Après des débuts assez anonymes en Angleterre, Baker fait un crochet à Hollywood où il réalise quelques films dont le plus connu est Troublez-moi ce soir avec Marilyn Monroe et Richard Widmark en 1952. De retour en Grande-Bretagne, il signe en 1958 ce qui demeure son film le plus ambitieux et le plus important, Atlantique, latitude 41°, excellente évocation du naufrage du Titanic, beau fleuron du cinéma de qualité anglais.

Le titre suivant de Baker est la première anomalie de sa filmographie, qui en comportera d’autres par la suite. Le cavalier noir est un western européen tourné dans les studios de Pinewood et en Espagne, dans lequel un prêtre catholique (John Mills) s’oppose à la tyrannie d’un bandit local ambigu et tout de noir vêtu (Dirk Bogarde), sous le regard énamouré de Mylène Demongeot, dans un Mexique d’opérette. La thématique homosexuelle du film lui vaudra sa réputation de curiosité "camp".

Après un premier passage à la télévision (Baker tournera plusieurs épisodes des séries Chapeau melon et bottes de cuir, Le Saint, Amicalement vôtre, et y terminera sa carrière), 1967 marque un tournant dans la filmographie en dent-de-scie du cinéaste. Baker met en scène un film de science-fiction pour la société Hammer spécialisée dans l’horreur et le fantastique. Le cinéaste a trouvé sa voie, et son talent de petit-maître excentrique va s’épanouir au sein de la compagnie. Les monstres de l’espace fut à l’époque de sa sortie plébiscité par la critique qui le classa parmi les dix meilleurs films de science-fiction de l’histoire du cinéma. Inventé par Nigel Kneale pour la BBC, le professeur Bernard Quatermass, à l’affût des phénomènes inexpliqués et des manifestations extraterrestres, est un ancêtre direct des agents de X-Files. Trois de ses enquêtes furent adaptées pour le grand écran : The Quatermass Experiment (Le Monstre, 1955) Quatermass 2 (Terre contre satellite, 1957), tous deux réalisés par Val Guest, puis Quatermass and the Pit. La principale qualité du film de Baker est de traiter avec un inébranlable sérieux pseudo scientifique le délirant postulat d’une colonie martienne infiltrée en plein cœur de Londres, dans les souterrains de son métro.

Les cicatrices de Dracula (1970) appartient à la dernière période de la Hammer et entérine une dégradation esthétique et sémantique du mythe, multipliant les épisodes sanglants et grivois, dans un climat malsain caractérisé ici par des tendances sadiques et homosexuelles plutôt hétérodoxes. La même année, Baker réalise le mythique Vampire Lovers, librement adapté du classique Carmilla de Sheridan Le Fanu, qui contribue à expliciter définitivement la sexualité sous-jacente dans le cinéma vampirique. Aux côtés de Peter Cushing, la performance de la starlette Ingrid Pitt, généreusement dénudée et offerte à des scènes d’amours saphiques très provocantes pour l’époque, bouleversa toute une génération de cinéphiles érotomanes.


Docteur Jekyll et Sister Hyde (1971), le meilleur film fantastique de Roy Ward Baker, est une adaptation iconoclaste de la nouvelle de Stevenson. Cette fois-ci le célèbre docteur, à la recherche de l’élixir de vie, commet une série de meurtres comme Jack l’éventreur et croise sur son chemin les pilleurs de tombes Burke et Hare. L’hybridité est à son comble puisque le savant fou ne se transforme plus en monstre mais en superbe jeune femme. Le film devient alors une étonnante variation « transgenre » sur le désir d’être un(e) autre. La nouvelle identité sexuelle du docteur lui permet de jouir d’un corps tout neuf et de tester son pouvoir de séduction auprès des hommes. L’acteur Ralph Bates souhaitait se travestir pour jouer Sister Hyde, mais les producteurs eurent la bonne idée de freiner ses élans transformistes en confiant le rôle à Martine Beswick, ex-miss Jamaïque. Sa beauté atypique, à la fois androgyne et incroyablement sensuelle, achève de rendre le film inoubliable. C’est le dernier chef-d’œuvre produit par la Hammer. Baker fait des infidélités à la célèbre firme et travaille pour son concurrent Amicus, spécialisé dans le film à sketches horrifique. Il y signe deux petite réussites, Asylum et The Vault of horror qui réunissent de nombreux acteurs familiers du genre, suivies de … And Now the Screaming Starts!, une sombre histoire de malédiction.

