Nature morte aux harengs 1916  
La colline de Céret 1921  
Portrait du sculpteur Oscar Miestchaninoff 1923  
Portrait de Madeleine Castaing 1929 New York, MOMA
     
     

D'origine lituanienne, Chaïm Soutine (1893 -1943) est issu d'une famille pauvre vivant misérablement dans les traditions et les principes religieux du Talmud dans le ghetto juif de leur village. Son père fait de la couture pour le compte d'un tailleur. Chaïm, timide et réservé est le dixième de onze enfants. Les études ne l'intéressent pas, et écolier, il passe de longs moments à dessiner des portraits de personnes qu’il rencontre.

En 1902, son beau frère l'accueille à Minsk, pour lui apprendre le métier de tailleur. Mais son désir de dessiner domine. Son ami, Michel Kikoïne, qui partage la même passion du dessin, l'incite à prendre des cours de peinture. En 1909, il part à Vilna avec lui, où tous deux trouvent un emploi de retoucheurs chez un photographe. En 1910, il passent son examen d’entrée à l’école des Beaux-Arts. Kikoïne part pour la France en 1912. Il décide l'année suivante de rejoindre son ami et c'est ainsi qu'il arrive à Paris en Juillet 1913, où il découvre un monde totalement différent de sa Russie natale.

Paul Krémègne, l'un de ses amis russe rencontré à Vilna et venu lui aussi à Paris deux ans plus tôt, l'accueille et lui fait rencontrer les artistes du quartier de Montparnasse, parmi lesquels de nombreux peintres étrangers, que l’on désignera ensuite sous le nom de l’École de Paris.
Soutine fréquente régulièrement le Musée du Louvre et il s'inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts, tout en travaillant de nuit comme porteur à la Gare Montparnasse. Il est déjà malade, sans doute par les conséquences des années de privations et de souffrances de sa jeunesse en Russie. Traqué par la misère et par la maladie, il tente un jour de se suicider, mais il est sauvé par son ami Kikoïne.

En août 1914, c'est la guerre et l’ordre de mobilisation générale est donné en France. Soutine se porte volontaire. Il part creuser des tranchées, mais il est rapidement réformé à cause de son état de santé. Recensé comme émigrant juif, il obtient de la Préfecture de police un permis de séjour au titre de réfugié.

ll s’installe alors Cité Falguière dans le XVème arrondissement de Paris. Le sculpteur Jacques Lipchitz lui présente Amedeo Modigliani, qui a été également réformé car atteint de tuberculose. Modigliani, qui est son aîné de dix ans lui voue une réelle affection et devient son ami. Tous deux liés par un destin semblable ne mangent que rarement à leur faim, et s’adonnent volontiers à la boisson, et aux soirées avec les prostituées. Soutine peint beaucoup et va souvent dans les chemins aux abords de Paris à la recherche des paysages qui l'inspirent.

Modigliani lui présente le marchand d'art, Léopold Zborowski en 1918, avant que de partir se soigner pour sa tuberculose à Vence, dans le midi de la France. Soutine, de son côté ne s'adapte pas à la vie parisienne. Il est invité par Pierre Brune, à venir s'installer à Céret, dans les Pyrénées-Orientales. Quelques mois plus tard, fin Janvier 1920, il apprend la mort de son ami Modigliani.

Ébranlé par cette disparition, il cesse de boire et suit les conseils de ses médecins pour s’alimenter correctement. Son estomac le fait de plus en plus souffrir. Sauvage, ombrageux, colérique et secret, il vit à l'écart et s'enferme dans la peinture. En été 1920, Zborowski vient chercher près de 200 toiles.

C'est alors que le docteur Albert Coombs Barnes un riche collectionneur américain, vient à Paris, pour collecter une série d’œuvres contemporaines destinées à la fondation qu'il vient de créer à Philadelphie. Zborowski parvient à lui vendre soixante toiles de Soutine peintes à Céret, ce qui lui assure une soudaine renommée dans le mileu artistique.

Chaïm Soutine décide alors de partir dans le midi de la France à Cagnes pour peindre des séries de paysages aux couleurs les plus vives. Mais la région ne lui convient pas il revient à Paris. Souvent envahi par des doutes sur lui même, obsédé par des questions de formes et de couleurs, insatisfait de son travail, il ne cesse de s'interroger sur son art. Un jour, pris d'une soudaine colère, il contre lui même, il brûle un grand nombre des toiles qu'il avait peintes à Céret.

