L'entrée du Christ à Jérusalem

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La composition de cette scène, qui constitue le premier épisode de la passion du Christ rappelle celle de la Fuite en Égypte. Les deux histoires diffèrent pourtant grandement par leur signification. En fuyant vers l'Égypte, Jésus et sa famille voulaient échapper à la mort. Ici, en entrant dans Jérusalem, le Christ s'engage avec stoïcisme sur une voie qui va le conduire inexorablement à être arrêté, humilié puis finalement crucifié.

Accueilli par la foule des pèlerins venus dans la ville sainte pour la Pâque juive, Jésus, monté sur un âne, précède les disciples, resserrés en un groupe compact signalé par les nimbes dorés. Au sol, la foule enthousiaste étend les manteaux qui adoucissent le chemin de sa monture. Dans le fond, ce sont les enfants qui grimpent dans les oliviers pour y couper les branches qu'ils agiteront en signe de bienvenue. Quant au Christ lui-même, il effectue de sa main droite le geste de bénédiction habituel pour répondre au chaleureux et fervent accueil de la cité.

Pourtant l'heure est à la sévérité et au pressentiment puisque cette entrée solennelle n'est autre que le prélude au mystère de la mort et de la résurrection de Jésus. N'a-t-il pas lui-même annoncé à plusieurs reprises à ses disciples qu'il serait livré aux sacrificateurs et aux scribes, condamné mort, raillé, humilié, flagellé et finalement crucifié ? Ce qui explique, par ailleurs, le contraste saisissant entre la liesse de la foule des pèlerins et la sombre retenue du groupe des disciples. Si Jésus se présente sur un âne, c'est pour que se vérifie la prophétie de Zacharie annonçant dans l'Ancien testament que le nouveau roi des Juifs apparaitrait à son peuple, "humble et monté sur un âne" ; un roi donc qui ne serait pas souverain mais Sauveur, Messie, Rédempteur. C'est bien ainsi que semble vouloir l'accueillir la population réunie au pied de la porte d'Or (variante architecturale de celle de La rencontre à la porte d'Or). La curiosité l'emporte sur la crainte, une curiosité visiblement nuancée d'affection ; ce qui au passage ne rend que plus tragique et incompréhensible le prochain retournement de cette foule inconstante.

Comme pour bien marquer l'abîme qui sépare le Christ du monde qu'il est venu sauver, le peintre a aménagé un espace vide devant lui, un espace significativement investi par la seule tête de l'âne. Si enflammé que soit l'accueil de la foule, tout dans cette scène repose sur un malentendu, le monde n'étant pas encore en mesure de comprendre le message évangélique qu'il reviendra aux apôtres de rependre dans tout le pays. Entre le groupe résigné des disciples, accablés par avance, et la multitude en joie, Jésus apparait bien seul. Symboliquement encadré par les deux ânes du cortège (on voit dépasser la tête de l'ânesse du groupe des apôtres) et par les deux enfants du paysage aux oliviers, il progresse sans faiblesse vers la fin tragique de sa mission.

Sur la droite, inscrits dans une structure pyramidale, trois hommes ôtent leur manteau, selon une succession de plans relevant du procédé cinématographique. Debout, le premier commence à retirer ses manches ; sous son bras, le deuxième fait passer le vêtement par dessus sa tête. Au sol enfin, le troisième étend son manteau sous les sabots de l'âne. La foule dans laquelle se trouve ces trois hommes redouble la disposition pyramidale et accentue l'effort de Giotto pour créer un effet ascensionnel par la disposition dans le coin droit la haute structure architecturale (Jérusalem est en hauteur par rapport à la mer de Galilée). Prméméditation de sa montée au Calvaire, l'effort du Christ est ainsi mieux marqué.

Source : Gérard Denizeau, La Bible expliquée par la peinture, Larousse,2015.

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