Le dernier titre célèbre, un peu pour des mauvaises raisons, de Baker pour le cinéma date de 1974. Les sept vampires d’or est le symptôme d’une décadence réjouissante du genre fantastique par l’adjonction syncrétique d’éléments exogènes. En ces temps-là, monstres classiques et pistoleros du western européen étaient supplantés dans les salles de quartier par les combattants des films d’art martiaux asiatiques. La Hammer eut l’idée de faire se rencontrer vampires classiques et sautillantes créatures mortes-vivantes de la mythologie chinoise, le tout mixé avec des combats de kung-fu. Le film est une coproduction entre la Hammer et les studios hong-kongais des Shaw Brothers, la compagnie spécialisée dans les productions de films de sabre et d’arts martiaux. Mais la greffe ne prend pas vraiment et Les Sept Vampires d’or séduit surtout pour sa monstruosité ontologique.

Plus doué que les autres successeurs de Terence Fisher (Freddie Francis, Peter Sasdy et Alan Gibson), Roy Ward Baker aura réalisé plusieurs pépites du cinéma pop anglais. Nombre de ses films ont ainsi été programmés à la Cinémathèque française dans le cadre des soirées "cinéma bis".

Filmographie :

1947 L'homme d'octobre
   
   
1948 The Weaker Sex
   
   
1949 Paper Orchid
   
   
1950 La nuit commence à l'aube
   
   
1950 Highly Dangerous
   
   
1951 The House in the Square
   
   
1952 Troublez-moi ce soir
  (Don’t Bother to Knock)
   
1952 Night Without Sleep
   
   
1953 Inferno
   
   
1955 Passage Home
   
   
1956 Jacqueline
 

 

   
1956 Tiger in the Smoke
   
   
1957 L'évadé du camp 1
   
   
1958 Atlantique, latitude 41°
  (A night to remember)
   
1961 Le cavalier noir
 

The Singer Not the Song

   
1961 Flame in the Streets
   
   
1962 Alerte sur le Vaillant
   
   
1963 Two Left Feet
   
   
1967 Les monstres de l'espace
   
   
1968 Journey to Midnight
   
   
1968 The Anniversary
   
   
1968 The Fiction Makers
   
   
1969 Alerte satellite 02
   
   
1969 The Spy Killer
  Téléfilm
   
1970 Foreign exchange
  Téléfilm.
   
1970 The vampire lovers

Avec : Ingrid Pitt (Marcilla / Carmilla Karnstein), George Cole (Roger Morton), Kate O'Mara (Mme. Perrodot), Peter Cushing (Général von Spielsdorf), Ferdy Mayne (Docteur), Douglas Wilmer (Baron Joachim von Hartog), Madeline Smith (Emma Morton), Dawn Addams (La comtesse), Jon Finch (Carl Ebhardt), Pippa Steel (Laura). 1h31.

La comtesse est appelé pour soigner une amie malade et emmene avec elle sa fille, Marcilla. Certains des villageois commencent à mourir et la fille du général, Laura, devient bientôt faible et pâle. Mais Marcilla est là pour la réconforter. Les villageois commencent chuchoter sur les vampires et Marcilla trouve bientôt une autre famille pour l'héberger. Le schéma se répète et Emma tombe malade. Le général, inquiet, demande l'avis du baron Hartog, qui a déjà porté des coups décisifs les vampires...

   
1970 Les cicatrices de Dracula

(Scars of Dracula). Avec : Christopher Lee (Dracula), Dennis Waterman (Simon Carlson), Jenny Hanley (Sarah Framsen). 1h36.

Dans la citadelle de Dracula une chauve-souris déverse du sang sur les cendres du comte qui, aussitôt ressuscité, part en chasse et tue une jeune fille. Les villageois décident d’en finir. Ils se dirigent vers le château alors que femmes et enfants sont dans l’église du village...

   
1971 Dr. Jeckyll et sister Hyde
   
   
1972 Asylum
   
   
1973 Le caveau de la terreur
   
   
1973 And now the screaming starts !
   
   
1974 Mission : Monte Carlo
   
   
1974 La légende des 7 vampires d'or

(The legend of the 7 golden vampires). Avec : Peter Cushing (Van Helsing), David Chiang (Hsi Ching), Szu Shih (Mei Kwei). 1h23.

En 1804, le grand prêtre du temple du village de Pan Kwei cherche à ressusciter les 7 vampires d’or et se rend au château de Dracula en espérant que le comte acceptera de restaurer son ancienne puissance. Dracula accepte l’offre qui lui est faite, détruit le prêtre et prend son apparence avant de se rendre en Chine...

   
1981 The monster club
   
   
1984 Les masques de la mort
  Téléfilm
   
   
   
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Roy Ward Baker
(1916–2010)
35 films
   
   
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