La taupe

2011

(Tinker Tailor Soldier Spy). Avec : Gary Oldman (George Smiley), Colin Firth (Bill Haydon), Tom Hardy (Ricki Tarr), John Hurt (Control), Toby Jones (Percy Alleline), Mark Strong (Jim Prideaux), Benedict Cumberbatch (Peter Guillam), David Dencik (Toby Esterhase), Ciarán Hinds (Roy Bland), Svetlana Khodchenkova (Irina). 2h07.

1973. Control, le patron du MI6 signe sa démission devant ses principaux collaborateurs et souvent opposants. George Smiley, son fidèle bras droit, est lui aussi débarqué du "Cirque", quartier général des services secrets britanniques.

Quelques temps plus tôt, Control avait fait venir chez lui Jim Prideaux pour une mission délicate. Se rendre à Budapest pour obtenir d'un futur transfuge le nom de la taupe qui, depuis longtemps, est soupçonnée d'avoir infiltré le MI6.

La mission en Hongrie avait été un désastre. Prideaux avait été abattu, une femme innocente avait été tuée alors qu'il tentait de s'enfuir et les journaux avaient révélé à tous le ratage de cette action des barbouses britanniques. Après les départs de Control et Smiley, c'est Percy Alleline qui prend la tête du MI6 grâce au succès de son recrutement de "Sorcière", un agent russe qui lui donne des renseignements qui pourraient convaincre les Américains de leur faire de nouveau confiance.

La retraite est fatale à Control qui meurt à l'hôpital et Smiley semble aussi s'ennuyer. C'est alors que le secrétaire d'Etat à la défense reçoit un appel téléphonique lui indiquant que son interlocuteur, un agent de terrain en mission d'infiltration en Turquie, est prêt à lui révéler le nom de la taupe qui infiltre son service. Cela suffit à convaincre le premier ministre qu'il faut nettoyer le service s'il veut retrouver la confiance des Américains.

Smiley est ainsi bientôt secrètement réengagé pour connaitre l'identité de l'agent double soviétique infiltré au sein des services secrets. Smiley demande à être épaulé par un jeune agent, Peter Guillam, et de travailler dans un hôtel au calme. Leur premier travail est de visiter l'appartement de Control laissé à l'abandon depuis sa mort. Il découvre des photos scotchées sur des pièces d'échecs qui indique que Control avait réduit la liste des suspects à cinq noms : l'ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu'ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase... et Smiley lui-même.

Smiley demande à Peter, dont les agents du Cirque ignorent qu'il travaille pour lui, de dérober le livre du personnel sur lequel sont indiqués les agents renvoyés depuis son départ. Il y découvre le nom de Connie Sachs à laquelle il rend visite. Celle-ci garde les photos de ses vieux compagnons agents secrets, Jim, Bill et Control qu'elle connait depuis la guerre. Ele ne décolère pas contre Percy Alleline qui l'a renvoyée après lui avoir interdit de travailler sur le soviétique Polyakov qu'elle avait repéré comme militaire sur une vidéo où un officier le saluait. Cette information en faisait un probable agent de liaison d'une taupe. Sur le registre, Smiley découvre aussi que Percy avait versé 1000 livres à Jim Prideaux, censé avoir été tué à Budapest.

Etonnamment, Jim Prideaux est effectivement bien vivant et enseigne dans un pensionnat dans un lieu reculé d'Angleterre.

Smiley rentre chez lui. Il est seul depuis que sa femme l'a quittée. Il entend des pas et reconnait ceux de Ricki Tarr. Celui-ci lui raconte comment il a été amené à proposer au secrétaire d'état de lui faire connaitre le nom de la taupe. En Turquie, il ets tombé amoureux d'Irina, la concubine d'un agent soviétique qu'il était censé surveiller. Or celle-ci prétendait connaitre l'identité de la taupe. Ricki Tarr avait alors prévenu le MI6 mais, curieusement, ceux-ci avait tardé à répondre. Entre-temps, l'agent permanant du MI6 à Ankara avait été égorgé et Irina embarquée de force dans un bateau à destination d'Odessa. Ricki demande à ce qu'Irina soit échangée contre un espion russe.

Smiley demande à Peter Guillam de pénétrer dans le Cirque et de voler le registre sur lequel figure la retranscription du télex envoyé par Ricky. La mission est très dangereuse et Peter, en réussissant à se faire appeler par quelqu'un qui se prétend son garagiste, réussit à cacher le registre dans sa sacoche. C'est alors que Percy Alleline le fait appeler. Il se doute que Peter trame quelque chose dans son dos et veut connaitre la vérité sur son éventuelle implication dans une recherche de la taupe puisque il est certain que Ricky est un agent double.

