Femmes de Tahiti (ou Sur la plage)

1891
Femmes de Tahiti (ou Sur la plage)
Paul Gauguin, 1891
Huile sur toile, 69 X 91
Musée d'Osay, Paris

En 1891, Gauguin se rend à Tahiti, île qu'il imagine paradisiaque et primitive. L'artiste désire "vivre là d'extase, de calme et d'art". Ses difficultés financières, ses préoccupations esthétiques et cette très baudelairienne "invitation au voyage" le poussent vers le lointain pour échapper à "cette lutte européenne après l'argent", pour être "libre enfin".

Cette composition est typique des oeuvres peintes au début de son premier séjour dans le Pacifique, toiles qui montrent souvent des Tahitiennes occupées à de simples tâches quotidiennes La femme de droite, assise en tailleur, porte une robe de mission. Elle est occupée à tresser des fibres de palmie. Son attitude est impassible. La femme de gauche porte un paréo à motif floral. Elle a fermé les yeux.

Harmonie de couleurs décoratives, striée de rehauts blancs, où les fibres de palmier, la boite d'allumettes et les rubans dans les cheveux introduisent des tons de jaune et de rouge qui se répondent.

Le plus remarquable dans "Femmes de Tahiti", c'est encore la composition. Au regard des conventions picturales du XIXème siècle, les deux personnages qui se chevauchent paraissent entassés, comme si l'artiste les avait observés en gros plan sans se soucier vraiment de les situer dans l'espace. Alors que chez d'autres peintres, deux personnages aussi serrés auraient pu devenir un détail dans une composition comportant davantage de figures, Gauguin a donné un aspect monumental à leur activité insignifiante en les isolant de cette façon, selon un procédé pour lequel il n'existe pas de précédent direct.

Le peintre doit accorder à ce tableau une importance suffisante pour en réaliser une variante en 1892, Parau Api (Dresde, Staatliche Kunstsammlungen), où le paréo à fleurs remplace la stricte robe de mission de la femme de droite. Ces silhouettes contrastées sont influencées par les lignes synthétiques et les formes simplifiées de Manet que Gauguin admire tant. Mais surtout ces personnages, par leur graphisme puissant et leurs tons vifs, annoncent les effets colorés de Matisse.

Gauguin, Catalogue de l'exposition du Grand-Palais Paris, 1989 p. 239.

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