Le cauchemar   Johann Heinrich Füssli 1781
 
 

The nightmare
Johann Heinrich Füssli, 1781
Huile sur toile, 102 x 127
Detroit, Institute of Fine Arts

   

Le tableau est exposé pour la première fois à la Royal Academy de Londres en 1782, où il "a suscité… un rare degré d'intérêt", selon John Knowles, le premier biographe de Füssli. L'œuvre est restée très populaire pendant des décennies, ce qui a amené Füssli à peindre d'autres versions sur le même thème, dont celle actuellement conservée à Francfort.

Füssli vend le tableau pour vingt guinées britanniques. Une gravure de Thomas Burke reproduisant le tableau circule dès janvier 1783, faisant gagner à l'éditeur John Raphael Smith plus de 500 livre sterling. La gravure était sous-titrée par un court poème d'Erasmus Darwin, Cauchemar :

« So on his Nightmare through the evening fog
Flits the squab Fiend o'er fen, and lake, and bog
Seeks some love-wilder'd maid with sleep oppress'd
Alights, and grinning sits upon her breast. »

Au dos du tableau, Füssli a réalisé le portrait inachevé d'une femme qui, comme celle du cauchemar, pourrait être Anna Landholdt, dont Füssli était tombé passionnément mais dont les parents lui refuserent la main. L'historien d'art américain H. W. Janson suggère que la femme endormie représente Landholdt et que le démon serait Füssli lui-même. Le cheval pourrait être le symbole de la libido. Si elle est exclusivement masculine, le tableau serait alors une allégorie de la sublimation. Le cauchemar pourrait ainsi être une allégorie de la déception. Dans ce cas, le singe macabre avec son regard jaloux est l'homme qu'Anne épousera, conduit par un cheval aveugle, qui sera finalement autorisé à "posséder" la dame vénérée. Il le fera cependant au prix de la vie de celle-ci, affaissée et rendant son dernier soupir.

La position lascive de la rêveuse a néanmoins plutot conduit à associer plaisir et souffrance, en faisant du tableau une scène emblématique du délicieux sentiment d'horreur lascif du gothique. En favorisant le voyeurisme pour une scène érotico-démoniaque, le critique Kenneth Clark y vit là la révélation d'une névrose cachée dans la société victorienne.

 

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