Une et trois chaises   Joseph Kosuth   1965
 
 

One and three chairs
Joseph Kosuth, 1965
chaise en bois et 2 photographies 200 x 271 x 44 cm
Paris, Musée national d'art moderne

   

Cette pièce fait partie des Proto-investigations, série de travaux qui annonce l’avènement de l’Art conceptuel. Rappelant les Philosophical Investigations de Wittgenstein que Joseph Kosuth cite fréquemment, cet intitulé a été choisi rétrospectivement par l’artiste, en fonction de son programme de recherche ultérieur : the First Investigations, the Second… qui s’acheminent vers une réflexion de plus en plus abstraite. Les Proto-investigations désignent en réalité une série d’œuvres conçues dès 1965, mais restées à l’état de notes : "Je ne disposais tout simplement pas de l’argent nécessaire, à cet âge, pour fabriquer des œuvres, et, franchement, il n’y avait pas lieu de le faire, alors que je n’avais pas d’espoir tangible de pouvoir les présenter, et aussi compte tenu de la nature du travail".

Dans One and Three Chairs, un objet réel, une chaise quelconque, est choisi parmi les objets d’usage courant les plus anonymes. Il est placé contre une cimaise, entre sa photographie – son image reproduite par un procédé mécanique – et sa définition rapportée d’un dictionnaire anglais (ou bilingue en fonction du lieu d’exposition). L’ensemble est la triple représentation d’une même chose sans qu’il y ait une répétition formelle. Ce qui est multiplié d’une partie à l’autre de l’œuvre, ce n’est pas la chaise réelle, encore trop particulière malgré sa neutralité, ni la photographie qui ne représente que son image du point de vue du spectateur, ni enfin sa définition qui envisage tous les cas répertoriés de l’emploi du mot "chaise" mais néglige de fait celui de la chaise réelle et de son image. Il s’agit dans les trois cas d’un degré distinct de la réalité de l’objet. Tous trois désignent, par leur association, une quatrième chaise, idéale et invisible dont le concept se trouve ainsi suggéré, bien plus que défini. Là où défaille l’objet, intervient l’image, et là où celle-ci à son tour défaille, apparaît le langage, lui-même insuffisant mais déjà relayé par l’objet.

 

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