Naissance d’un hôpital
1991

Début mai 1980, Pierre Riboulet reçoit l'enveloppe des Hopitaux de Paris pour le concours d'architecture du futur hôpital Robert Debré. Il est l'un des six architectes, n'ayant jamais construits d'hôpitaux, sélectionnés afin de trouver des solutions nouvelles. Il a un délai de cinq mois, jusqu'au début novembre 1980, pour élaborer son projet. Le programme, immense, devra comporter 500 lits de pédiatrie, un service de chirurgie infantile, une maternité. L'ensemble sera constuit sur un terrain de 7000 m2 dont les deux principales caractéristique sont d'être en forte pente et en bordure du périphérique bruyant.

Le 10 mai 1980, Pierre Riboulet revient du périphérique bruyant avec l'idée que la ville se défend contre les forces obscures qui la travaillent. Il décide de prendre des notes pour garder trace de ces cinq mois où il devra tout dire avec quelques idées, quelques dessins, quelques maquette, une conviction personnelle... C'est à dire presque rien en face des élections, de la finance, des règlements.

Dès le 12 mai, se fait jour l'idée principale : une grande forme curviligne qui prend assise sur le relief, le prolongeant, en forme de conque à gradins qui tournera le dos au périphérique.

Le 13 mai, il imagine une entrée par le toit comme une promenade sur les toits de Paris. Les enfants y entreront depuis la rue, sans inquiétude, dans un endroit qui sera comme une autre rue avec beaucoup de chose à regarder. Il lit L'enfant et la mort de Ginette Rimbaud et se demande s'il pourra signifier le tragique dans l'espace. Pourra-t-il exprimer l'assurance des choses face à la mort ; un batiment solide refuge contre la mort ? Cette rue intérieure, il la voit déjà. Elle sera, non pas un édifice, mais un espace intérieur, une grande école, les enfants doivent en avoir la mémoire.

Le 3 juin : la maquette au millième avec la grande structure courbe est réalisée. Mais tourner le dos au bruit, c'est perdre une façade éclairante. Ainsi, le 6 juin décide-t-il d'un bâtiment écran, de nouvelles fortifications, beaucoup de surfaces pleines, massives, à combiner avec la pente du terrain.

Le 9 juin, il commence à transcrire en dessin la maquette pour mesurer les surfaces disponibles, pour installer le programme où il constate l'intégration et autonomie des services. la rue galerie sera un filtre, "un gardien stérile". L"entrée au plus haut, sur le boulevard Serrurier donnera àccès à tout ce qui est le plus public. Au centre la, maternité espace courbe et calme. A l'ouest : la médecine et la chirurgie. Les laboratoires dans le bâtiment écran, un bâtiment technique entre les deux, plus à l'ouest, les urgences et les services généraux, plus bas encore, la morgue. Au centre, la psychiatrie sur les jardins. Pierre Riboulet écoute de la musique en travaillant et fait un parallèle avec l'architecture où il s'agit aussi que les formes vibrent.

Des problèmes restent à résoudre : une seule entrée est exigée mais comment différencier, servir les niveaux le garage, les urgences dès l'entrée.

Le 21 juin. Les volumes s'organisent avec quatre plateaux constructibles, les ascenceurs, escalier et gaines, les grands espaces avec des espaces emboités. L'architecte lutte avec le rêve et les symboles ; la forme sort des doigts ; l'image mentale formée dès les premiers jours est encore le moteur.

Le 2 juillet travail sur les trois niveaux du sous sol dont la forme provient du garage, aux dimensions des rayons de braquage des camions de pompier, des formes rondes arssurantes de : 14, mètres de rayon. Ces problèmes techniques sont créateurs de défis, les formes rondes sont un contrepoint musical à la grande courbe. Comment être compris du jury ?

Le 4 juillet. L'église au milieu du terrain est gênante, anachronique. Elle est vide. pas belle, porte les connotations négatives de l'au-delà, de la mort. Peut-on la démolir ? Le 7, l'église se révèle intouchable. Elle résulte du vœu d'un évêque, enterré dessous. C'est l'obstacle de la loi, presque métaphysique. Il faut s'en accommoder, lui ouvrir un espace sur le quartier, pas sur l'hôpital. Les ideés se referment puis se dénouent.

