La traversée de Paris

1956

Avec : Jean Gabin (Grandgil), Bourvil (Marcel Martin), Louis de Funès (Jambier), Jeannette Batti (Mariette), Georgette Anys (La patronne du café 'Belotte'), Robert Arnoux (Marchandot), Laurence Badie (La serveuse), Myno Burney (Mme Marchandot), Germaine Delbat (La putain). 1h22.

En 1943 à Paris, Martin chauffeur de taxi en chômage fait des transports clandestins de viande pour le marché noir. Après avoir joué de l'accordéon pour couvrir les cris du cochon que l'épicier Jambier égorge, il rejoint sa femme Mariette au restaurant où il apprend que son coéquipier habituel a été arrêté. Martin renonçant à porter seul quatre lourdes valises, il décide de remettre à plus tard le transport. Mais Mariette ne veut pas rentrer ayant prévu d'occuper sa soirée comme elle l'entend. Le couple se dispute et Mariette laisse en plan son mari tout dépité.

Un inconnu étant entré dans le restaurant, Martin l'invite  à s'asseoir à sa table pour partager ses rognons de porc. Il craint en effet qu'il s'apprête à rejoindre sa femme. Trop bavard, Martin croit Grangil peintre en bâtiment au chômage et  lui propose de transporter  avec lui les valises de porc.

Ce choix s’avère vite calamiteux, car Grandgil, est loin d’être docile. Il s’octroie tout d’abord une substantielle augmentation de salaire en terrorisant le malheureux Jambier. Puis, il détruit les bouteilles d’un bistro, où les deux complices se sont cachés de la police, et traite les clients de « salauds de pauvres ». Il va même jusqu'à assommer un policier dans le quartier où habite Martin. Et lorsque, fuyant une patrouille allemande, ils finissent par se réfugier dans l’appartement de Grandgil, c’est avec stupéfaction que Martin découvre qu’il s’agit d’un peintre d’une certaine renommée qui ne l’a suivi que par goût du risque et du sport.

Poursuivant néanmoins leur chemin, ils arrivent enfin à l’adresse de la livraison mais trouvent la porte close. Ils font alors un tel tintamarre qu'une patrouille allemande intervient. Dans la Kommandantur où ils sont emmenés, un officier allemand reconnaît le peintre Grandgil. Il s’apprête à les faire relâcher lorsqu’on annonce l’assassinat d’un colonel. L’officier allemand ne parvient à sauver in extremis que Grandgil tandis que Martin est embarqué dans un camion avec d'autres hommes arrêtés durant la nuit.

Les années ont passé. Paris est libéré, et Grandgil toujours aussi superbe, sur un quai de la gare de Lyon marche rapidement pour prendre son train. Il est suivi par un porteur de valises. Du haut de la fenêtre du wagon, Grandgil reconnaît soudain Martin qui avait été envoyé en Allemagne au STO. Vieilli, il porte toujours les valises des autres sans se plaindre et salue chaleureusement son compagnon d'une nuit d'autrefois..

La traversée de Paris  est inspiré de la nouvelle de Marcel Aymé, Traversée de Paris, parue en 1947 dans le recueil Le vin de Paris. Le ton en est toutefois très différent. Dans la nouvelle, Martin, est honnête et courageux, alors que Grandgil est antipathique. Lorsque, Martin découvre que Grandgil est un peintre aisé qui n’est là que pour s’amuser, il entre en fureur et, au cours de la bagarre qui s’ensuit, le poignarde avec son couteau. Plus tard, il se livre à la police avec un sentiment de justice accomplie : il incarne l'honneur du prolétariat contre le cynisme d'une bourgeoisie oisive.

 L'issue désabusée quant à la lutte des classes choisie par Autant-Lara se démarque complètement de la nouvelle de Marcel Aymé. Elle reflète son esprit anarchisant où le "Salauds de pauvres" (Du mou partout, cinquante ans chacun, cent ans de conneries. Vous n'avez pas honte d'exister ? ...Vous qui ne mangez que du boudin à la sciure et buvez de l'eau du robinet, vous avez à bouffer pour trois semaines là-dedans ! Ils bougent même plus et après ils iront aboyer contre le marché noir; salauds de pauvres. Et vous là, affreux, je vous ignore, je vous chasse de ma mémoire, du balais) peut se prendre au pied de la lettre.  Comme l'explique Grandgil : que les riches se déculottent face aux allemands, c'est normal parce qu'ils ont à perdre ; que les pauvres en fassent autant est désespérant quant à la nature humaine. Jean Aurenche et Pierre Bost, les scénaristes, parviennent néanmoins à rendre sympathiques leurs deux anti-héros.

Avec près de 5 millions d'entrées, le film se place 4e au box-office de 1956.  Bien plus que le ton du film, c'est la rencontre inédite entre Gabin et Bourvil qui est à l'origine du succès du film. Le choix de Bourvil pour le rôle de Martin fit l’objet d’une opposition si violente de la part de Marcel Aymé qu’il finit par inquiéter la production. Claude Autant-Lara, qui tenait à son choix, dut diminuer son budget de plus de 50 %, renonçant ainsi à la couleur, pour obtenir toute liberté quant à la distribution. Marcel Aymé reconnut par la suite son erreur concernant Bourvil, ajoutant de plus : "C'est vraiment la toute première fois qu'on ait fait au cinéma quelque chose tiré d'un de mes livres qui soit non seulement bien, mais d'une très grande qualité. Et dans ce cas particulier, ce n'était pas facile".

Par ailleurs, le choix du noir et blanc  s'impose pour des scènes "en extérieur"  (de la rue Poliveau à la rue Lepic, via le Jardin des Plantes, le pont Sully, la rue de Turenne, la rue Montmartre et la rue Saint-Georges) reconstituées en studio par Max Douy, célèbre chef décorateur.