En entrant dans le QG de Smiley, Peter a la surprise d'y trouver Ricky. Il le frappe pour lui avoir fait risquer son honneur alors qu'il est un agent double. Il se rend compte alors que c'est Smiley qui le protège. Celui-ci lui avoue ne rien lui a en avoir dit car il aurait pu être arrêté. En gage de confiance pour son jeun confrère harassé, il lui raconte son unique entrevu avec Karla, désormais chef des services secrets soviétiques, leur ennemi juré qu'il rencontra très jeune au lendemain des purges soviétiques. Il devait le retourner pour passer à l'ouest mais ne lui avait servi qu'un discours défaitiste et avait trop parlé de lui et lui avait laissé un briquet, cadeau de sa femme avec une dédicace amoureuse " A George, avec tout mon amour". Or Karla, insensible à son discours, était reparti pour son pays, certain de son idéologie et prêt à mourir pour elle.

Smiley demande à Peter, sans doute maintenant sous surveillance, de rompre avec toutes les attaches qui pourraient le compromettre. L'amant avec qui Peter vivait en concubinage en pleure de chagrin.

Smiley a retrouvé les coordonnées de Jim Prideaux et celui-ci lui avoue qu'il a échappé à la mort. Smiley convainc aussi Toby Esterhase d'avouer qu'il volait des documents pour Percy Alleline qui n'obtenait des renseignements auprès de "sorcière" qu'en échange de documents volés. "Sorcière", loin d'être un agent double, revenait ainsi avec de vrais renseignements en Russie. Toby Esterhase, de crainte d'être renvoyé en URSS révèle le nom de l'agent russe, Polyakov, et le lieu où les échanges avaient lieu.

Ricky est alors envoyé en France et répète sa tentative de contact des services britanniques pour leur révéler le nom de la taupe. Celui qui se rendra dans la maison de l'échange sera la taupe. Celle-ci est Bill Haydon. Il n'était l'amant d'Ann que parce que Karla avait trouvé là la faiblesse de Smiley. Il savait aussi que celui-ci n'oserait soupçonner Bill de crainte de se laisser influencer par ses sentiments personnels.

Jim Prideaux qui a dû abandonner sa carrière d'enseignant est amère d'avoir dû renoncer à l'amour de Bill. Maintenant qu'il est emprisonné, il le délivre d'une balle dans la tête. Smiley rentre chez lui. Ann est revenue.

Le film comporte sa dose de pistes suspendues, reprises et dénouées ; son épaisseur de mystères et d'interrogations quant aux possibles suspects d'être des agents doubles ou même de leur inexistence possible pour des agents toujours menacés de paranoïa. Pourtant, c'est plutôt la simplicité choisie par Alfredson qui séduit dans son adaptation du superbe roman touffu de John le Carré.

Les lieux sont ici relativement réduits : une rue de Budapest, quelques vues d'Ankara, le bâtiment du MI6, un segment de rivière où nagent les agents secrets, des chambres d'hôtel, une maison délabrée, un aéroport presque désert et quelques sites de la campagne anglaise. Les agents secrets sont vieillissants et ont perdu la foi dans le modèle occidental qu'ils sont censés défendre. La morale de guerre, ascétique et droite qui les séduit est bien plus présente dans modèle soviétique. La narration par Smiley de sa rencontre avec Karla est à cet égard aussi intense que les confessions de Bill Haydon en fin de film.

L'époque glorieuse de l'après-guerre revient sous la forme d'une fête surranée où l'on chante ses chansons et celles de l'ennemi et où les sourires cachent les frustrations.

Alors que dans Morse (2008), Tomas Alfredson jouait beaucoup des effets de flous et de couleurs, il les réduit ici à quelques occurrences. Ainsi de la dernière image où Smiley retrouve sa femme comme une ultime, fragile et, finalement, pas si dérisoire victoire que cela.

Car, comme d'habitude dans les films d'espionnage, ce que les espions détruisent au travers de l'ennemi, un autre eux-même, c'est leur propre vie. Jim Prideaux et Bill Haydon n'ont jamais pu vivre leur amour, pas plus que Peter ne peut garder son amant s'il ne veut pas être compromis dans l'Angleterre puritaine et homophobe des années 70. Smiley lui-même s'est perdu en perdant sa femme qui a cru à l'amour de Bill alors que celui-ci était téléguidé par Karla. Ricky lui non plus ne retrouvera pas Irina. Au mieux donc, le flou d'une relation préservée.

Jean-Luc Lacuve le 15/02/2012