(1887-1948)
Dada

Kurt Schwitters nait le 20 juin 1887 à Hanovre, dans l'empire allemand. Peintre, sculpteur et poète allemand, il a incarné l'esprit individualiste et anarchiste du mouvement dada, dont il fut l'un des principaux animateurs à Hanovre. En parallèle à Dada, il a créé un mouvement qu'il a appelé Merz. Il a exercé une influence importante sur les néo-dadas américains, Robert Rauschenberg en particulier, qui lui a emprunté l'idée de ses combine-paintings et ses collages.

Merzbild I, le psychiatre 1919 Madrid, Musée Thyssen-Bornemisza
La Ursonate 1932  

 

Kurt Schwitters étudie la peinture et le dessin de 1909 à 1914, à l'académie de Dresde, puis à celle de Berlin et participe à la revue Der Sturm de Berlin. Il est d'abord l'auteur d'œuvres figuratives, avant de recevoir l'influence des mouvements d’avant-garde du début du xxe siècle dans des œuvres au fusain ou à l'aquarelle.

À partir de 1918, il se détourne définitivement de la peinture traditionnelle pour élaborer, entre 1918 et 1920, un vocabulaire propre fondé sur l'emploi de déchets et de détritus de toutes sortes et l'utilisation des procédés de collage pour assembler des matériaux de manière « harmonieuse ».

Grand ami de Hans Arp et de Raoul Hausmann, il est néanmoins refusé par le Club dada de Berlin c'est-à-dire par Richard Huelsenbeck car son travail n’avait pas suffisamment de « portée politique ». Schwitters réagit en fondant un mouvement parallèle qu'il nomme Merz. Au hasard de ses déambulations urbaines, il a trouvé un imprimé : Kommerz und Privat Bank. Il le découpe et ne garde ironiquement que Merz qu’il déclinera : un Merzbild est un tableau Merz, des Merzzeichnungen : des dessins Merz… Le Merzbau, quant à lui, est une sculpture protéïforme, une accumulation où se cachent des niches individuelles consacrées à ses amis artistes. Le mouvement Merz cherche en effet à s'approprier les rebuts de la société industrielle et urbaine, faisant entrer la réalité quotidienne dans l'art, sans idée de message politique ou d'esthétique d'opposition, mais avec la volonté, à partir de 1920, de fonder un « art total Merz », embrassant l'architecture, le théâtre et la poésie.

De 1920 à 1923, dans sa maison de Hanovre, Schwitters entreprend de construire une vaste structure faites de volumes blancs en plâtre aux plans imbriqués les uns dans les autres, et traversé par des tiges et des poutrelles de section carrée, la Schwitters-Säule (« colonne Schwitters »), dans laquelle s'encastrent, dans des cavités, ses œuvres et celles de ses amis. La construction envahit peu à peu toutes les pièces et même tous les étages de la maison et l'artiste lui donne le nom de Merzbau (« construction Merz »). Détruite lors des bombardements de Hanovre en 1943, cette œuvre unique a été reconstruite en 1990 au Sprengel Museum de Hanovre puis, en 1993, dans une version réduite, par Peter Bissegger à la demande de Harald Szeemann à l'occasion de la Biennale de Lyon.

Après 1922, Schwitters se lie avec les constructivistes Theo van Doesburg et El Lissitsky. Avec eux, il publie entre 1923 et 1932 la revue Merz et crée même une centrale de publicité Merz, qui travaille pour des firmes comme Pelikan, Opel ou Bahlsen. En 1919, il publie An Anna Blume, collage de chansonnettes, de proverbes et de citations. Son chef-d'œuvre de poésie phonétique (Ursonate, 1921-1932) sera publié dans le 24e et dernier numéro de la revue Merz. Il a été réédité en CD en 1990 et de nombreuses fois depuis.

Après 1937, il quitte l'Allemagne pour la Norvège et s'installe à Lysaker, près d'Oslo. En Allemagne, ses œuvres sont retirées des musées et quatre d'entre elles figurent dans l'« exposition de l'Art dégénéré » à Munich. En 1940, l'invasion de la Norvège par les nazis le contraint à se réfugier en Angleterre où, après notamment un séjour dans un camp sur l'île de Man, il s'installe en 1945 à Ambleside dans le Westmoreland où il entreprend un nouveau projet dans l'esprit du Merzbau, le Merzbarn (grange Merz). Il y meurt le 8 janvier 1948, à 60 ans.