Un souvenir d’archives

2021

Avec : Isabelle Ullern, Pascale Butel. 0h27.

En l’Abbaye d’Ardenne, dans la salle de lecture de l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (IMEC), Isabelle Ullern ouvre une à une les boîtes contenant les archives de Sarah Kofman. Avec elle, nous plongeons dans l’œuvre et la vie de cette philosophe française qui, terrassée par la dépression après avoir publié son récit d’enfant Juive traquée sous l’Occupation, mit fin à ses jours en octobre 1994. Au fil de l’ouverture des boîtes, l’archiviste "ventriloque" les voix de la philosophe absente.

Christophe Bisson a réalisé en 2014 Sarah (K) docuementaire autour des dessins de Sarah Kaufman (1934-1994) qui fut sa professeure dephilosophie en 1993, autrice entre autre de L'enfance de l'art  une interprétation de l’esthétique freudienne et de Rue Ordener, rue Labat (1994) évoquant son enfance juive avant puis sous l'Occupation, la déportation de son père et son terrible sort d'enfant caché. Elle se suicide peu après cettepublication.

C'est donc ici une autre manière d'aborder le souvenir de Sarah Kaufman autour des archives déposées sur les étagères de l'abbaye d’Ardennes.

Flou ; des gros plans des mains du visage d'Isabelle Ullern aux voûtes de l'abbaye. Ouverture des boîtes grises. Recherche d’un signe, d'un état qui a précédé le livre qui nous a touchés ; absorbé par le détail comparatif. Si on le trouve on est récompensé de son immersion mais pas de l’addiction. Au danger de sombrer en fascination, dans la curiosité insatiable, il y a heureusement l'interruption par l’extérieur : les repas, la fermeture, le week-end. La main écrit ce que la bouche absorbe; hypnose; matériaux de rêverie profonde.


Notes personnelles, répertoire  dessins, agendas sur les années 80-83 et 92-94, , la semaine de sa mort : jeudi 13, vendredi 14 samedi 15  "institut Goethe" ; 17 octobre indiqué "la rentrée" et rien après. Impression d'être indiscrete, loin de la philologue sérieuse.

Archive non pensée en état d’occupation : document délirant et effectif : 1942, son père, rabbin, demande un acte de nationalité française à la prefecture; quelque mois avant la rafle du veld’hiv alors que, depuis octobre 40 : restrictions statut des juifs, étoile jaune. Le père, "ramassé" (selon le terme de la police française) chez lui le 16 juillet 1942 est déporté et assassiné à Auschwitz. La mère élève ses six enfants, isolée dans Paris.