La folie Almayer
2011
Genre : Mélodrame
D'après La Folie Almayer : Histoire d'une rivière d'Orient de Joseph Conrad. Avec : Stanislas Merhar (Almayer), Marc Barbé (Capitaine Lingard), Aurora Marion (Nina), Zac Andrianasolo (Daïn), Sakhna Oum (Zahira), Solida Chan (Chen), Sun Yucheng (Capitaine Tom Li), Bunthang Khim (Ali). 2h07.

Aux abords d'un dancing d'une petite ville d'Asie du Sud-Est, retentit dans la nuit Sway chanté par Dean Martin. Un homme s'avance vers la scène où un jeune homme se contorsionne sur la musique diffusée en play-back. Derrière lui, des danseuses aux habits dépareillés dansent avec plus ou moins de conviction. L'homme monte sur scène et poignarde le chanteur. Toutes les filles quittent la scène précipitamment sauf une, qui, hébétée continue ses petits gestes dessinant des vaguelettes de la main. Off retentit une voix : " Nina, Daïn est mort ". Alors Nina s'avance sur le devant de la scène et chante un Ave Maria a capella.

Avant-ailleurs. Quelque part dans la jungle au bord d'un fleuve paisible, une femme appelle une enfant, Nina pour qu'elle sorte de l'eau très vite. Une fois qu'elle lui a saisie la main, elle passe très vite et silencieusement devant la pièce sombre d'un bungalow où un Européen d'une trentaine d'année, Almayer, écoute un disque sur un phonographe. La femme et la fillette fuient dans la jungle.

Sur le fleuve arrive le bateau du jeune capitane Tom Li. Il transporte un européen de fière allure, le capitaine Lingard. Almayer l'accueille chaleureusement même s'il sait qu'il est venu pour lui déchirer le cœur, lui prendre sa fille Nina pour lui donner une bonne éducation dans un pensionnat pour blanc. Almayer reproche à Lingard de l'avoir convaincu d'épouser sa fille adoptive, la malaise Zahira dans l'espoir qu'il hériterait un jour de la fabuleuse mine d'or que recherche le capitaine. Résultat il n'a jamais pu aimer Zahira qui le lui rend bien et seule Nina fait le lien entre eux.

Même si Almayer souffre atrocement de devoir se séparer de Nina, il poursuit Zahira avec Lindgard. Apres une course de tout un après-midi dans la jungle, il finit par la lui arracher et la donner à Lindgard.

Sur la véranda de sa maison, la folie Almayer, Almayer pense à sa fille et souhaitait la ramener mais y renonce pour son bien. Après des années d'études à Singapour, Nina est revenue dans la maison de ses parents car Lindgard est mort. Elle rencontre un insurgé, Daïn Maroola. Almayer tente d'obtenir l'aide de Dain pour retrouver l'or tant recherché par Lingard. Au lieu de cela, Dain, contre la volonté d'Almayer, épouse Nina et quitte la folie Almayer avec elle. Le départ de Nina et de tout espoir de richesse anéantit Almayer qui demeure seul dans sa maison décrépite, n'attendant plus que la mort.

La matière symbolique travaillée par Chantal Akerman est riche : déracinement, exil loin de sa culture, enferment dans celle des autres, dérisoires espoirs de richesse, douleur d'un père. Les décors de la jungle tropicale et des intérieurs sombres, tels ceux de la folie Almayer, ce bungalow construit près du fleuve, séduisent aussi.

Pour garder le mystère liant les uns et les autres, Chantal Akerman brouille les pistes en faisant intervenir Daïn dans un beau flash-forward où Nina rêve de lui et imagine une œuvre commune avec son père qui, dans la réalité, échouera. Chen, serviteur fidèle d'Almayer, figure sans doute l'opposé de Nina. Ayant poussé la servilité jusqu'à intérioriser les sentiments d'Almayer, il tue Dain. ce faisant, il ne provoque que l'asservissement définitif de Nina: parvenir à chanter de nouveau l'Ave-Maria symbolise probablement pour elle, le retour à l'éducation blanche qu'elle hait et à laquelle Dain, en dépit de son ambiguïté, lui permettait d'échapper. En ce sens la superbe première scène se charge d'un pouvoir de fascination plus grand lors d'une deuxième vision du film.

Celui-ci, progressant vers l'anéantissement, la folie la misère (celle des deux parents) n'offre guère d'espoir réconciliateur au spectateur qui sort ahuri de cette fable intemporelle rythmée par une musique de jazz sur un phono et quelques notes fredonnées et déformées de Chopin.

Jean-Luc Lacuve le 30/01/2012.

 

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