L'assoiffé
1957

Vijay, un poète, ne parvient pas à vivre de ses vers. L'imprimeur lui conseille d’écrire des poèmes d’amour, d’abandonner les réflexions pessimistes sur la nature humaine qui sont son thème de prédilection. Sa famille ne le soutient pas : ses frères vendent ses manuscrits à une usine de pâte à papier et le chassent de la maison. Vijay tente de racheter ses poèmes, mais le gérant de l’usine lui apprend qu’une femme en a fait l’acquisition. La nuit, alors que Vijay dort sur un banc public, il entend une femme, Gulab, chanter un de ses textes. Il la suit, jusqu’à la maison close où elle officie. Lorsqu’elle s’aperçoit que Vijay est sans le sou, elle le chasse. En lisant un papier tombé de la poche du poète, elle réalise qu’il est l’auteur des poèmes qu’elle a achetés.

Quelques jours plus tard, Vijay croise une femme qu’il a aimée lorsqu’il était étudiant, Meena. Il se souvient de cette époque heureuse. Lors d’une réunion d’anciens élèves, Vijay interprète un poème qui est hué par la foule mais dont la tristesse retient l’attention d’un éditeur présent dans le public, Ghosh. Vijay se rend chez lui dans l’espoir d’être enfin publié, mais Ghosh, qui a reconnu en Vijay, l'amour de jeunesse de sa femme ne lui offre qu’un emploi subalterne. Il lui demande d'être domestique occasionnel pour une réception chez lui. Vijay découvre alors que Meena est désormais l’épouse de Ghosh. En fin de soirée, els deux anciens amants s'expliquent. Vijay est sans illusion : "Tu as vendu de l'amour pour de l'argent. Tu n'as jamais pensé qu'à toi. En me quittant, tu ne t'es pas soucié de mon bonheur et, aujourd'hui, tu voudrais priver ton mari du sien. Meena, le vrai bonheur dans la vie, c'est de faire celui des autres. Meena tu n'as jamais pu le comprendre et c'est pourquoi tu es malheureuse." Leur conversation est surprise par Ghosh qui n'obtient pas d'aveu de sa femme mais promet de licencier Vijay dès le lendemain.

En rentrant, Vijay sauve Gulab de la police qui la poursuivait après avoir été jetée d'une voiture sans être payée par un client malhonnête. Il déclare au policier qu'elle est son épouse puis s'en va écouter le chant d'une prêtresse de Krishna sans voir que Gulab, d'abord au pied de l'escalier, est derrière lui, bouleversée par la chanson d'amour qu'elle entend (Elle faillit mourir de chagrin d'être séparée de Krishna; Je suis à toi. Prends-moi dans tes bras).

Vijay se réveille au matin dans le parc au bord du Gange et s'éloigne de Meena venue le voir en voiture. De son coté, Gulab refuse de se prostituer et est protégée de son proxénète par Abdul Sattar qui lui fait avouer qu'elle est amoureuse de Vijay.

Vijay voit ses frères se baigner dans le Gange. Ils lui répondent de mauvaise grâce que leur mère est morte et le renient. Il se souvient qu'elle seule l'aimait. Dans une maison close devant le sarcasme de son colocataire et de ses amis, il se saoule "si grand était mon chagrin que je l'ai noyé dans le vin". Il voit ses amis obliger Bijili à danser alors que son enfant pleure et réclame des soins. Il pleure devant cette cruauté où l'argent a obligé la jeune femme à danser : "Ces ruelles, ces maisons où se monnaient les charmes. Où sont-ils les gardiens de la dignité ? Où sont ceux qui sont fiers de l'Inde ? La vertu se marchande et l'honneur se monnaie. Ces venelles où la peur a remplacé les rêves. S'ils sont si fiers de l'Inde, qu'ici on les emmène". A Gulab, venue le chercher, il cri son désespoir d'avoir tout perdu : son emploi, sa mère et souhaite mourir puisque sa poésie est estimée à une demi-roupie, le prix du papier. Il refuse l'amour de Gulab car il n'a jamais réussi à rendre quelqu'un heureux. Gulab veille sur lui mais s'endort alors que Vijay se reville donen sa veste à un mandiant et s'en va pour se suicider vers la gare. C'est le mandiant qui, le pied happé par un aiguillage, est victime du train. Mais, à la vue de la veste qu'il porte, tous croient que Vijay s'est tué.

