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Il s’agit probablement du tableau peint en 1656-1657 pour l’autel de la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice à Paris, oeuvre qui a été amputée de sa partie supérieure incurvée probablement entre 1797 et 1803.
L’iconographie singulière de la Pentecôte répond au programme que Jean-Jacques Olier avait imaginé pour illustrer la dévotion mariale sulpicienne, mais qui ne nous est parvenu qu’indirectement. La Vierge est peinte comme recevant l’éclat principal du Saint-Esprit avant qu’il n’illumine, en second lieu, les apôtres, "pour apprendre à l’Eglise qu’elle ne serait jamais renouvelée qu’en la société et la participation à l’esprit de Marie, laquelle ne reçut pas l’Esprit par mesure de même que les disciples et les apôtres, comme dit saint Jérôme, mais le reçut en plénitude" (Olier, cité dans Simard, 1976).
C’est donc un véritable "sacerdoce marial" que Le Brun a représenté, démontrant que la Vierge "avait la plénitude de l’Esprit saint apostolique et que c’est en elle et par elle que nous [les prêtres] recevons l’esprit du sacerdoce" (Louis Tronson, troisième supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, dans Simard, 1976).
Claude Nivelon rapporte que la beauté du visage et l’expression de Marie touchèrent Olier au plus haut point : "son âme fut saisie d’une joie spirituelle que l’on remarqua par le silence que l’admiration lui fit observer quelque temps. Enfin il le rompit en étendant ses bras vers l’objet qui le tenait en suspension, proférant ces mots en regardant fixement la Vierge : hélas, si on la peint ici-bas dans une aussi parfaite beauté, que n’est-ce point dans le Ciel ! ». Ce type marial au visage ovale et doux, au nez droit, à la bouche étroite, aux grands yeux tournés vers le ciel, la tête voilée et la main portée sur le coeur a été diffusé par les estampes de Jean Humbelot et de Nicolas Pécoul. La présence de Marie Madeleine, agenouillée à droite de la Vierge, appuyée sur un scabellon et comme éblouie par le Saint-Esprit, répond également à une spiritualité bérullienne, de même que la place éminente donnée à saint Jean, à gauche : « Olier voyait en lui non seulement le fils adoptif de la Vierge, mais aussi avant tout son gardien et son soutien ».
La fierté de Le Brun à l’égard de la Pentecôte est attestée par Henri Baudrand, qui précise : « M. Le Brun, de son propre aveu, s’étant surpassé lui-même dans ce tableau, il demanda à M. Olier la permission de s’y peindre. Il l’obtint et s’y peignit en effet en apôtre mais sur le bord seulement du tableau [au second plan à gauche] et regardant les spectateurs. Ce qu’il fit afin que, en même temps qu’on y jetterait les yeux, on reconnût le peintre, et qu’on donnât à l’auteur les louanges et l’estime que méritait cet ouvrage » (cf. La Combe Baudrand, 1682).
Source : Musée du Louvre