Marie-Madeleine pénitente   Johan Moreelse   1630
 
 
Marie-Madeleine pénitente
Johan Moreelse (1603-34) , vers 1630.
huile sur bois, 58 x 71,5
Musée des Beaux-arts de Caen
 

Ce peintre est originaire d'Utrecht, enclave catholique dans une nation calviniste; c'est ce qui lui permet de faire le voyage d'Italie vers 1620. Il y connaît une certaine notoriété, mais rentrant à Utrecht, il travaille dans l'atelier paternel et nous n'avons donc que peu de tableaux signés de lui. Il meurt de la peste en 1634.


Moreelse utilise des coloris froids comme le vert, le gris, le blanc. Les représentations de Marie-Madeleine dans l'histoire de l'art se divisent en deux groupes. il y a d'une part la pénitente proche de la consomption, décharnée, comme celle de Donatello, qui est toute entière détachée des biens de ce monde. Il y a aussi la pénitente dont on voit l'épaule nue, le sein, la belle chevelure au roux vénitien, qui est saisie au moment même de sa conversion, en train de se détacher de la chair, chair encore étincelante.

La Marie-Madeleine de Moreelse conserve quelques signes de séduction. Elle a gardé le rouge aux joues et aux lèvres. Son torse, nu, même s'il n'est pas provocateur, rend magnifiquement présent le corps féminin: la lumière rend la chair rayonnante. Son regard et ses sourcils froncés manifestent une émotion, difficile à déterminer : regarde-t-elle le crucifix avec compassion ? Ou bien est-elle surprise par les anges qui viennent lui faire entendre leur concert ? Ou bien a-t-elle peine à se détacher du monde: est-elle harcelée par des fantasmes ?

Mais elle reste avant tout une pénitente. Les couleurs froides et sombres correspondent au contexte austère de la méditation. Aucun fond ne se distingue, nous sommes donc hors du monde, comme dans le désert. Le livre sur lequel elle est accoudée qui peut être le livre des Ecritures Saintes ou un livre d'exercices spirituels, la sépare mais en même temps la relie à la tête de mort, ce qui la conduit à se détacher des vanités et à se tourner vers Dieu. Cette tête de mort, si on n'en voit pas les détails comme les trous des yeux et la bouche, conserve un grand impact dans le tableau parce que le crâne ras bénéficie du même éclairage oblique que Marie-Madeleine. Elle n'est ornée d'aucune parure, mais d'un simple tissu, noir qui plus est, qui cache son corps et signale qu'elle se retire du monde. Ses cheveux ne sont pas d'un blond vénitien puisque nous sommes à Utrecht, mais surtout si les cheveux sont présents, ils sont à peine visibles, rejetés hors de l'oblique gauche du triangle dans lequel s'inscrit le buste de Marie-Madeleine. Et ceux qui encadrent son front semblent coupés grossièrement, comme par un acte de contrition.

 

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