Gulab paie alors la publication de ses poèmes par Ghosh. Le recueil connaît un immense succès. Vijay, hospitalisé, est pris pour un fou lorsqu’il affirme être l’auteur des poèmes. Ghosh refuse de le reconnaître, de même que l'un de ses amis. Interné, il s’évade avec l’aide Abdul Sattar, un ami, masseur ambulant. Le premier anniversaire de sa prétendue mort donne lieu à une grande cérémonie publique, perturbée par l’arrivée de Vijay qui se fait reconnaître et crie son dégout de ce monde hypocrite et dominé par l’argent. Une émeute éclate au cours de laquelle Gulab est blessée. Immédiatement, l’entourage de Vijay cherche comment exploiter ce retournement de situation, et une autre célébration est organisée, pour fêter le retour du poète. Choqué par tant de duplicité, Vijay revient sur ses mots et affirme ne pas être l’auteur des poèmes. Malgré l’insistance de Meena, il refuse la célébrité qui lui est offerte, et quitte la ville en compagnie de Gulab.

La musique est composée par S.D. Burman et les paroles sont écrites par le poète de langue ourdoue Sahir Ludhianvi. Les chansons (duo romantiques et lyriques, morceaux comiques ou nostalgiques) Mais Pyaasa se distingue surtout par la place accordée à la critique sociale dans ses chansons; "où sont ceux qui sont fiers de l'Inde ? " chante Vijay qui erre dans le quartier des prostitués et rejete violemment un monde hypocrite, dominé par l'argent, et où seuls les morts sont respectés. La fin est modifiée à la demande des distributeurs, qui trouvent la fin initialement prévue trop sombre. La version initiale s'achevait à la fin de la conversation entre Meena et Vijay. Ce dernier quittait la pièce, sans que l'on sache où il allait, alors que dans le film finalement distribué Vijay part avec Gulab.

Guru Dutt écrit une première version du scénario en 1947-1948, avant de le retravailler avec l'aide d'Abrar Alvi, un de ses fidèles collaborateurs. Dans cette première version Vijay était peintre et non poète. Le rôle principal été prévu pour Dilip Kumar, mais celui-ci refuse un rôle trop proche de celui de Devdas qu'il avait interprété quelques années auparavant. L'histoire de Pyaasa présente des similitudes avec celles de Devdas, un roman maintes fois adapté au cinéma. En particulier, Gulab évoque fortement la courtisane Chandramukhi. Mais plus qu'au personnage de Devdas, dont il ne partage pas l'égocentrisme, c'est à une figure christique que Vijay fait penser. Pendant que Ghosh lit un article portant sur le suicide de Vijay, son épouse lit un magazine dont la une représente le Christ en croix. Et lorsque Vijay, pour ainsi dire ressuscité, se révèle à ses admirateurs, il apparaît les bras en croix, dans un halo de lumière.

Johnny Walker était initialement prévu qu'il joue Shyam, l'ami opportuniste de Vijay qui finit par le renier. Mais Johnny Walker était connu et apprécié pour ses rôles comiques, et après avoir tourné quelques scènes, Guru Dutt renonce à lui faire interpréter ce personnage à contre-emploi, pour ne pas destabiliser le public. Il lui confie finalement le rôle, plus attendu, d'Abdul Sattar.

L'assoiffé est un succès commercial, et arrive en troisième place du box office indien en 1957. Les malheurs de Vijay sont à mettre en relation avec les problèmes auxquels doit faire face la jeune Union Indienne.

Bibliographie :

 

Test du DVD

Editeur : Carlotta-Films. Septembre 2012. Coffret 2DVD. Nouveaux masters restaurés HD. Version Originale. Sous-Titres Français. 35 €

DVD1 : L'assoiffé, DVD2 : Le maître, la maîtresse et l'esclave.

Suppléments :

  • Introductions de Charles Tesson (2012, 2 x 7')
  • A la recherche de Guru Dutt (Nasreen Munni Kabir, 1989, 1h30).

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Genre : Drame social

(Pyaasa). Avec : Guru Dutt (Vijay), Waheeda Rehman (Gulab), Mala Sinha (Meena), Mehmood (le frère de Vijay), Rehman (M. Ghosh), Johnny Walker (Abdul Sattar), Kumkum (Juhi). 2h19.

Voir : photogrammes
dvd chez Carlotta Films