Que la bête meure

1969

Genre : Film noir

D'après le roman The Beast must die de Nicolas Blake. Avec : Michel Duchaussoy (Charles Thénier), Jean Yanne (Paul Delcourt), Caroline Cellier (Hélène Lanson), Anouk Ferjac (Jeanne Decourt), Maurice Pialat (le commissaire). 1h53

Un enfant de 9 ans est tué par un chauffard qui prend la fuite. Son père, Charles Thenier écrivain pour enfants, et veuf de surcroît, décide après l'échec de l'enquête policière de retrouver le coupable.

Le hasard le met sur la piste. Un paysan a vu un couple d'automobiliste nettoyer, à proximité du lieu de l'accident, une puissante voiture dont l'aile gauche était endommagée. Il a cru reconnaître la passagère : l'actrice de télévision Hélène Lanson. Charles se rend à Paris, où, se faisant passer pour un industriel, il fait la connaissance de la jeune femme et devient son amant. Elle lui parle de son beau-frère, Paul, garagiste à La Rochelle dont elle a été la maîtresse.

Hélène prend la décision d'emmener Charles chez Paul. C'est un être vulgaire et dur qui mène à la baguette sa femme Jeanne et son fils Philippe, âgé de douze ans. Celui-ci voue une haine farouche à son père. Charles et Philippe deviennent amis.

Un jour Charles a l'occasion de tuer Paul qui vient de glisser en haut d'une falaise, mais il ne le peut. Quelques jours plus tard, Paul et Charles partent seuls faire du bateau. Alors qu'ils sont au large, Paul sort un revolver. Il a lu le journal de Charles et s'en est emparé. Il prend plaisir à l'humilier, à le ridiculiser. Il le chasse de la maison. Hélène part avec lui. Charles lui avoue quel était son but ; c'est alors que la radio annonce la mort de Paul, empoisonné à la strychnine. Charles décide de faire demi-tour.

Philippe s'accuse du meurtre mais la police a retrouvé le journal de Charles. De fortes présomptions pèsent contre lui. Le lendemain, Charles écrit à Hélène, afin d'innocenter le jeune garçon, puis il prend un bateau et disparaît vers le large...

Il existe un chant sérieux de Brahms qui paraphrase l'Eclésiaste : "Il faut que la bête meure ; mais l'homme aussi. L'un et l'autre doivent mourir."

Comme avait si bien pu l'écrire Homère dans "L'Illiade" chaque mort est individuelle et ne peut se décrire communément. La mort de l'enfant et la mort du chauffard sont inacceptables.

Les raisons que se trouve Andrieux pour tuer sa victime au contact du chauffard, responsable de la mort de son enfant ne peuvent justifier son acte.

Andrieux avait tout fait pour être un assassin froid, il est repris par la vie. Il y aurait vanité à penser que seule la bête assassine en lui doit mourir, lui tout entier doit disparaître. En révélant dans le dernier quart d'heure du film que l'écriture du carnet était un acte prémédité destiné à le protéger de la police, Andrieux perd la sympathie directe du spectateur. Celui ci est pris à contre pied dans son acceptation des gestes du père vengeur. Il peut même être tenté de croire que c'est bien Philippe qui a tué son père. Cette hypothèse ne tient pas en regardant attentivement la fin du film.

Scènes remarquables :

La révélation de la machination dans le cadre "enchanteur" du restaurant. La scène du repas familial, véritable jeu de massacre dans lequel Jean Yanne s'en donne à coeur joie. La scène de la pêche vue d'un point de vue d'entomologiste.