I - Du néo-gothique anglais à la culture gothique des années 80

 

Le gothique sans Goths

Le gothique dont s'inspire Tim Burton n'a que peu à voir avec le style gothique qui fleurit en France entre le XIIème et le XVIème siècle et dont le nom est donné par les Italiens pour dévaloriser le nouveau style flamboyant venu de France. Celui-ci concurrence le goût classique romain dont les Italiens s'étaient fait les champions et ils tentent alors de faire passer pour barbare (Goth) ce nouveau style.

Le Gothique dont s'inspire Burton est déjà plus proche du style néo-gothique né au milieu du 18e siècle en Angleterre qui fait revivre des formes médiévales, en contraste avec les styles classiques dominants à l'époque. Après le néogothique de Christopher Wren appliqué aux universités comme Oxford se développe en effet une deuxième période en phase avec le développement du roman gothique en littérature.

 

Le roman gothique

Le roman gothique est un genre littéraire anglais qui naît avec Le château d'Otrante d'Horace Walpole (1764), pour s'éteindre progressivement à partir de 1830. Il marque un grand fossé avec l'esprit des lumière et par une remise en cause des philosophes

Horace Walpole, noble et homme politique anglais, se fait ainsi construire un château de style médiéval sur la colline de Strawberry Hill. Le premier, Walpole va réunir les ingrédients du roman gothique historique : action située dans le passé mythique des croisades, décor médiéval, présence du surnaturel, personnages contemporains victimes des mystères du passé.

A côté du roman gothique sentimental paraissent des œuvres qui se caractérisent par une atmosphère d'horreur plus prononcée comme en témoignent Vathek, conte à la manière orientale écrit en français par William Thomas Beckford en 1786, puis le célèbre Moine de Matthew Gregory Lewis (1796). On peut également rattacher à cette période dite "frénétique" Le manuscrit trouvé à Saragosse du Polonais Jean Potocki, également rédigé en français.

En 1818 paraît le célèbre Frankenstein de Mary Shelley, un roman charnière profondément enraciné dans la tradition gothique et considéré a posteriori comme le prédécesseur de la science-fiction. La parution la même année de deux romans qui parodient le genre gothique (Northanger Abbey de Jane Austen et Nightmare Abbey de Thomas Love Peacock) signe la fin de l'Age d'or du roman gothique. En 1820, l'Irlandais Maturin publie encore Melmoth, l'Homme Errant.

On peut d'ailleurs parler, au tournant du XIXe siècle, d'une mode romanesque dite "néogothique" avec des oeuvres aussi célèbres que L'étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde (1886) de Robert Louis Stevenson, Le Portrait de Dorian Gray (1890) d'Oscar Wilde ou encore le Dracula (1897) de Bram Stoker, tant l'imaginaire et les codes esthétiques du genre originel abreuvent le style et la structure de chacun des récits, même si beaucoup préfèrent toujours parler de "littérature fantastique", voire de roman d'horreur.

Le roman gothique se caractérise par la présence d'un certain nombre de lieux communs au genre :

 

La culture gothique des années 80

Dérivé de la culture punk, le mouvement Gothique date des années 80. En plus de leurs goûts musicaux spécifiques, on reconnaît les adeptes surtout à leur esthétique vestimentaire macabre, privilégiant le noir, un maquillage sombre provocateur, des piercings, des colliers à pointes et aussi des bijoux en forme de crânes.

la culture Gothique est associée au goût pour la magie, le surnaturel et l'ésotérisme mais aussi à des conduites auto-agressives pouvant conduire à l'automutilation et aux tentatives de suicide.

 

II - Les motifs gothiques chez Tim Burton

 

Goût pour le gothique flamboyant dans son esthétique (ses flèches rectilignes dans Batman ou la navette échouée de La Planète des Singes) et le design des armures (Edward Aux Mains d'Argent et Sleepy Hollow). Pour les rites ancestraux de Noël et Halloween. Le culte des morts contamine d'ailleurs souvent Noël qui ne renvoie pas tant à la naissance du Christ qu'à des éléments tragiques : le rejet d'Edward, la fin du rêve de Jack Skellington, le début de l'œuvre maléfique du Pingouin et son abandon par ses parents. Ce qui l'intéresse dans les fêtes de Noël, c'est les cadeaux et l'imagerie non la naissance du Christ. Tim Burton est fasciné par les jouets, les rubans et les frises, les clowns (Batman Le Défi), les mimes (Batman) et les engrenages (Edward aux Mains d'Argent, Sleepy Hollow). Bref par le monde de l'enfance.

La forêt et les arbres

La forêt est toujours le passage vers un autre monde, l'arbre, une porte de sortie et le vestige d'un passé inquiétant et mystérieux. Le Cavalier sans tête surgit de l'Arbre de mort pour exécuter ses basses besognes, Jack Skellington est transporté dans le monde merveilleux de Noël par une ouverture dans un arbre magique, Batman vit reclus au-delà d'une forêt inquiétante. Dans la Planète des singes Leo, accompagné de quelques humains ainsi que de Ari et son protecteur Krull, s'échappe de la ville simiesque par la dense forêt qui l'entoure. De même dans Big fish, une foret maléfique entoure la ville et son entrée est marquée par un arbre géant.

La tombe de beetlejuice
le rêve dans le rêve de Big fish

 

Les mains

Le geste "terrifiant" de Bela Lugosi dans Ed Wood, le bras qui se détache permettant à Sally de se libérer, les marques sur la main d'Ichabod Crane dans Sleepy Hollow : Tim Burton est obsédé par les mains, qui expriment la finition et la perfection d'un être humain. Edward possède des ciseaux, le Pingouin des nageoires et des Sweeney Todd des rasoirs. C'est cela qui les rend différents, non-humains. Avant d'être un cinéaste, Tim Burton est un dessinateur et ce don lui a permis de fuir son quotidien maussade. Sans ses mains, il serait peut-être toujours un anonyme habitant de Burbank, son cauchemar.

   

 

Les têtes

Tim Burton a une fascination morbide et jubilatoire pour la décapitation. De Sleepy Hollow et son Cavalier sans tête qui décapite ses victimes à L'Etrange Noël de Monsieur Jack et ses crânes détachables en passant par Mars Attacks et ses têtes séparés du tronc qui s'embrassent, Tim Burton aime jouer avec les têtes de ses personnages, imposer à celles-ci des transformations et des mutations. Elles arborent souvent d'impressionnantes cicatrices - Edward aux Mains d'Argent, Sally de l'Etrange Noël de Monsieur Jack ou un sourire permanent, Le Joker dans Batman. Le cerveau est souvent proéminent - les Extra-terrestres de Mars Attacks, le savant fou de l'Etrange Noël de Monsieur Jack et parfois pour la cacher, on utilise un masque ou un costume : Batman, Catwoman ou Jack Skellington en Père Noël.

 

Beetlejuice
Sleepy hollow

 

Les fenêtres

Ouverture de Batman 2
Ouverture de Edward

 

Les gargouilles

La tombe de beetlejuice
la mort qui guette dans Batman

 

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L'inspiration gothique de Tim Burton