qu'elle fréquente un nouveau garçon et propose au père un travail dans les mines de Rothmines.. Ce qui provoque instantanément une crise de douleur terrible chez celui-ci.

John a laissé sa femme partir au travail en jurant qu'il dédaignerait l'unique saucisse qui peut lui servir de petit déjeuner. Mais sitôt Junon parti, il ne peut résister et la fait cuire sur le feu. Joxer vient pour la partager avec lui mais ne reçoit que l'huile pour tremper son pain. C'est quoi les étoiles ? C'est quoi la lune philosophent les deux hommes

Et soudain Junon revient avec Mary sa fille et Chris Bentham. Celui-ci est porteur d'une excellente nouvelle. John va hériter d'un de ses oncles partageant seulement son héritage avec un deuxième cousin. Il espère 2 000 livres. Junon présente la famille à Bentham : Johnny, militant républicain blessé à la hanche et qui a perdu un bras et Mary qui semble beaucoup plaire à Chris. Celui-ci se dit théosophe, adepte de la Veda hindoue, du souffle vital, du principe universel. La discussion sur les fantômes prend un tour dramatique quand Johnny s'emporte. Il hurle en croyant voir apparaître un fantôme à genoux devant la statue éclairée dehors. L'incident est oublié et John se désole que ses enfants en savent plus sur Charlie Chaplin et Tom Mix que sur saint Pierre et saint Paul. Il s'emporte aussi contre Joxer et décide de ne plus jamais le voir maintenant qu'il a décidé de changer de vie avec l'héritage. Celui-ci sort alors du balcon de la fenêtre où il s'était tapis dans la crainte de l'arrivée de Junon. Trempé de pluie, il s'en va furieux.

Junon achète un gramophone à crédit et le ramène à la maison, remplie de nouveaux meubles. Les voisins, Mme Madigan et Joxer sont invités à fête l'héritage qu s'annonce. Chacun boit et chante. La fête est interrompue par le départ de madame Tancred, autre voisine, pour l'enterrement de son fils. En pleurs, elle est consolée par Maisie Madigan et Junon pendant que Johnny semble tenaillé par sa mauvaise conscience. Il prie la statue de la vierge mais ne voit apparaître qu'un militant républicain qui vient, menaçant, lui faire remarquer son absence a l'enterrement et sa convocation à uen réunion prochaine.

John est désespérée. Chris Bentham a disparu du cabinet d'avocats et l'héritage promis semble compromis. L'information a déjà fait le tour du quartier à la grande joie de Joxer, à la rancune tenace. Il accompagne ainsi le tailleur Kelly chez Johnny qui veut récupérer les vêtements qu'il a confectionnés à crédit. Puis c'est madame Madigan qui veut récupérer son prêt de trois livres et emporte le gramophone pour le mettre au clou.

Junon est préoccupée pars fille. Elle va avec elle chez le médecin. De retour, elle avoue à John que leur fille est enceinte et que Bentham l'a abandonnée. John comprend alors, Bentham a été renvoyé car il a mal rédigé le testament. Au lieu d'écrire le nom de chacun des deux cousins il a écrit "aux premier et second cousins" laissant la porte ouverte à de prétendus cousins qui viennent réclamer un héritage... qui se volatilise en frais d'avocats. John et Johnny sont en colère contre Mary qui déshonore la famille et ne veulent plus la voir. Junon déclare qu'elle partira avec sa fille s'ils la chassent. Ils s'en moquent et chassent Junon. Resté seul dans l'appartement, Johnny est bientôt emmené de force et sous la menace des armes par deux républicains irlandais.

Junon et Mary renter une dernière fois dans l'appartement. Mary est abordée par Jerry qui voudrait l'épouser mais renonce quand il apprend qu'elle est enceinte. Junon voit l'appartement vidé de ses meubles et s'inquiète pour son fils. Mary vient la retrouver: , mon pauvre enfant n'aura pas de père. Il aura ce qu'il y a de mieux : deux mères.

Mme Madigan vient annoncer à Junon que la police a retrouvé un corps qui pourrait bien être celui de Johnny, il est amputé d'un bras. Elle doit l'identifier. Junon retourne une dernière fois dans l'appartement pleurer sur son fils. La vierge Marie ne répond pas à sa prière, elle sort de l'appartement en pleurs.

Dans Le Hitchcock de Truffaut, aucun des deux réalisateurs n'aime le film :

A. H. : Le film a été tourné avec une troupe d'acteurs irlandais. Je dois dire que je n'avais aucune envie de tourner ce film car, j'avais beau lire et relire la pièce, je n'y trouvais aucune possibilité de la raconter sous l'angle cinématographique. Pourtant la pièce est excellente et j'aime beaucoup, l'histoire, le ton, les personnages et ce mélange d'humour et de tragédie ; je me suis d'ailleurs souvenu de O'casey lorsque dans Les oiseaux, j'ai montré l'ivrogne qui annonce la fin du monde dans le bistrot. J'ai photographié cette pièce avec le plus d'imagination possible mais du point de vu du créateur cela n'a pas été une bonne expérience.
Le film a obtenu de très bonnes critiques mais je vous assure que j'avais réellement honte parce que tout cela n'avait aucun rapport avec el cinéma. les critiques louaient ce film et j'avais l'impression que j'étais malhonnête que je volais quelque chose

F.T : En effet j'ai sous les yeux une critique de l'époque : "Juno and the Peacock me semble très près du chef-d'oeuvre. Bravo monsieur Hitchcock, bravo les acteurs irlandais, et bravo Edouard Chapman (The Peacock); voila unmagnifique film britannqiue (Jame Agate dans "Tatler" mars 1930).

Je comprends très bien votre réaction parce qu'il est vrai que les critiques ont souvent tendance à évaluer la qualité littéraire d'un film plutôt que sa qualité cinématographique.

Il y a pourtant beaucoup d'investissement de mise en scène dans ce film des débuts du parlant qui ne favorise pas la mobilité de la caméra : panoramique ascendant de la rue vers Junon qui surveille, plongée, et surtout effet d'entrées dans le champ et les travellings avant sur Johnny.

Très belle analyse des bassesses humaines dues à la misère. Seule Junon paraît lucide (Tu as perdu ton meilleur principe en perdant ton bras. Les seuls principes utiles à un travailleur...) et exempte de reproches. Ce sera elle qui souffrira le plus.

Jean-Luc Lacuve le 25/05/2010

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Genre : Drame social

(Juno and the Paycock). D'après la pièce de Sean O'Casey. Avec : Sara Allgood (Junon Boyle), Edward Chapman (le capitaine John Boyle), Sidney Morgan (Joxer Daly), John Longdon (Chris Bentham), Kathleen O'Regan (Mary Boyle), John Laurie (Johnny Boyle). 1h25.

Voir : photogrammes