Le Gamin au vélo
2011

Cyril, bientôt 12 ans, n'a qu'une idée en tête : retrouver son père qui l'a placé provisoirement dans un foyer pour enfants. Son éducateur lui démontre que son père a changé de numéro de téléphone mais rien n'y fait, Cyril veut le retrouver. Il ne parvient pas à s'échapper du foyer mais s'échappe de l'école, prend le bus et arrive devant l'interphone de l'immeuble de son père. Le concierge lui confirme que son père a déménagé et refuse de lui ouvrir. Du coup, Cyril prétexte une chute en vélo et se fait ouvrir la porte par la réceptionniste du centre de soin. Il grimpe au cinquième étage où il habitait mais le voisin lui confirme que l'appartement est vide et l'oblige à partir. Cyril s'y refuserait si les éducateurs du centre n'arrivaient à sa recherche. Il se réfugie alors dans le centre de soin, s'agrippant pour finir à une jeune femme. Pour le calmer, son éducateur lui propose de lui montrer l'appartement de son père. Il est vide sans même le vélo qu'il tenait tant à revoir.

De retour au centre, il est surpris de voir Samantha, la jeune femme du centre de soin à laquelle il s'était accroché. Celle-ci, ayant entendu qu'il cherchait son vélo, l'a recherché dans la cité et l'a racheté à son nouveau propriétaire qui a affirmé que le père de Cyril le lui avait vendu. Celui-ci refuse cette explication et remercie à peine Samantha. Juste avant qu'elle ne parte, il lui demande si elle ne voudrait pas lui servir de famille d'accueil. Samantha promet de téléphoner pour obtenir l'autorisation du directeur.

Cyril est chez Samantha. Il parcourt la cité en vélo à la recherche de son père et finit par découvrir à la station-service une petite annonce où son père vend sa moto ainsi que le vélo de Cyril. Effondré celui-ci, fait couler l'eau du robinet dans le salon de coiffure de Samantha bien qu'elle lui demande de nombreuses fois d'arrêter. Il finit par avouer sa désillusion quant à la vente de son vélo....

Le gamin au vélo narre le parcours d'un enfant qui ne s'estime à sa place nulle part depuis qu'il a été abandonné par un père désespérant d'irresponsabilité. Durant cette errance, il pourrait être emprisonné, mourir ou tout simplement être sauvé par un ange.

Si la grâce reçue au bout de l'épuisement est une constante dans l'univers pourtant majoritairement réaliste des Dardenne, jamais encore, ils n'avaient à ce point renoncé à la vraisemblance psychologique pour mettre en scène, un ange fut-il un ange maternel. Samantha, invraisemblable coiffeuse de banlieue, devra déployer des trésors de finesse psychologique, de persévérance, de constante attention, de dévouement et d'amour lumineux pour sauver de l'autodestruction le jeune Cyril. En creux, et parce que, faut-il le rappeler, dans la réalité les anges n'existent pas, les Dardenne montrent à quel point il est presque impossible aujourd'hui de rendre à la joie de vivre des enfants brisés par l'absence d'amour.

L'énergie physique pour survivre

L'énergie physique est ce qui reste à Cyril après le départ de son père et il n'aura de cesse d'épuiser cette énergie jusqu'au long retour en vélo d'après le vol et la remise sans succès de l'argent au père. Dès la première scène les Dardenne font fi de la vraisemblance psychologique, ne cherchant pas à indiquer pourquoi ce jour-là Cyril se révolte pour rejoindre son père. Seules importent les courses dans le bureau, sur le terrain de sport, dans l'école, en bus pour finir, haletant, devant le porche de l'immeuble. Ensuite Cyril recherche son père, défend son vélo contre les vols. Logiquement, il ne pourra jouer au football dans ce terrain trop bien clos qui aurait marqué son acceptation dans la cité. La course le conduit la vers la bande de Wes qui lui tend un piège cherchant à transformer son énergie en celle d'un pitbull. Celle-ci se manifestera dans sa lutte avec Samantha pour sortir agresser le libraire. Même le désespoir de Cyril est physique. Il se meurtrit ainsi le visage après l'abandon dont il est victime de la part de son père. L'énergie physique est une forme de survie mais elle empêche aussi la réflexion. Ce n'est qu'avachi sur la cuvette du salon de coiffure que Cyril doit admettre la trahison de son père. Ce n'est qu'épuisé par la longue course en vélo, qu'il s'en remet à Samantha. Il s'agit bien moins d'un processus psychologique que d'un épuisement qui permet d'accueillir une autre solution, une autre direction de vie.

La rencontre avec l'ange

Plus constant encore dans le refus de la psychologie es l'attitude angélique de Samantha, se dévouant sans raison autre que l'étreinte initiale de l'enfant, pour trouver le vélo, le racheter, accepter d'accueillir l'enfant, accepter ses caprices avec l'eau, ses mensonges, n'hésitant pas à choisir Cyril contre son compagnon dont elle accepte le départ, ne se révoltant pas contre son agression à coups de couteau pour commettre le vol. Une fois admis ce surhumain amour désintéressé, les plus beaux passages sont justement ceux où elle veille sur Cyril, intervenant pour le sauver de Wes au milieu de la nuit, refusant de le condamner face à son compagnon, puis à la fin s'amusant avec lui en vélo au bord de la rivière. Le jeu constamment lumineux, posé et incarné de Cécile de France est l'exact opposé de celui buté, impénétrable, fuyant de Jérémie Régnier.

Comme dans tout film sur la grâce il faudra une dernière épreuve pour vérifier que Cyril a changé, n'en veut plus à la terre entière et pas même à ceux qui le blessent. La musique intervient deux fois pour signaler qu'il va s'agir de savoir si le basculement est possible. Cyril va bien au-delà de l'attitude conciliante, raisonnable, humaine du libraire mais finalement et nécessairement égoïste qui le fait d'abord chercher à protéger son fils. Cyril, bravement, s'en va sans haine.

Seuls les anges aujourd'hui peuvent ramener à la douceur et à la vie sociale les exclus, brisés par le manque d'affection. Pas sûr donc que le film soit bien optimiste

 

Jean-Luc Lacuve le 20/05/2011

 

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Cannes 2011 : Grand prix du jury Avec : Cécile de France (Samantha), Thomas Doret (Cyril), Jérémie Rénier (Guy Catoul), Fabrizio Rongione (le libraire), Egon Di Mateo (Wes). 1h27.
Genre : Drame de l'enfance