Vivant un peu mieux, il s'installe dans un atelier plus spacieux à Paris, à proximité du Parc Montsouris. Là, il se passionne pour la lecture et pour la musique, tout en peignant. Mais son voisinage est horrifié par les carcasses d'animaux écorchés ou éventrés qu'il prend alors comme modèle pour ses toiles, et se plaignent des odeurs putrides qui envahissent l'atelier et la rue.

C'est en juin 1927, que se tient le vernissage de la première exposition de ses œuvres. Il séjourne parfois dans la maison de campagne de Léopold Zborowski dans l’Indre ou dans la propriété de Marcellin et Madeleine Castaing près de Chartres, avec qui il s'est lié d’amitié car grands amateurs d’art. Leurs relations avec le milieu intellectuel, artistes ou écrivains tels que Blaise Cendrars, Erik Satie ou Henry Miller, permettent à Soutine de se faire connaître et d'être présent dans de nouvelles expositionset d'être retenu dans le choix de certaines grandes collections.

En 1929, il repart pour le midi de la France à Vence, où il peint une série consacrées aux arbres. Mais les acheteurs se font plus rares, car la crise économique née aux États-Unis vient de gagner l'Europe. En 1932, la marchand d'art Zborowski se trouve est ruiné et meurt à 43 ans d’une crise cardiaque.

Soutine propose alors sa production à Marcellin et Madeleine Castaing qui lui permettent en 1935, d'être exposé à Chicago, avec une vingtaine d'oeuvres, ce pour la première fois aux États-Unis.
En 1937, une exposition lui est consacrée au Petit Palais à Paris. Il rencontre alors Gerda Groth, réfugiée juive allemande qui a fuit le régime nazi. Lorsque la guerre éclate, l'été 1939, ils partent vivre ensemble dans un petit village de l’Yonne . Les juifs ont l’obligation de se faire recenser. Le 15 mai 1940, Gerda est arrêtée et Soutine doit se cacher en différents lieux tout en retournant souvent à Paris pour se faire soigner.

Il touve à se réfugier à Champigny-sur-Veude, près de Tours avec une nouvelle compagne, Marie-Berthe Aurenche. Il poursuit la peinture malgré les douleurs les plus vives qui l'affectent en permanence et le plie de douleurs depuis de nombreuses d'années.
Fin juillet 1943, son état de santé se détériore soudainement et il cesse de peindre. Le 31 juillet au matin, il doit être hospitalisé. Avant d’être transporté, il demande à se rendre à son atelier et brûle ses toiles. À l’hôpital de Chinon, son état est jugé grave : un ulcère avec hémorragie interne est diagnostiqué. Il doît être opéré.
Il est dirigé vers Paris, mais les contrôles de la France occupée doivent être évités et le voyage s’avère plus long que prévu. A son arrivée, le 7 août, il est opéré sans doute trop tardivement car il meurt deux jours plus tard. Son enterrement à lieu le 11 août, au cimetière du Montparnasse.

Chaïm Soutine est resté longtemps à l'écart du mileu artistique, à cause de sa personnalité très particulière , mais aussi par son art, resté incompris, marginalisé. Il fut assimilé souvent à un artiste malsain et difficile, sur lequel tout l’antisémitisme ambiant l'avait marginalisé dès le premier jour où il était arrivé à Paris. Ses portraits soulignent particulièrement la personnalité des modèles choisis. Il sait tirer les caractères, les pensées, les travers des personnages qu'il peint dans une synthèse qui exhume la force de chacun d’eux, dans un genre qu’aucun artiste avant lui n’avait su exprimer. Tout en s'inspirant des artistes les plus classiques et les plus illustres, comme Rembrandt, Courbet, Corot, ou Cézanne, il est le précurseur des plus grands artistes de la deuxième partie du XXème siècle comme Pollock, De Kooning, Bacon ou Baselitz.

Biblio-videographie

Chaïm Soutine, documentaire de Valérie Firla (2007, 0h52).

 

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(1893-1943)
Expressionniste