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Un matin d'été 1952, Matisse confia à Lydia Delectorskaya, son assistante et secrétaire, qu'il « voulait voir des plongeurs ». Ils se rendirent donc à une piscine qu'ils affectionnaient particulièrement à Cannes. Accablés par la chaleur, ils rentrèrent chez eux, où Matisse déclara : « Je vais me créer ma propre piscine. »
Il demanda à Delectorskaya de tapisser les murs de sa salle à manger à l'Hôtel Régina de Nice d'une bande de papier blanc, placée juste au-dessus de sa tête et interrompue uniquement par les fenêtres et la porte situées aux extrémités opposées de la pièce. Les murs étaient recouverts de toile de jute beige, un revêtement mural très en vogue à l'époque. Matisse découpa ensuite ses propres plongeurs, nageurs et créatures marines dans du papier peint bleu outremer. Les formes bleues furent épinglées sur le papier blanc, contribuant ainsi à définir le ballet aquatique des corps, des éclaboussures et de la lumière.
Il en résulta la première et unique œuvre de découpage in situ et autonome de Matisse. Par sa réduction des formes, son jeu dynamique de positifs et de négatifs, et son expansion latérale sur les murs, La Piscine représentait l'aboutissement du travail de Matisse sur le papier découpé jusqu'alors. Matisse voyait dans la souplesse du papier une représentation parfaite de la fluidité de l'eau, faisant de La Piscine une fusion idéale entre sujet et technique.
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Après la mort de Matisse en 1954, l'œuvre fut décalquée, détachée des murs et envoyée à l'atelier parisien de Lucien Lefebvre-Foinet pour son montage. Les décisions concernant les modalités de ce montage furent prises par la veuve de l'artiste, Amélie Matisse, et sa fille, Marguerite Matisse Duthuit. La première décision importante concernait le choix du support. Madame Matisse savait que la toile de jute était un matériau peu adapté à la conservation d'une œuvre sur papier, mais elle était également consciente qu'il s'agissait du seul matériau fidèle à la conception originale de la pièce et de l'œuvre. De la toile de jute neuve fut achetée et utilisée pour le montage, la frise de papier blanc fut remplacée par du papier blanc neuf, et l'œuvre fut montée en neuf panneaux distincts : quatre d'un côté de la pièce et cinq de l'autre, formant une œuvre de seize mètres de long.
Le Museum of Modern Art (MoMA) de New York a acquis ce découpage monumental en 1975. L'exposition « Henri Matisse : Une rétrospective » du MoMA en 1992 a permis d'évaluer l'état de conservation de l'œuvre et la conception de son installation. À partir de 2008, un protocole de conservation et d'installation articulé autour de trois objectifs principaux a été mis en place.

Équilibre des couleurs : Des problèmes d’état ont été constatés dès l’acquisition de La Piscine. Le support en toile de jute était décoloré. La toile de jute étant un tissu naturellement acide, son assombrissement et sa perte de résistance au fil du temps sont inévitables. Ce changement de couleur, d’un beige d’origine à un brun orangé, a altéré l’équilibre des couleurs de l’œuvre. Le premier objectif a été de remplacer la toile de jute afin de retrouver l’équilibre des couleurs initial : papier blanc, découpages bleus et toile de jute beige. Un échantillon de la toile de jute, tel qu’il était lors du montage de l’œuvre en 1955, avait été envoyé au MoMA en 1975 par un descendant du monteur d’origine. Conservé à l’abri de la lumière et des polluants atmosphériques, il avait conservé sa couleur beige d’origine. De la nouvelle toile de jute a été trouvée et teinte pour correspondre à cet échantillon.
Hauteur d’installation : Des photographies d’époque de la pièce où La Piscine a été créée montrent la hauteur à laquelle Matisse avait initialement réalisé l’œuvre. Les installations ultérieures au MoMA ont placé l’œuvre nettement plus bas que la hauteur optimale d’origine, principalement en raison des contraintes de hauteur sous plafond. L'installation de cette exposition recrée la hauteur d'origine.
Architecture de la pièce : Les installations précédentes au MoMA n'ont jamais reproduit fidèlement l'architecture originale de la pièce où l'œuvre a été créée ; il y avait toujours une entrée d'un côté et une sortie de l'autre, créant ainsi l'effet d'un couloir. Cette nouvelle installation permet au visiteur d'entrer comme Matisse. Une représentation graphique de la fenêtre de la pièce fait face à l'entrée. Les murs sont entièrement recouverts de toile de jute, comme dans la pièce d'origine.
Après l'exposition, les formes découpées seront détachées des panneaux de liège recouverts de toile de jute et replacées dans les vitrines spécialement conçues à cet effet, afin d'être conservées en toute sécurité.
Source: site du MoMA