Scénario du film Passion
1982

JLG réalise, pour la télévision suisse-romande, ce « Scénario du film Passion » où, la plupart du temps en ombre chinoise et face à un écran lumineux (On retrouve la même situation dans le court « Changer D’image »), il explique le cheminement qu’il à empruntait pour aboutir au scénario-film « Passion ».

La Loi était-elle écrite avant d’être vue ? Moise a-t-il gravé les Tables avant ou après avoir vu la Loi ?
Pourquoi l’écrit apparait-il ? Ce sont les marchands qui l’inventent pour faciliter l’échange des marchandises et ce n’est que bien plus tard qu’il servira à la rédaction de romans.
Le scénario n’échappe pas à cette loi : ce sont les comptables qui l’exigent afin d’évaluer le coût d’un film.
Le scénario… D’abord la page blanche, l’écran blanc devant lequel se dresse la silhouette de JLG. Et la caméra doit montrer l’invisible scénario. Car il s’agit, d’abord et avant, de voir le scénario. Cela ne peut partir que d’idées vagues qui sont déjà des idées de mouvements.
Pour JLG, puisqu’il convient de s’appuyer sur d’une image, il ne faut pas lui tourner le dos comme à la télévision où seuls ceux qui la manipulent la voient.
Et ensuite vient un son : Mozart... Mais par accident, il peut venir Leo Ferré.

« Frères humains, qui après nous vivez,
N´ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci-attachés, cinq, six
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s´en rit
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre! »

Une idée vague… la vague… la grève… un mouvement de grève… Et le scénario se construit par l’apparition de deux ou trois choses. A la différence de beaucoup, de celui qui fait un film sur les étoiles et n’enquête pas sur les extra-terrestres, JLG enquête afin que ces choses apparaissent. Isabelle interprète une ouvrière, alors il convient d’aller voir dans une usine afin de répondre à quelques interrogations.
Est-ce que les gestes d’une ouvrière n’ont pas à voir avec les gestes des mains de « Ariane, Vénus et Bacchus » ? (Le Tintoret, 1576.) Est-ce que la vie n’a pas à voir avec cette Sainte Trinité : l’amour le travail et quelque chose entre les deux ?
Et d’images en sons, de sons en images, de sons-images en mouvements, il peut enfin :
« Voir si ce monde (celui de Passion) pouvait exister. C'est ça, c'est le travail du scénario. Ensuite on fait le film. Mais il faut, non pas créer un monde, créer la possibilité d'un monde. La caméra fera ce travail, rendra ce possible probable. Ou ce probable possible, plutôt. Ce qu'il faut, c'est créer une probabilité dans le scénario. (...) Créer ce probable, voir, voir l'invisible (...). Si l'invisible était visible, qu'est-ce qu'on pourrait voir ? Voir un scénario. »

Godard a beaucoup produit autour de ce film :
• Un texte intitulé « Passion, Premiers éléments » reproduit dans le tome 1 de JLG/JLG
• « Passion. Introduction à un scénario » - cahier composé de textes et d'images photocopiées, reproduit dans le tome 1 de JLG/JLG
• Un film en vidéo intitulé « Troisième état du scénario du film Passion »
• « le Scénario du film 'Passion' »

 

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Avec : Isabelle Huppert, Jerzy Radziwilowicz, Hanna Schygulla, Jean-Claude Carrière. 0h54.