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Polyptyque Sassetta

2013

Polyptyque Sassetta
Monique Frydman, 2013
pigments, pastels et liants sur panneaux de bois, 330 x 400 x 150 cm

En 2013, une commande initiée par le musée du Louvre engage Monique Frydman à imaginer un retable monumental et abstrait. Celui-ci fait référence au retable exécuté par le peintre siennois Stefano di Giovanni, dit Sassetta, entre 1437 et 1444 pour le maître-autel de l’église des franciscains à Borgo San Sepolcro. Comme nombre d’œuvres de l’époque, ce polyptyque est démantelé au 16e siècle et ses différents fragments vendus et éparpillés. Le musée du Louvre en possède aujourd’hui cinq éléments. Touchée par la dispersion de ce célèbre polyptyque, Monique Frydman s’attelle pendant près d’un an à en produire sa propre vision, guidée par les couleurs et les grands axes de la composition. L’artiste abandonne le terrain connu de la peinture pour composer un véritable objet architectural, dont les panneaux, indissociables de la structure, pointent la question de leur disparition et de leur fragmentation. L'esquisse d'une ombre brune suggère la lacune de l'un des panneaux disparu à ce jour. Ce verso s'organise autour de Saint François. il traite principalement du paysage et de l'architecture dans une palette de verts, de bruns et de bleus qui crée l'illusion de glisser de l'un à l'autre des châssis. "La trouée du temps est là" dit Monique Frydman à propos de son polyptyque. "Ce qui est perdu, démembré, relance le temps et dans cet effacement ne subsiste que le manque dont notre mémoire et notre regard restituent la présence".

Le retable de Borgo San Sepolcro, l’œuvre dont s’inspire Monique Frydman a fait l’objet d’enquêtes approfondies pour en reconstituer l’histoire et l’apparence originelle, avant son démembrement intervenu dès le 16e siècle. On estime que le retable commandé en 1437 à Sassetta comportait en tout une soixantaine de panneaux. A ce jour, seuls vingt-six fragments ont été retrouvés, dispersés dans de nombreuses collections partout dans le monde. Ces éléments permettent de dresser le portrait partiel de ce chef-d’œuvre de l’art des primitifs italiens.

Les archives de l’église du couvent franciscain de Borgo San Sepolcro (Toscane), permettent de documenter avec précision la commande qui a été faite à Sassetta, et qui s’avère la plus coûteuse du début du 15e siècle. Il s’agit de réaliser un polyptyque à deux faces, aux dimensions très précises permettant de l’insérer au-dessus du maître-autel de l’église. Il doit commémorer la figure du moine Ranieri, mort au couvent le siècle précédent et connu pour avoir réalisé des miracles. Depuis sa disparition, le moine est devenu l’objet d’un fervent culte populaire et Borgo San Sepolcro un lieu de pèlerinage très fréquenté. Il n’existe pas de description complète des scènes qui composent le retable avant son démembrement. Toutefois, certains éléments marquants du polyptyque avaient pu être évoqués dans des écrits de voyageurs. En recoupant de nombreuses sources et en rapprochant des fragments supposés en fonction de caractéristiques très précises, les historiens d’art ont pu, dès le 19e siècle, proposer des hypothèses de reconstitution de ce retable.

Amatrice de longue date de l’art de Sassetta, Monique Frydman y voit une œuvre très tendre, belle et délicate, aux couleurs inouïes. Le plus grand défi dans la réinterprétation du retable originel a été pour Monique Frydman de trouver comment s’abstraire d’une œuvre avec une iconographie aussi forte. Pour cela, l’artiste passe près d’un an de recherches dans son atelier, à se dégager de l’emprise formelle de Sassetta. C’est en se concentrant sur l’émotion première ressentie face à la beauté dispersée du retable et à l’intensité de ses couleurs que Monique Frydman parvient à en fixer l’essence. Surtout attentive à la colorimétrie de l’œuvre originelle, Monique Frydman a travaillé les panneaux de son polyptyque en plusieurs strates, des couches de différentes teintes apparaissant les unes sous les autres. La tonalité d’ensemble choisie pour la face antérieure est joyeuse, légère et éclatante. Monique Frydman traite les panneaux avec un jaune cadmium rappelant les ors du polyptyque originel. Le bleu central renvoie au manteau de la Vierge. Les verts et roses attenants sont associés aux teintes observées chez Sassetta, typiques des coloris primitifs, visibles notamment dans les manteaux des saints. Pour la face postérieure, les coloris changent de manière notable, évoquant une tonalité plus grave, dramatique et intériorisée. Le panneau du Triomphe de Saint François est évoqué par un grand nimbe rouge. Autour, les panneaux sont traités en couleurs froides avec des nuances de vert, de bleu et de brun. Au-delà de la couleur, Monique Frydman a tenu à fournir une réponse qui respecte les grands principes de l’œuvre originelle : elle a ainsi conservé les dimensions exactes des panneaux, ainsi que sa construction en recto-verso. L’œuvre de Monique Frydman demande ainsi à être contournée, les visiteurs faisant d’abord face au côté visible des croyants. Il faut en faire le tour pour découvrir l’autre face, rappelant que son accès était réservé aux moines

Sources :

 

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