Nous le peuple

Claudine Bories, Patrice Chagnard
2019

Avec : Fanta, Joffrey, Soumeya, Danièle Obono, Ugo Bernalicis, François de Rugy, Yaël Braun-Pivet,  Nicole Belloubet . 1h39

Roulement de tambours. Le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, pénètre dans l’Assemblée, entouré d’une cohorte solennelle d’officiers. Il va ouvrir une séance consacrée à la révision de la constitution. La présidente chargée de proposer un nouveau texte se réjouit de porter le projet du président de la République qui, d’après ses dires, exige de changer profondément les modalités politiques en France. Quelques minutes plus tard, c’est à la Ministre de la Justice de prendre la parole dans l’hémicycle et de revendiquer la légitimité de l’Assemblée nationale à s'exprimer au nom du peuple mais sans lui.

Pendant ce temps là, trois groupes réunis par une association d'éducation populaire planchent sur la constitution. Le premier est constitué de prisonniers de Fleury-Mérogis (Essonne), l’autre des femmes des associations de quartier de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), le troisième des lycéens de Sarcelles (Val-d’Oise). Ces trois groupes ne se rencontrent pas, mais travaillent durant un an à ce même projet, en communiquant régulièrement par messages vidéos.

Très vite,ils prennent conscience que le projet un peu fou d’écrire une nouvelle Constitution risque d'être mal reçu si l'on sait qu'il provient de groupes déjà discriminés sans légitimité particulière. Joyeux, lucides,ils décident d'écrire un beau texte et seulement après, paf ! de dire de qui il provient.

Et puis bientôt ils veulent être récompensés de leurs efforts et être reçus à l'assemblée nationale. Une délégation de lycéens assiste donc à une séance mais cela ne suffit pas: ils font une demande d’audition par la commission de l’Assemblée nationale travaillant à la réforme est déposée par les organisateurs des ateliers pour lui présenter cette initiative citoyenne. Yaël Braun-Pivet rejette leur demande dans un courrier condescendant.

Les groupes s’adressent alors aux députés de la France insoumise, Danièle Obono et Ugo Bernalicis de la commission des lois. Ils leur demandent d’organiser une réunion avec les députés conviés au premier débat sur la loi, juste avant celui-ci.

C’est avec joie que se retrouvent ainsi à Paris, des membres des trois groupes. Deux députés en plus des organiseurs Danièle Obono et Ugo Bernalicis, sont là pour les écouter. L’émotion est palpable.

Quelques jours plus tard, Danièle Obono, au nom de la France insoumise et des trois groupes présentera un amendement qui sera rejeté car , dira-t-on, pas de nature constitutionnelle. C’est néanmoins une victoire pour les trois groupes qui, joyeusement, brûlent la lettre hors de propos de Yaël Braun-Pivet.

En 2017, après l'élection d’Emmanuel Macron et son voeu de réformer la Constitution française au nom d’un « renouveau démocratique », l’association d’éducation populaire Les Lucioles du doc, organise des ateliers « constituants » auprès de populations en souffrance sur le territoire de la République.

Après pres d'un an pour suivre ces ateliers, trois d'ntre eux sont filmés par Bories et Chagnard. L’un regroupe des détenus de Fleury-Mérogis (Essonne), l’autre des femmes des associations de quartier de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), le troisième des lycéens de Sarcelles (Val-d’Oise). Ces trois groupes ne se rencontrent pas, mais travaillent durant un an à ce même projet, en communiquant régulièrement par messages vidéos.

Le film a été tourné entre janvier et juillet 2018, soit quelques mois avant la révolte de gilets jaunes qui a débuté en novembre 2018 et alors que le groupe de réflexion ad hoc à l’Assemblée nationale, dirigé par la députée LRM Yaël Braun-Pivet, s'enlise, pris dans les méandres de l’affaire Benalla.

Jean-Luc Lacuve, le 30 septembre 2019