18 juillet : seconde maquette, riche dans ses détails avec les 230 mètres de la garnde allée centrale, desservie par six tours d'ascenseurs, des interruptions pour donner du jour, quatre étages au dessus du zéro, la galerie publique ne sera pas sur le toit. "Le fonds du sac, disait Le Corbusier à la fin de sa vie, c'est d'émouvoir". Ceux qui y vivent ou y passent doivent être transformés par l'architecture elle-même.

Le 2 août, début d'un mois de travail à la campagne. Ni fonctionnalité pure, ni maniérisme. Le 6 août, revient au probleme des dessertes.

Le 10 août, l'architecte maitrise le projet et le programme concrétisation aboutie de la première image mentale. Il écoute France musique et son programme de musique du XVIIe. La masse construite est considérable. Mais de nulle part on ne peut voir les douze étages du fait de la composition en gradins. Il le vérifie à l'endoscope.

Le 14 août, plan au 500e, tous les locaux à l'échelle leur donner une forme. c'est un travail minutieux où plusieurs essais sont nécessaires et qui durera jusqu'à la fin du mois.

Le 23 août, débordé, il reprend le journal malgté la lente description graphique du programme, poussières de cellules minuscule, extrême spécialisation de la médecine d'aujourd'hui, insister sur les espaces qui relient.

Ne pas séparer l'architecture du travail fonctionnel. Sans quoi, on a des bâtiments mais pas d'œuvre, des lieux où on se sent différent. La synthèse est nécessaire. Ce travail précis et fin où l'on ne pas tricher, cette ascèse, est un artisanat, le travail lent et méticuleux d'une tapisserie. Il procure un bonheur égoïste lorsque la planche est bonne. Ce travail seul est nécessaire pour constuire une œuvre personnelle... à ne pas sacrifier. Merveilleux mois d'août consacré toute entier au travail, imprégné de musique. Les dessinateurs vont pouvoir dorénavant agrandir ses plans.

A partir de septembre, en effet d'autres personnes vont travailler sur le dossier enrichir le projet, fonctionnel et technique, formel mais l'œuvre aura acquis la force suffisante pours s'échapper de lui, pour résister aux forces extérieures qui pourraient la détruire.

Le 2 octobre : plan du laboratoire avec ses fonctions protectrices. Le 18 octobre: plan des différentes parties. Le travail manuel est l'assise du travail intellectuel, son humus. Pierre Riboulet voit de la céramique blanche des décrochages mettant en valeur pelouses et jardins sur les terrasses

19 octobre : son journal lui permet de se souvenir des début. Il "retourne" sur le terrain comme en mai et voit désormais l'hopital fini, un lieu capable de lutter contre la mort.

L’hôpital Robert Debré, cet immense vaisseau ancré dans un méandre du périphérique parisien, est l’œuvre de Pierre Riboulet. Ce documentaire reprend le journal intime tenu par l’architecte alors qu’il concourait sur le projet. De la première esquisse à la maquette, nous suivons cette gestation qui est aussi l’occasion pour le créateur de méditer sur la beauté face à la maladie, l’art face à la mort.

Pendant 5 mois, de mai à octobre 1980, l’architecte tient le journal de son travail. On y assiste à la naissance sur le papier d’un hôpital d’un type nouveau. À sa manière, un tel témoignage évoque un récit d’aventures : pour son auteur, il s’agit de se livrer à une course d’obstacles (fonctionnels, économiques, techniques, esthétiques), avec, à l’horizon, la création d’un lieu de vie, ouvert à la ville et à la lumière, capable de surmonter l’angoisse. C’est la première fois qu’un architecte communique ainsi le cheminement de son travail, en décrivant, à partir d’un projet précis, son processus de création. Jean-Louis Comolli a adapté cinématographiquement le journal de l’architecte. On y voit Pierre Riboulet au travail : dessins, esquisses, plans… Le texte du journal est dit par l’architecte.

Jean-Luc Lacuve le 23/08/2011

critique du DVD
Editeur : Montparnasse, août 2011. Coffret 2 DVD, 5h20.

DVD1 : Naissance d’un hôpital (1991, 1h05), La Vraie Vie (dans les bureaux) (1993, 1h17), DVD2 : Le Concerto de Mozart (1997, 1h25), L’Affaire Sofri (2001, 1h05).

Supplément : Filmer aujourd’hui. (2010, 0h27).

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Téléfilm produit par l’INA et Arte France. Avec : Pierre Riboulet. 1h07.

dvd chez Carlotta Films
Genre : Documentaire