Madame Bovary

1991

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D'après le roman de Gustave Flaubert. Avec : Isabelle Huppert (Emma Bovary), Jean-François Balmer (Charles Bovary), Christophe Malavoy (Rodolphe Boulanger), Jean Yanne (M. Homais), Lucas Belvaux (Léon Dupuis), Jean-Louis Maury (M Lheureux), Florent Gibassier (Hippolyte), Jean-Claude Bouillaud (Monsieur Rouault). 2h22.

D'origine paysanne, Emma Rouault a épousé un veuf, Le docteur Charles Bovary. La vie de province ennuie profondément la jeune femme, tout comme son mari dont la "conversation est plate comme un trottoir de rue".

Invitée à un bal, grisée par le luxe et la musique, Emma connaît le plus beau jour de sa vie. Sans lendemain... Charles ne comprend rien à la langueur de son épouse : n'a-t-elle pas tout pour être heureuse ? Peut-être trouverait-elle des distractions dans une ville plus importante... Le couple va s'installer à Yonville où il y a, c'est vrai, plus de monde et d'animation : le sentencieux pharmacien Homais; le jeune Léon Dupuis, amateur de musique et de poésie comme croit l'être Emma, qui recherche sa compagnie. Lorsque Léon part à Rouen compléter ses études de notariat, Emma se retrouve encore plus seule, en dépit de la naissance d'une enfant dont elle ne s'occupe guère. Charles, humble et terne, l'irrite; personne ne la comprend, pas même l'abbé Bournisien.

Vient le jour des comices agricoles et la rencontre avec Rodolphe Boulanger, séduisant chatelain qui n'a aucun mal à faire d'Emma sa maîtresse. " J'ai un amant " se réjouit la jeune femme qui entrevoit de refaire sa vie avec Rodolphe. Mais celui-ci ne l'entend pas de cette oreille et la quitte.

Emma semble avoir tourné une page : elle dépense sans compter, chez Lheureux, le drapier qui lui confectionne des robes somptueuses; elle entame une liaison avec Léon, retrouvé à Rouen. Mais elle accumule les dettes et Lheureux menace de saisir ses biens et la maison de Bovary, qui ne s'est aperçu de rien. Aux abois, Emma réclame en vain de l'argent à Rodolphe, à Léon. Désespérée, elle dérobe de l'arsenic chez Homais et s'empoisonne. Auprès de la mourante, Charles sanglote : "Est-ce ma faute ?".

Alors que Flaubert réussit à être parfaitement réaliste ; s'investissant tout autant dans la description d'un arbre, d'une cérémonie ou d'un sentiment ; étant à la fois partout (Mme Bovary c'est moi) et nulle part, Claude Chabrol accentue le naturisme latent du roman. Alors que dans le roman, on est plutôt du côté du médecin, du mari, que l'on comprend, Chabrol est totalement aux côtés d'Emma .... ou d'Isabelle Huppert, magnifique d'énergie et de vitalité.

Emma, toujours habillée de clair (bleu ciel ou blanc), prend toutes les initiatives, accueille, invite alors que Charles, jamais caricaturé et déplaisant, habillé de noir, annone ses réparties et ne sait jamais que faire.

Moins terrienne que Valentine Tessier chez Jean Renoir, moins romantique que Jennifer Jones chez Vincente Minnelli, Isabelle Huppert impose un personnage plus résolu qui butte sur la domination sociale. Comme souvent chez Chabrol, c'est la domination masculine qui est dénoncée, domination basée sur l'inertie (Charles), l'incompréhension (le prêtre), la veulerie ou la bêtise (Homais).